IMAGINATIONS

© Sèrgi Javaloyès © La République des Pyrénées

Chronique parue hier, samedi 6 juin 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées //Cronica pareguda ger, dissabte 6 de junh en la pagina « Débats  » deu diari regionau La République des Pyrénées.

La pluie, « la doça ploja », est revenue. Nous étions, depuis plusieurs jours, dans l’antichambre d’un été caniculaire. J’ai vu cet épisode comme une fatalité. Les météorologues nous l’annoncent, régulièrement, en précisant que l’hiver et le printemps derniers ont été les plus chauds de nos cent dernières années.

Durant cette longue période de retraite plus ou moins forcée — elle semble continuer à vivre « ad escurs » (1) comme si de rien n’était…— le temps du retour sur soi a primé sur la volonté bien occidentale de « toujours faire », envers et contre tout. Pourtant, ce laps de temps aurait dû nous inciter à imaginer une autre humanité qui serait plus à même de combattre la catastrophe climatique qui, quoique disent nos chers « climatosceptiques », menace encore et toujours notre planète. Je constate que l’imagination politique ne semble pas être au rendez-vous de l’Histoire fortement bouleversée par cette crise sanitaire sans pareille. Notre économie est en danger. Sans doute. Que faire ?

D’aucuns, nous incitent à consommer plus et à tout va. Notre économie en mal de croissance retrouvera des couleurs. Comment concilier l’impérative obligation de justice sociale et la survie de l’univers ? Je ne vois, pour l’instant, rien qui vaille. Le conformisme est au pouvoir et l’innovation marginalisée par nos habituels conservateurs qui nous réinventent un passé pourtant révolu.

Est-il inconcevable d’imaginer un développement économique respectueux du vivant sous toutes ses formes ? On se le demande, tant la tentation productiviste du système capitaliste financiarisé est forte. Ses partisans sont puissants. Ils s’emploient à convaincre par leurs manœuvres habituelles les gouvernements et parlementaires nationaux et européens du bien-fondé de leur action. Cela s’appelle du « lobbying ». En France, il se pratique dans le plus grand secret. Seule la presse d’investigation nous permet, de temps à autre, d’en connaître ses protagonistes et leurs ténébreuses manœuvres dont la victime, in fine, est notre Terre souffrante et menacée.

1. Secrètement.

JUSQU’À L’ÉPUISEMENT…

Chronique parue aujourd’hui, samedi 30 mai 2020, dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées. // Cronica pareishuda uei, 30 de mai 2020, en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

C’est l’antienne du nouveau monde. Le psaume du « monde d’après », monde de l’espérance partagée. Le cantique des hommes de bonne volonté et qui résonne à nos oreilles humanistes. Il ne dépend pas de nous seuls que cet autre monde advienne. Pas plus d’ailleurs que de tous ceux qui nous bassinent sur la fatalité du capitalisme rédempteur.

La presse écrit, cogite déjà de la future élection présidentielle. La liste récente des prétendants est à mourir de rire. Zemmour, ce cancre médiatisé et hâbleur qui clame son histoire mais surtout pas la nôtre. Bigard, cet homme dont la vulgarité est sans limite. « N’importe ! » s’écrie-t-il au nom des « braves gens » qui lui auraient accordé leur confiance. Il a claironné sur tous les réseaux sociaux qu’« il en avait » et implicitement que les autres n’en avaient point. Et notre président avec lequel il s’est entretenu pour exiger l’ouverture des bars et restaurants… ? Ne voilà-t-il qu’on annonce qu’Hanouna en serait lui aussi de sa candidature ! On croit cauchemarder… Serait-ce donc cela, le « monde d’après » ? Le spectacle ahurissant d’une démocratie dévoyée ?

Le « monde d’aujourd’hui » nous met pourtant à l’épreuve. Il nous confronte aux dures réalités du « monde d’avant », lorsque la planète souffrait déjà de tous les maux d’un système économique aveuglé par l’argent facile. Car chaque jour charrie son lot d’horreurs économiques, sociales et environnementales. Cohorte passante mais invisible aux yeux de nombre d’élus et compatriotes… La priorité est ailleurs, lâchent-ils dans un soupir coupable.

