AVANT, C’EST PAS L’HEURE

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Jeudi soir, j’ai oublié l’entretien d’Édouard Philippe sur TF1. Mais, me voulant prévenu, j’ai regardé le « replay », comme on dit dorénavant en français. Et là, qu’est-ce que j’entends ? Déconfinement ! Et quelques instants après qu’il n’était pas prévu pour demain. J’ai été stupéfié par cette imparable injonction paradoxale.

Vous me direz, ce n’est pas la première. En effet, il y a peu, J.-M Blanquer nous annonçait le retour, le 5 mai prochain, de nos enfants dans leurs classes respectives… Hier matin, ce même ministre précisait que le vieux bac vivait ses derniers instants et qu’il serait rajeuni et confiné. Les élèves concernés resteraient donc chez eux jusqu’à l’été. Ne parlons pas du 2ème tour des municipales qui se dérouleront quand les palombes passeront dans notre ciel de septembre ou d’octobre. Qui sait pour « Marteror » ? (1) Maintenant tout semble possible ! Ce matin, je ne sais pas pourquoi, le besoin d’évasion sans doute, j’ai imaginé l’annulation des « Sanfermines » (2). Tous les « hestaires » (3) — ils sont légion par ici ! — à cette annonce risquent de tomber en dépression. Ils s’en remettront, j’en suis sûr.

J’ai poussé plus avant mon désir d’informé. J’ai lu, comme à l’accoutumée, « Naciódigital », le quotidien numérique catalan, titrant « Espanya suma 932 morts més per coronavirus i és ja el país d’Europa amb més contagis. »  (4) J’ai été accablé par le nombre de décès qui n’y cesse d’augmenter ; par un peuple qui revoit, avec angoisse, l’armée patrouiller dans les rues, comme jadis. J’ai été particulièrement alarmé par ces centaines de cercueils posés à même la glace d’une patinoire à Madrid. C’est désormais le cas dans une chambre froide du marché de Rungis. Cette terrible pandémie nous met devant le fait accompli. Rien ne sera plus comme avant. Le jour d’après, dit-on. Ses promesses seront-elles tenues ?

1. Toussaint

2. Feria de Pampelune

3. Fêtards

4. L’Espagne compte 932 morts de plus par le coronavirus et il est déjà le pays d’Europe avec le plus de personnes contaminées.

HÉROS & HÉROÏNES

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Chronique parue le samedi 28 mars 2020 dans la page Débats de La République des Pyrénées// Cronica parescuda lo dissabte 28 de mars 2020 en la pagina Débats de La République des Pyrénées.

Héroïnes et héros

Vers six heures, lorsque la nuit ignore encore le jour, on pense aux heures qui s’enfuiront jusqu’au soir, lorsque le crépuscule se glissera paisiblement dans le lit encore tiède de notre terre béarnaise. Notre temps est devenu durée. Plus ou moins longue, suivant le programme que nous nous sommes donnés la veille. Nous ne le respecterons sans doute pas car ce temps immobile est une vacance hypnotique qui pousse à l’endormissement. Le temps s’étire, en effet, comme un long soupir que l’ennui instille au cœur du confinement.

Franchement, je n’ai pas à me plaindre. Je suis, comme vous peut-être, un privilégié. La lecture des journaux du confinement d’écrivaines primées (1) —un autre virus nombriliste qu’on ne pourra arrêter ! — par des quotidiens nationaux, m’a « beròi esmalit » (2). Un coup porté à tous ceux qui souffrent, en silence, de cette épidémie qui n’est pas près de s’éteindre.

Je regardais hier soir — « mea culpa, maxima culpa », j’ai cédé à la sollicitation des chaînes d’info en continu ! — les images d’un hôpital parisien dont j’ai oublié hélas le nom. J’y voyais l’image même de la catastrophe présente et à venir. J’y voyais, aussi, combien tous les soignants combattaient héroïquement ce virus assassin. D’aucuns même en étaient contaminés et d’autres en avaient succombé !

