CHRONIQUE PARUE AUJOURD’HUI SAMEDI 14 MARS 2026 À LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
CRONICA PARESCUDA UEI DISSABTE 14 DE MARS 2026 A LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
Un vent froid traverse la saligue, le temps est gris, il ne pleut pas mais l’averse menace. Je longe le gave au puissant débit. Son désir toujours recommencé d’aller plus avant dans son périple m’habite. Le fier torrent coule en moi sans discontinuité.
À mes côtés, le deuxième lac d’où l’on tire encore graviers et sable couleur du ciel bas. Plus loin, j’entends dans un jeune noyer, malmené par la tempête, le chant mélodieux d’un oiseau dont j’ignore le nom.
Le chien roux tire sur la laisse. Je ne lui ai rien enseigné. Il s’est fait tout seul. Peut-être est-ce lui qui m’a beaucoup appris ? Sa fidélité est à toute épreuve. La réciproque est vérifiée, je ne saurais faire sans lui. Le caresser est un anxiolytique naturel, une paix retrouvée alors que tout désigne la violence ici et ailleurs.
La veille, j’ai lu La Paraula perduda (1) le nouvel ouvrage de Jean-Yves Casanova qu’il nomme « autobiographique ». Comment les livres, les mots et les phrases qui les transportent et transforment l’ont construit dans le croisement de ses trois langues ? « Leis mots me bastissián un monde nòu e sempre renovelat a cada legida (…)» (2). Phrase que je fais mienne. Conjointement, je relis, à l’occasion, « Du côté de chez Swann ». Pourquoi ? Ce roman fut un choc. Et Dieu sait si l’univers de Proust était aux antipodes du mien. Il me fascine comme en décembre 1971 dans mon refuge de la cité-universitaire.
Un sale crachin m’a saisi et nous a contraints à revenir au bercail. Le prunier avait poussé ses fleurs fragiles, le poirier, de même. Le frais printemps s’obstine à dire sa langue fleurie. Sa franchise me réconforte. Je cherche mes mots et ma chronique peine à trouver sa voie. Je dirais même son salut. Le chien roux a demandé mes caresses. Il ne parle ni écrit mais n’en pense pas moins. La fidélité se mérite.
1. Joan-Ives Casanova, éd. Aqua Aura, 125 p., 15 euros – 9 782382 687895.
2. « Les mots m’édifiaient un monde nouveau et toujours renouvelé à chaque lecture. »

Lo can ros – Le chien ros.