Après le 2 juin, l’appel des vacances de juillet et d’août conduira les foules pressées d’en découdre à s’agglutiner sur les plages, dans les rues des stations balnéaires, sur les sentiers de montagne, sur les rives des torrents, des rivières et des lacs. Jusqu’à plus soif…

L’association « Mer propre » a posté une vidéo au large d’Antibes où l’on voit distinctement masques et gants couchés au fond de la Méditerranée. Mer menacée jusqu’à l’épuisement.

LA TORA (1)

Chronique parue ce jour, samedi 23 mai 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées.//Cronica parescuda uei, dissabte 23 de mai 2020, dens la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Hier matin, de bonne heure, j’ai regardé le ciel brumeux que le vent de Nord-Ouest déchirait ici ou là. Sa fraîcheur me disait que la chaleur précoce que nous subissons, depuis quelques jours, allait nous être plus douce. J’attendais quelqu’un. Plutôt, j’espérais l’arrivée de l’oiseau qui survole, depuis l’été dernier, notre petite contrée. Il a un peu tardé. Il avait sans doute d’autres priorités. J’ai réussi à l’observer, longtemps. Durant ce temps arrêté, je n’ai pas pensé au Covid et au « déconfinement ». Hélas, les infos m’ont parlé de ces plages bretonnes qui avaient été fermées pour les incivilités d’une foule qui s’était ruée sur leur sable celtique. À dire vrai, la claustration contrainte ne pouvait qu’inciter ce déferlement irrationnel pourtant inadéquat, eu égard aux préconisations des autorités politiques et sanitaires qui répètent à satiété que la Covid ne s’est pas évadée, comme d’aucuns le prétendent encore. On dira, bons apôtres, que ces braves gens étaient pressés d’en finir avec leur prison respective. Cependant, le nombre de stations balnéaires landaises qui voient débarquer des touristes en masse, venant des « zones écarlates » a de quoi inquiéter. C’est incroyable comment les distances séparant la Gascogne et l’Île de France aient pu raccourcir si rapidement ?

Je reviens à notre rapace. Il faut le voir user des courants atmosphériques pour planer, reprendre de l’altitude et fondre sans crier gare sur sa proie ! Il a d’ailleurs dérobé une cuisse de poulet, grillant sur un « barbecue », au grand étonnement du cuisinier qui la pensait imprenable… Il s’en est d’ailleurs fait un compagnon fidèle. Souvent, la buse lui rend visite, pour recueillir, d’un coup d’aile, le fruit de cette relation affectueuse. À toute chose malheur est bon, dit-on. En effet, pendant notre long confinement, une ribambelle d’oiseaux nouveaux m’est apparue. Je ne pourrais en faire la liste tant je suis incapable de tous les nommer. J’espère qu’ils resteront parmi nous, malgré tout ce qui les empêchent de vivre libres et vivants, comme notre amie la « tora » (2).

1. La buse.

DESMASQUÉS

© Sèrgi Javaloyès

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Chronique parue ce jour, samedi 16 mai 2020, dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées. // Cronica pareishuda uei, dissabte 16 de mai 2020 en la pagina Débats deu diari regionau La Républiques des Pyrénées.

Nous voici masqués, comme dans un carnaval maussade avec son cortège de préoccupés ou de désinvoltes qui bravent le virus, en clamant leur inconscience. J’en ai croisé deux non masqués, dans un magasin alimentaire qui palpaient allégrement tous les aliments à la stupéfaction de tous. L’un d’eux s’est moqué de mon masque et donc de votre serviteur. Heureusement, le ridicule n’a jamais trucidé personne. En revanche, le Covid s’y emploie avec célérité et obstination. Hier matin, dans ma librairie préférée, tout était bien agencé : gel hydroalcoolique à l’entrée, sens unique de circulation, distance physique, etc. Cécile et sa collaboratrice portaient un masque fleuri, malgré « los tres vinatèrs » (1) qui noient notre étrange déconfinement. On navigue à vue dans un brouillard impénétrable d’informations nombreuses et contradictoires. L’Institut Pasteur annonce que 4000 personnes sont contaminées quotidiennement. Dans quinze jours, combien seront-elles ? Je n’ose faire le calcul !

Je pensais, hier soir, avant de sombrer corps et âme dans ce sommeil qu’on dit réparateur, que j’étais encore à m’interroger sur ce que sera demain. Il sera ce que nous en ferons, me suis-je dit, volontariste. Hélas, je me suis ravisé. Les masques m’ont révélé ce qu’ils me cachaient jusqu’alors : le visage d’un monde dont les premiers soubresauts ont de quoi inquiéter. « Peut-être regretterons-nous le monde d’avant » ? » me suis-dit, tout bas, pour ne pas réveiller ma conscience assoupie.

