PROLOGUE

Chronique parue aujourd’hui, 4 janvier 2020, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées// Cronica pareguda uei, 4 de genèr 2020, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Aux premiers instants d’un jour courant, nous attendons tranquillement que l’univers s’agite, nous bouscule et nous ordonne de nous lever pour vivre. Or, le 1er de l’An, tout m’a semblé arrêté, comme si l’horloge universelle ne savait plus dire l’heure. Le monde était immobile. Il faisait froid et sec. Le ciel était clair, la brume s’abîmait lentement sur l’Angladura (1). À l’Ouest, l’horizon lambinait dans sa paisible couche de parme vêtue. Mon regard s’y perdait et j’étais heureux d’être là. Je songeais à tous ces jours et nuits à venir qui seraient, comme à l’accoutumée, le livre ouvert d’un futur inconstant.

Je marchais. Il fallait promener le chien. Notre chemin est ritualisé. Au fond, nous aimons la répétition jusqu’à provoquer parfois une lassitude qui finalement nous étonne. Nous allions bon train. Le chien est toujours pressé, tirant sur la laisse. Et moi de le retenir. Il est têtu et moi de même. N’avons-nous pas le chien que nous méritons ?

De part et d’autre du sentier, la gelée décorait encore les champs. Trois canards sauvages — l’étaient-ils vraiment ? —, sont passés à vive allure, suivis par quelques « agraulas » (2), croassant. Elles se disaient sans doute des banalités. Allez-savoir ? Le soleil montait là-bas sur le Gavisòs, et j’imaginais que la journée serait printanière. Elle le fut. Au détour de la grande courbe, menant à la passerelle sur le gave, j’ai aperçu, posé à même un banc, un oiseau. Je me suis approché, me suis accroupi et l’ai pris délicatement dans ma main. Le « gòlis » (3) était inerte. Qui l’avait donc posé là ? La vue de cet être fragile m’a ému. Le chien l’a senti et est vite reparti, tournant sur lui-même. Il se posait peut-être les mêmes questions. Le chien pleurait, la promenade n’était pas finie. J’ai posé la petite dépouille au même endroit, et ai aussitôt pensé à ces milliers de milliers d’oiseaux tués, ici ou là, par voitures, camions, pesticides et autres joyeusetés que notre folle société produit à chaque instant d’un jour banal.

1. Colline de 371 m, dominant la ville de Nay.

2. Corneilles noires.

3. Rouge-gorge.

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