ESTIVAL

© Sèrgi Javaloyès © La Républiques des Pyrénées

Chronique parue hier, samedi 27 juin 2020, dans la page Débat de La République des Pyrénées// Cronica pareguda ger, dissabte 27 de junh 2020, en la pagina Débats de La République des Pyrénées.

La subite touffeur estivale a fait un petit tour puis s’en est allée. L’orage nous en a délivrés. J’aime les orages. Ils nous rappellent combien nous sommes « chic de causa » (1) ; combien l’homme prométhéen, dont nous enfilons trop souvent l’habit, est ridicule voire dangereux. Aussi loin que je m’en souvienne, l’été béarnais était déjà fait d’orages. La chaleur y est souvent fiévreuse. Il est rare qu’une belle journée de juillet ne s’endorme sans éclairs et tonnerre. On nous annonce un été exceptionnel.

Il le sera. Notre satané virus n’a nullement déserté nos contrées. Il rôde çà et là, comme un voleur de vies, tel le choléra magistralement décrit par Giono, dans « Le Hussard sur le toit ». Pourtant, nos concitoyens ne semblent guère en être affectés. Peut-être pensent-ils que la Covid ne reviendra pas de sitôt ? Que voulez-vous, juillet est là et frappe à leur porte. Ils n’ont pas l’intention d’abdiquer devant une épidémie qui a peu frappé le Béarn. L’appel de la « Mar Grana » (2) et de ses plages est bien plus fort que tout. Les plus jeunes semblent avoir pris le parti de l’insouciance. « C’est de leur âge ! » me direz-vous.

On nous dit que nous souffrirons d’une canicule plus assassine que celle que nous avons subie l’année dernière. N’a-t-il pas fait 38° au-delà du Cercle Polaire, en Sibérie ? Nous verrons bien.

L’autre soir, le temps était au beau. J’ai scruté le ciel mauve. La nuit venait doucement. J’ai entendu la voix rauque du gave, ai reconnu le chant mélodieux du rougequeue sur l’érable. Je me suis assis dans l’herbe et ai laissé venir à moi la première fraîcheur. La brise s’est levée. La rumeur de la route s’estompait. Nul besoin de songer à d’inutiles voyages ; là, accueillant la paix fragile d’un soir d’été, j’espérais appartenir à l’univers tout entier.

1. Peu de chose.

2. L’Océan atlantique.

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