L’humain l’importait peu avant le confinement. Et maintenant ? Je ne vois pas ce qui le fera abandonner sa voracité et son cynisme. Déjà, on nous demande de rembourser la dette colossale que la France a contractée récemment. En revanche, je constate que les grandes fortunes et les émigrés fiscaux qui vivent masqués, ici ou là, ne sont toujours pas sollicités pour participer à l’effort collectif.

  1. Les saints de glace en Béarn.

 

C’EST AINSI ! QU’EI ATAU !

© Sèrgi Javaloyès                           © La République des Pyrénées

Chronique parue ce jour, samedi 9 mai 2020, dans le quotidien régional La République des Pyrénées/ Cronica pareishuda uei, dissabte 9 de mai 2020, en lo diari regionau La République des Pyrénées.

Une chaleur précoce s’est établie en Béarn. Celle d’hier m’a semblé digne d’un mois de juillet quand l’orage nocturne vient nous libérer d’une journée suffocante. Le dérèglement climatique, qu’on semble ignorer ou oublier, continue son œuvre. La pandémie l’a totalement passé par pertes et profits. J’entends et lis que nous avons mieux à faire : produire, consommer, sans retenue ni scrupules. M. Lemaire, ministre de l’Économie, pratique la litote pour nous annoncer subrepticement qu’il nous faudra « machar » (1) beaucoup plus qu’avant pour faire repartir notre économie et surtout rembourser la dette colossale que notre Pays a contractée et dont le système bancaire tire profit, jusqu’à la nausée. Je ne suis pas sûr que ce message soit entendu. Il risque même d’être pris en mauvaise part. La grande majorité de nos compatriotes ne se sent en rien responsable de la propagation d’un virus, né dans une lointaine province chinoise incarcérée par un régime que Staline, dans ses beaux jours, n’aurait pas renié. Pourtant, « As time Goes By », la célèbre chanson qui habite le film « Casablanca » (2). Nous sommes verts (de peur ?) depuis jeudi lorsque Édouard Philippe et Olivier Véran étaient nos professeurs de géographie. Cette couleur nous dit que le Covid circulerait peu en Béarn. Peut-être baguenaude-t-il, ici ou là ? Allez avoir ? Comme voulez-vous être rassurés ? Il ne se passe pas un jour sans qu’un virologue, un épidémiologiste, que sais-je encore ? ne vienne nous réciter son bréviaire sur le plateau d’une chaîne de télévision. En quelques semaines une armée mexicaine d’experts sont nés de la génération spontanée. Ce dont je suis certain, c’est que lundi matin, la rumeur tenace de la circulation automobile reprendra ses droits. La pollution à l’identique. Nous perdrons un silence précieux qui nous faisait écouter notre environnement proche avec une attention sans égale jusqu’alors. « Qu’ei atau ! » (3) dira-t-on. Qu’importe, je maudis désormais les injonctions infantilisantes qu’on m’assène chaque jour que le printemps met au monde.

  1. Marner.
  2. « Casablanca », Michael Curtiz, 1947.
  3. C’est ainsi.

POURQUOI RELIRE LA PESTE

Article paru dans « La République des Pyrénées » le quotidien régional le lundi 27 avril dernier/ Article pareishut dens  » La République des Pyrénées », lo diari regionau lo diluns 27 d’abriu passat.

© Sèrgi Javaloyès

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L’autre jour, alors que je lui téléphonais, confinement oblige, ma mère m’a raconté comment elle avait veillé, quelques années après 1945, un de ses cousins mort de la peste. Il revenait, avec d’autres marins de la marine marchande oranaise, d’un long périple. « En Chine ! » a-t-elle précisé avec humour dont elle ne se départit jamais. D’autres en moururent. Elle m’a dit que nulle protection n’avait été mise en place par les autorités préfectorales et portuaires. Ainsi avait-elle côtoyé le bacille Yersinia pestis, sans être contaminée. Soixante-quinze ans après, elle en garde un souvenir vivace ; elle en fait une anecdote tragicomique, comme à son habitude.

