MEI ENLÀ — PLUS LOIN

Mei enlà — Plus loin

Soudain, le vaste horizon a parlé. Ici, tout en bas de l’hexagone, il s’invite de son bleu tendre, sur les crêtes, quand le vent d’Espagne exprime sa désinvolture. L’autre, au Nord de l’Adour, nous échappe. Nous le franchissons, parfois, quand il nous faut « monter à Paris ». Au bout de « l’estacada » (1)  à Capbreton, apercevrait-on l’embouchure du fleuve Maroni ? Là-bas, un vent de révolte s’est mis à souffler en tempête. Tout ce que nous comptons de candidats et de journalistes a (re)découvert cette contrée ultramarine. La vieille idée coloniale flottait, ici ou là, comme une bannière tricolore aux alizés… Le titre de l’émission de RTL, hier matin ? « Combien coûte et combien rapporte la Guyane à l’État ? » Macron, lui, a eu droit aux blâmes de tous les géographes : la Guyane était devenue une île, comme la Martinique ou Sainte-Hélène où est mort « Napoleone di Buonaparte ».

Les Guyanais y dénoncent leur singulière insularité. La France les a oubliés, crient-ils. On me dira qu’il n’y a pas de néocolonialisme sans complices. Merci à Franz… Certes, mais la France d’aujourd’hui est-t-elle encore la France de Jules Ferry (2) ? Quand on entend parler des ultramarins, la question se pose. On omet de dire que ce département possède, à quelques kilomètres de son rivage, l’île du Diable : on y séquestra, en 1895, Alfred Dreyfus injustement condamné.

Le Front National, lui, veut abroger les lois de décentralisation ; il veut revenir à l’hyper centralisation que De Gaulle, en 1969, a voulu réformer, à ses dépens. La France, ce pays d’une seule ville, reste une énigme. Il ne se passe pas un jour sans qu’on ne nous renvoie à nos exils, petits et grands. Nous pourrions, nous aussi, dénoncer notre douce relégation. Ne sommes-nous pas une île de montagnes, de vallées et de gaves, au pied des Pyrénées ? Peut-être ferait-on des excuses au « peuple béarnais » ? Louis XIII n’a-t-il pas annexé le Béarn à la France en 1620 ? Faut pas rêver, le centralisme n’est pas mort, il bat la campagne, encore.

 

1. Jetée

2. Aux députés, le 8 juillet 1885: « Les races supérieures ont un droit sur les races inférieures ».

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s