UNE VIOLENTE ÉPOQUE

Chronique parue ce jour, samedi 13 juin 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées// Cronica pareguda uei, dissabte 13 de junh en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

« Notre époque est violente ! » me disait, hier encore, un ami policier. Notre histoire récente l’est-elle plus encore ? Quelques ouvrages consacrés à ce thème, semblent l’affirmer. Mais, qui se préoccupe de l’Histoire ? Ceux qui lui extorquent de fausses réalités tenant de l’idéologie plus que la science historique véritable ?

Les derniers événements étasuniens ont eu, est-il besoin de le répéter ? un fort retentissement dans l’hexagone. Pourtant, les violences policières et la délinquance respectives de ces deux pays ne sont en rien comparables. Ainsi va le débat sur le racisme en France ; ce mal absolu n’a jamais cessé de sévir malgré les volontés politiques et sociétales exprimées année après année.

Il est clair que la crise —plutôt la radicalité du système économique mondialisé —n’a fait qu’exacerber les tensions sociales et « communautaires » ; les nombreux attentats meurtriers du terrorisme islamiste en 2015 ont incendié, pour finir, le débat sur les banlieues et l’Islam. Nous en sommes toujours au même point. Un affrontement sans fin où la complexité des situations est totalement absente.

Une autre violence s’exerce ailleurs. Un ours a été empoisonné en « Vath d’Aran » et un autre tué par balles en Ariège. Il y a là l’expression la plus élaborée de la lâcheté. Quoi qu’on pense de l’ours — lire le livre (2) sur l’ours de Michel Pastoureau est essentiel ! — et de sa présence dans les Pyrénées, il est inacceptable que d’aucuns aient pu s’octroyer le droit de tuer. Avaient-ils conscience qu’ils contribuaient à anéantir, lentement mais sûrement, une montagne dont ils ne cessent de se revendiquer ?

Me vient à l’esprit la parole (3) de Nietzche : « Les hommes ont commencé par substituer leur propre personne à la nature : ils se voyaient partout eux-mêmes, ils voyaient leurs semblables, c’est-à-dire qu’ils voyaient leur mauvaise et capricieuse humeur, cachée en quelque sorte sous les nuées, les orages, les bêtes fauves, les arbres et les plantes : c’est alors qu’ils inventèrent la « nature mauvaise. (…) ».

1. Ont jeté de l’huile sur le feu.

2. L’Ours, un roi déchu, éd. Seuil.

3. « Aurore », Hachette, coll. Pluriel, 1987, p.21.

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