Elle m’a demandé pourquoi Camus avait choisi Oran pour écrire son roman, notre ville natale… Il n’aimait pas cette cité. Il en fait du reste une triste description dans « L’Été » (1). Ce désamour n’explique en rien ce choix. Peut-être connaissait-il l’épidémie de choléra qui frappa l’Oranie en septembre 1834, comme il l’avait fait précédemment à Marseille ? L’histoire conte qu’elle arriva au port, transportée par des immigrants venus de Carthagène et d’Alicante. Elle se propagea à une vitesse folle à toute la ville.

Ce roman, dont les ventes ont explosé ces derniers temps, reste moins célèbre que « L’Étranger » qui reste l’œuvre la plus vendue dans le monde. Il n’a pourtant pas pris une ride, tant la trame narrative nous parle, tant les personnages, le docteur Rieux, le père Paneloux, Tarrou, Cottart, Rambert, sont des héros véritables. Cette épidémie, que combattent ces hommes dissemblables que l’adversité réunis, suggère que le mal universel dont Hannah Arendt a décrit la banalité, n’est pas près de disparaître. D’ailleurs, la fin du roman appelle à la vigilance lorsque la peste est enfin éradiquée. Ce roman nous dit ce que nous vivons aujourd’hui. Il nous y renvoie : « Même lorsque le docteur Rieux eut reconnu devant son ami qu’une poignée de malades dispersés venaient, sans avertissements, de mourir de la peste, le danger demeurait irréel pour lui. »

Au fond, Camus, nous donne à voir des exemples à suivre. D’humbles républicains qui savent, quoi qu’il leur en coûte, ce qu’ils ont à faire face à la peste. Dans une lettre (3) à Roland Barthes, le prix Nobel lui dit : « La Peste, dont j’ai voulu qu’elle se lise sur plusieurs portées, a cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme. […] Comparée à L’Étranger, La Peste marque, sans discussion possible, le passage d’une attitude de révolte solitaire à la reconnaissance d’une communauté dont il faut partager les luttes. […] Le thème de la séparation, dont vous dites très bien l’importance dans le livre, est à ce sujet très éclairant.  Rambert, qui incarne ce thème, renonce à sa vie privée pour rejoindre le combat collectif. » Il ne se passe pas un jour où on ne nous annonce pas le nombre de victimes du Covid-19. Nombreux sont les soignants qui ont quitté leur famille pour aller porter main forte à leurs collègues, parfois fort loin de leur domicile.

Albert Camus, La Peste, Folio, Gallimard.

  1. « Noces suivi de L’Été », Folio, Gallimard.
  2. « La Peste », Folio, Gallimard
  3. Du 11 janvier 1955, La Pléiade, t.2, p. 285 – 286.

SUSPICIONS

© Sèrgi Javaloyès —————– © La République des Pyrénées

Chronique parue aujourd’hui, samedi 2 mai 2020, dans la page Débats de  » La République des Pyrénées »./ Cronica pareishuda uei, dissabte 2 de mai 2020, en la pagina Débats deu diari regionau « La République des Pyrénées. »

L’autre dimanche, lors de mon habituelle pérégrination réglementée, je cheminais vers Nay, désertée par ses « poblants » (1). Le vent d’Espagne y soufflait son âme tourmentée et les arbres du jardin public interdit supportaient ses rafales. J’étais remorqué par notre chien qui est loin d’être apprivoisé et qui ne veut pas l’être.

Lorsque je m’apprêtais à franchir le vieux pont de Clarac qui enjambe le gave de Pau, un jeune couple portant masques, avec poussette et enfant, était pour me croiser. Je me suis dis : « Vont-ils changer de trottoir ? » Peut-être se posaient-ils la même question ? J’avançais. Eux, en revanche, semblaient aller prudemment, regardant suspicieux un individu, que dis-je ? un éventuel asymptomatique, sans masque de surcroît.

À une trentaine de mètres, je les ai sentis préoccupés, soucieux de leur santé et celle de leur progéniture. J’ai donc ralenti, voyant dans mon attitude, une bonté nouvelle pour ces concitoyens alarmés par une contamination qu’ils pensaient probable. La femme avait, d’ailleurs, déjà franchi la ligne médiane pour rejoindre l’autre partie de la chaussée.

Je me suis alors arrêté au grand dam du « can » (2) qui ne comprenait pas l’arrêt intempestif de son maître. J’ai attendu leur passage, pour reprendre notre déambulation. Il ne m’ont pas salué.

