© Sèrgi Javaloyès
© La République des Pyrénées
Chronique parue ce jour, samedi 16 mai 2020, dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées. // Cronica pareishuda uei, dissabte 16 de mai 2020 en la pagina Débats deu diari regionau La Républiques des Pyrénées.
Nous voici masqués, comme dans un carnaval maussade avec son cortège de préoccupés ou de désinvoltes qui bravent le virus, en clamant leur inconscience. J’en ai croisé deux non masqués, dans un magasin alimentaire qui palpaient allégrement tous les aliments à la stupéfaction de tous. L’un d’eux s’est moqué de mon masque et donc de votre serviteur. Heureusement, le ridicule n’a jamais trucidé personne. En revanche, le Covid s’y emploie avec célérité et obstination. Hier matin, dans ma librairie préférée, tout était bien agencé : gel hydroalcoolique à l’entrée, sens unique de circulation, distance physique, etc. Cécile et sa collaboratrice portaient un masque fleuri, malgré « los tres vinatèrs » (1) qui noient notre étrange déconfinement. On navigue à vue dans un brouillard impénétrable d’informations nombreuses et contradictoires. L’Institut Pasteur annonce que 4000 personnes sont contaminées quotidiennement. Dans quinze jours, combien seront-elles ? Je n’ose faire le calcul !
Je pensais, hier soir, avant de sombrer corps et âme dans ce sommeil qu’on dit réparateur, que j’étais encore à m’interroger sur ce que sera demain. Il sera ce que nous en ferons, me suis-je dit, volontariste. Hélas, je me suis ravisé. Les masques m’ont révélé ce qu’ils me cachaient jusqu’alors : le visage d’un monde dont les premiers soubresauts ont de quoi inquiéter. « Peut-être regretterons-nous le monde d’avant » ? » me suis-dit, tout bas, pour ne pas réveiller ma conscience assoupie.
L’humain l’importait peu avant le confinement. Et maintenant ? Je ne vois pas ce qui le fera abandonner sa voracité et son cynisme. Déjà, on nous demande de rembourser la dette colossale que la France a contractée récemment. En revanche, je constate que les grandes fortunes et les émigrés fiscaux qui vivent masqués, ici ou là, ne sont toujours pas sollicités pour participer à l’effort collectif.
- Les saints de glace en Béarn.
bien !
J’aimeJ’aime