TONI

Chronique parue aujourd’hui, 28 septembre 2019, dans La République des Pyrénées// Cronica pareishuda uei, 28 de seteme 2019 en La République des Pyrénées.

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Au loin, une « paloma » (1) sur un toit. Plus loin des collines aux couleurs de l’automne et puis, dans son éternelle immobilité, la cordillère bleue que le soleil naissant illumine de ses rayons safranés. Jeudi matin, à ces premiers instants d’une journée où l’été continuait à cultiver l’exception, le ciel moutonné, là-bas, vers l’Ouest, se déployait…

Je ne savais pas encore que Jacques Chirac avait eu la mauvaise idée de quitter notre terre pour cet ailleurs dont nul ne revient. On nous parlait de l’incendie de Rouen et de ses fumées toxiques. La matinée était douce et je pouvais croire que je ne serais pas bousculé par une actualité dramatique.

Je me suis saisi d’un roman que j’avais achevé la veille, en ai regardé la couverture, et me suis dit que j’étais passé à côté d’un chef d’œuvre. J’avais  humblement parlé, dans cette chronique, de Home, son dernier roman, mais je n’avais pas poussé plus loin ma curiosité. Je l’ai fait et je peux vous dire que « Un don » (2), de Toni Morrison, prix Nobel de littérature 1993, morte en août dernier, a été un choc. L’incipit est une terrible promesse : «  N’aie pas peur. Mon récit ne peut pas te faire du mal malgré ce que j’ai fait et je promets de rester calmement étendue dans le noir — je pleurerai peut-être, ou je verrai parfois à nouveau le sang — mais je ne déploierai plus jamais mes membres avant de me dresser et de montrer les dents. »

Toni Morrison est l’écrivaine d’une Amérique noire souvent oubliée, méprisée quand elle n’est pas vilipendée, aujourd’hui encore. Ce roman nous parle, avec un style sans pareil, des premiers temps de l’oppression esclavagiste qui s’abat au XVIIème siècle sur les populations noires du « Deep South » américain, et particulièrement sur les enfants.

On n’en ressort pas indemne. L’indignation et la révolte qui l’accompagne nous font discerner que derrière le récit magnifique, s’exprime une dénonciation politique implacable de l’esclavagisme et de la condition des gens de couleur qu’un autre immense écrivain, William Faulkner, prix Nobel lui aussi, avait montrée dans sa vérité crue et cruelle.

1. Palombe.

2. Un don, éd. 10/18, 2010.

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