Hélas, je n’avais pas fini avec la peur des uns et les angoisses des autres. Alors que nous nous en retournions, une colonne de bagnoles a traversé la ville à vive allure. Que dis-je à fond ! Leurs conducteurs cherchaient sans doute à fuir le Covid-19 qui circule lui aussi plus ou moins rapidement. Le chien était très en colère et aboyait à tout rompre. Arriverions-nous sains et saufs à bon port ?

Le soir venu, la pluie avait tout apaisé. Le nez collé à la vitre embuée, je me suis dit que le 11 mai au matin, nous serions peut-être tous suspects et suspicieux. « L’enfer, c’est les autres » (3), écrivait Sartre. J’ose espérer qu’il se trompait.

  1. Habitants.
  2. Chien.
  3. Tiré de sa pièce « Huit-Clos ».

Le jour d’après

Chronique parue dans le quotidien régional La République des Pyrénées, hier, samedi 25 avril 2020// Cronica parescuda dens lo diari regionau La République des Pyrénées, ger, dissabte 25 d’abriu 2020.

©  Sèrgi Javaloyès               © La République des Pyrénées

Je lis, ici ou là, qu’une poignée de patrons béarnais voudraient que nous sortions du confinement dès le 27 avril ! On peut comprendre leur empressement à en découdre avec la « vie d’après » pour sauver leur entreprise et leurs salariés. Mais sera-t-elle foncièrement différente de celle que nous connaissons aujourd’hui ? Nous ne savons quasiment rien sur l’épidémie et son éventuel retour en force. Je ne sais qu’en penser. À vrai dire, j’imagine, parfois, dans un mauvais rêve, que l’« Après » nous offrira un monde plus complexe qu’on veut bien nous faire croire. Sans doute, plus injuste pour les plus humbles d’entre nous. En effet, le capitalisme mondialisé et financiarisé se moque bien de l’hécatombe et il ne va pas disparaître par « l’opération du Saint-Esprit » comme disait ma grand-mère. Le supposer serait faire preuve d’une naïveté confondante. Ces soutiens nationaux et internationaux ne cessent d’affirmer que la crise annoncée engendrera un monstre plus cruel que celui qui tue quotidiennement plus de 500 de nos compatriotes. Dans ce dessein, ils demandent que les enfants rejoignent, dans les meilleurs délais, leurs écoles, collèges et lycées. Ainsi, pensent-ils, leurs parents reprendront le travail et s’emploieront à empêcher la catastrophe. Mais, pour cela, il faut que les collectivités territoriales soient efficientes au « Dia D. » (1). Il semble qu’une majorité de maires est désarmée face à l’ampleur de la tâche qui les attend. Philippe Saurel, le maire de « Montpelhièr », a décidé de ne rouvrir les écoles qu’en septembre. Il déclare au « Monde » : « Tout un petit monde de parents, d’enfants, de personnels municipaux, d’animateurs, va graviter autour de l’école et ce contexte sera facilitateur pour propager l’épidémie. Il précise : « On pourrait rouvrir si on était capable de circonscrire la progression (du virus), c’est-à-dire d’appliquer les tests massivement, de détecter les malades et de les mettre en quarantaine, de porter des masques de façon systématique et d’avancer sur les tests sérologiques. » Geoffroy Roux de Bézieux, président du Médef, réclame, lui, un moratoire sur les mesures environnementales… Je me demande si n’aurons pas à regretter, demain, la vie d’Avant ?

  1. Au jour J.

LABYRINTHES

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Chronique parue ce jour dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées// Cronica pareishuda uei en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

Nous avançons à petits pas dans un labyrinthe où chaque journée est marquée par le sinistre bilan du Pr. Salomon. À sa sortie, que trouverons-nous ? Un monstre, qui a déjà dévoré 18000 personnes. Les caissières, les éboueurs, etc., la liste est longue, au front, face au Covid, font face et en pâtissent. Les soignants chèrement le paient. On nous dit qu’il s’épuisera. Quand ? Qui le sait ? Nous sommes déroutés. Pourtant, le président incite les cloîtrés (dont je suis) à sortir le 11 mai prochain. « Fiat lux et facta est lux » (1)

