MIGRATIONS

Chronique parue le samedi 27 octobre 2019 dans La République des Pyrénées// Cronica pareishuda lo dissabte 27 d’octobre 2019 en La République des Pyrénées.

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Hier matin, la pluie cinglait nos vitres lorsqu’un vieil ami m’a téléphoné pour me dire : « As-tu entendu les grues ? ». Je lui ai répondu que je les avais entendues et vues. Elles se dirigeaient vers l’Aragon, et plus loin encore. Depuis ma lointaine enfance, je sais qu’elles passent chaque année au mois d’octobre, annonçant l’imminence de l’automne et de l’hiver. C’est un signe de réconfort pour nous tous, bousculés par ce monde où tout est vitesse, immédiateté et surtout médiocrité qui a l’audace de se proclamer intelligence.

Je ne sais pas pourquoi mais leur vue me parle de notre permanence et non de la nervosité hystérique qui nous empêche de nous poser pour penser. Certains migrateurs décident, envers et contre leur habitude millénaire, de « s’estar a noste » (1). C’est le cas des cigognes en Bas-Adour, mais aussi des palombes dans nos villes. D’autres, fidèles à la tradition, s’obstinent à franchir nos Pyrénées. Notre journal dresse, d’ailleurs, le bilan chiffré de leurs passages, en nommant le col où elles ont passé la ligne bleue de nos sommets. On rêve de les suivre jusqu’en Afrique — certains oiseaux poussent même leur vol jusqu’en Afrique du Sud — hélas, nous sommes des êtres de pesanteur qui n’ont pas jamais su voler. Icare en paya le prix fort, jadis.

Quelles sont les pensées de ces grues cendrées qui traversent l’Europe pour atteindre leur havre, au grand sud. Quand on les regarde traverser le ciel clair de nos fuites oniriques, nous aimerions qu’elles nous disent ce qu’elles pensent de notre humanité cynique et coupable qui a, bon an, mal an, un siècle durant, empoisonné, massacré des millions de leurs semblables. La disparition massive des oiseaux continue et peu s’en préoccupe. Certes, les associations protectrices s’emploient avec toute leur énergie et courage à sauver ce qui peut être encore sauvé, mais je crains que le pire soit à venir. Hier matin, le cri régulier des grues me parlait de mon humble condition, moi qui ne prends pas l’avion et préfère les trains, ce qui n’est pas encore dans l’air du temps.

1. Rester chez nous.

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