DES PÂTES

Chronique parue le samedi 2 novembre 2019 dans La République des Pyrénées// Cronica pareishuda lo dissabte 2 de noveme 2019 en La République des Pyrénées.

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Il y a des faits divers qui sortent de l’ordinaire. Ils nous interpellent au point qu’ils nous font fuir l’authenticité de leur existence. Ils nous paraissent irréels, comme engendrés par d’obscurs écrivains ou scénaristes. Pourtant, comme disait Vladimir Ilitch Oulianov, « los hèits que son capborruts » (1). Hier, j’ai consulté mon mobile qui est, hélas, l’objet obsessionnel dont je voudrais me séparer et qui me rattrape à la moindre tentative d’évasion. J’y ai lu que « une mère et une fille avaient été découvertes dans un appartement du centre-ville de Nîmes ». Je me suis vite reportée à l’article correspondant. Le journaliste (2) précisait : « L’autopsie a conclu à une mort naturelle sur fond de grande misère sociale ». Ces deux femmes vivaient dans un état de quasi-solitude et de grand dénuement. Le voisinage n’a avisé la police qu’à cause de l’odeur pestilentielle qui se dégageait de l’appartement. La conclusion du « papier » nous apprenait que « la mère serait morte récemment » alors que la fille serait décédée plusieurs semaines auparavant. Mon cœur s’est emballé.  Et qu’on ne vienne pas me dire que je me roule dans le pathos, qu’il me faut tenir en laisse mes émotions ! Que les donneurs de leçon aillent tous au diable ! Le scandale véritable de ce drame est que la mère a été vue quelques jours plus tôt par une voisine qui lui avait refusée des pâtes… La pauvreté est l’antichambre de la misère. Cette évidence, que dis-je cette vérité, est telle qu’on en oublie sa terrible matérialité. On cède à nos petites ou grandes lâchetés. Les derniers chiffres de la pauvreté en France sont éloquents : de 5 à 8,8 millions de nos concitoyens vivent sous le seuil de pauvreté, avec moins de 1026 € par mois. Les jeunes, les femmes et les agriculteurs en sont les principales victimes. Et je ne parle pas des enfants qui en paient le prix fort. Les plans pauvreté des gouvernements qui se sont succédé et celui qui nous gouverne aujourd’hui semblent arriver après la bataille, comme Fabrizio dans « La Chartreuse de Parme ». En effet, la pauvreté n’a jamais cessé de croître et croîtra encore…

1. Les faits sont têtus.

2. L. Labastou, France Bleu Gard-Lozère.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s