J’ai oublié les enseignants. Ils travaillent chaque jour que les devoirs font. Depuis peu, ils sont donnés pour trouillards, oisifs, défaitistes. On les suspecte même de prolonger leur confinement jusqu’aux vacances d’été. Les éditorialistes « mainstream », moralistes en diable, s’en donnent à cœur joie. Pour étayer leur démonstration, ils citent l’Allemagne — Ah le paradis allemand ! — où les enseignants sont désireux de reprendre le chemin de l’école. Les mêmes, en profitent pour déclarer que nous n’avons que ce que nous méritons. « Vielen Dank ! » (2)

Passons. Hier matin, je lisais « Ma vie parmi les ombres », le grand roman de Richard Millet (3), lorsque j’ai aperçu un, deux, puis trois « cardinats » 3) se poser sur « l’erbeta » de notre petit jardin. Cela faisait des années que je n’en avais pas vus autant. « Serait-ce un signe ? » Je me posais encore la question quand j’ai repris ma lecture, me contant la visite de Marie, jeune veuve corrézienne, en 1918, sur le front du Nord, pour récupérer le corps de son mari, enseveli à la va-vite dans la tranchée allemande qu’il avait tentée de prendre : « Oui, ai-je dit, c’est ce que Marie aurait pu penser, à ce moment, si elle était allée à l’école au-delà du certificat d’études primaires […] et qu’elle avait su ce que c’était un labyrinthe, qu’elle eût été capable de comprendre que le Minotaure se trouvait non pas dans un coin de la tranchée, avec un visage de fantassin allemand, mais en elle-même, dans le dédale de sa douleur. »

  1. Lat. « Que la lumière soit, et la lumière fut ».
  2. All. Merci beaucoup.
  3. Folio, 4225.
  4. Gas.Chardonnerets.

MASQUÉS

© Sèrgi Javaloyès

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Chronique parue aujourd’hui samedi 11 avril 2020 à la page Débats de La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei dissabte 11 d’abriu 2020 a la pagina Débats de La République des Pyrénées

Un seul mot hante nos jours : masque ! Après les atermoiements gouvernementaux, on se voit contraint de trouver une solution idoine qui nous permettra de réaliser ce précieux ustensile ou d’en acheter sur la toile qui regorge de sollicitations souvent malhonnêtes. On peut aussi en commander à des entreprises locales reconverties illico dans leur confection.

J’écoute, tous les soirs, les décomptes et commentaires de Jérôme Salomon, fort clairs du reste, et j’imagine — le confinement pousse à la divagation mentale ! — que le déconfinement, dont le président annoncera les modalités lundi soir, exigera la démultiplication de ces protections et des tests sérologiques. Nous sommes 66 millions, et ce chiffre donne le tournis. La tête d’Édouard Philippe et celle d’Emmanuel Macron sont-elles prises de vertiges ?

La situation internationale — mis à part l’Autriche et les pays d’Europe centrale ; doit-on en douter ? — montre combien la sortie de cet « encierro » (1) sans taureaux, sera complexe et longue.

Nos dirigeants sont pris entre deux feux d’égale dangerosité : un confinement trop long provoquerait une crise économique et sociale que notre pays n’a jamais connue jusqu’alors. En revanche, le déconfinement pourrait nourrir une réplique de l’épidémie. Ce qui nous ramène aux masques et aux tests, seuls moyens d’affronter la première et l’éventuelle seconde vagues.

Une poignée d’entreprises profitent de l’aubaine pour augmenter sensiblement le prix de leurs produits.  Ceci creuse, une fois encore, le fossé entre ceux qui les acquièrent et ceux qui ne peuvent se les procurer. J’ai vu, hier, un tutoriel de fabrication de masques « de casa hèit » (2). Il met en scène un citoyen espagnol. Il est plein d’humour. Il concluait par ces mots « más sencillo no se puede ! » (3) En revanche, la tâche présente et à venir de nos dirigeants, qui ont bêtement menti sur la quantité de masques disponibles aux premiers jours de la pandémie, ne sera en rien facile. Hélas !

  1. Esp. Lieu où on enferme; aussi, parcours fermé à Pampelune/ Pampalona où les « pamplonicos » courent devant les taureaux qui participeront en fin d’ après-midi à la corrida.
  2. Gasc. Fait à la maison.
  3. Esp. Plus simple ce n’est pas possible. VID-20200409-WA0005.mp4