Une vraie bataille livrée contre un ennemi invisible qui tue plus que nos autorités ne le pensaient au mois de janvier dernier. Pour avoir fréquenté, il y a longtemps, le service d’infectiologie du centre hospitalier palois, j’y ai acquis la conviction que tous ceux qui y travaillent, sans compter leurs heures et leur fatigue, méritent plus que notre reconnaissance.

De surcroît, médecins, infirmières et infirmiers — je me refuse, je sais, je suis un réactionnaire, au « nhirgo » (3) de l’écriture inclusive — aides-soignantes et aides-soignants, sont encore mal rémunérés. L’humain, pourtant, n’a rien à faire de la vision comptable de Bercy qui a pratiqué, pendant plus de trente ans, des coupes budgétaires qui ont mis l’hôpital public à genoux.

  1. Leila Slimani et Marie Darriussecq, entre autres…
  2. Mis bel et bien en colère.
  3. Sabir.

PRINTEMPS

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Chronique parue aujourd’hui, samedi 21 mars 2020 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica pareishuda uei, dissabte 21 de mars 2020, en la pagine Débats deu diari La Républiques des Pyrénées.

On se lève, on s’habille. On prend son café. Quelle heure est-il ? Qu’importe ! le jour est là qui nous ouvre ses bras. Alors, on met le nez dehors. Il fait frais. On lève les yeux vers le ciel clair comme un espoir. On se dit : « Qu’ei la prima ! » (1) Au loin, les pics enneigés ont retrouvé une paix bien méritée. Seuls, les oiseaux égaient notre paysage.

À huit heures, les cloches de l’église puis le silence reprend ses droits que nous lui avions déniés jusqu’alors. Le monde semble à l’arrêt, comme si la terre avait décidé de ne plus tourner sur elle-même. En effet, on n’entend plus la rumeur des automobiles. On s’étonne même d’en entendre une passer, de loin en loin. On se dit : « C’est vrai, nous sommes en urgence sanitaire ! »

On salue nos voisins d’un geste qui veut dire « guardem-nse deu mau ! » (2) L’inquiétude berce notre angoisse. Elle n’est pas près de s’endormir. On se dit, comme le héros du « Désert des tartares » (3) : « Le virus viendra-t-il demain ? » C’est la guerre, nous dit-on. Mais l’ennemi est bel et bien invisible. On se « reconfine » et décide de ne plus regarder les chaînes d’info en continu. Elles distillent à satiété leurs brèves de comptoir où l’incompétence le dispute à l’insolence de la bêtise.

Les images de ces camions militaires transportant les nombreux cercueils des citoyens de Bergame vers les crématoriums des villes proches étaient d’une vérité crue. Pourtant, on scrute tout ce qui peut nous rassurer ou nous inquiéter. Ces deux sentiments vont de pair. Hier soir, un ami m’envoie un lien (4) d’une conférence donnée intramuros par Didier Raoult, microbiologiste français, spécialiste des maladies infectieuses à la Faculté de médecine de Marseille. Je le regarde et suis illico fasciné par la clarté de son exposé. Hélas, un vrai malaise me saisit quand je m’avise que ce qu’il préconise semble ne pas avoir convaincu le « comité scientifique » qui conseille, chaque jour que fait le Covid-19, notre président.

 

  1. C’est le printemps
  2. Gardons-nous du mal !

3. Dino Buzzati, Pocket.

4.https://www.marianne.net/societe/la-chloroquine-guerit-le-covid-19-didier-raoult

NOUVEAUX POÈMES DE JEAN-YVES CASANOVA

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Recension parue le mardi 17 mars 2020 dans la page Livres du quotidien La République des Pyrénées// Recension parishuda lo dimarç 17 de mars en la pagina Livres deu diari La République des Pyrénes.

Jean-Yves Casanova, Requièm per una vila mòrta, éditions La Pantiera, isbn 978-2-9570629-0-4, édition blingue, occitan-français, 95 p, 10 €. Isbn 978-2-9570629-0-4 – Ce poème est suivi de Requièm per tres poètas enfuis, au même éditeur.

Nous avons tous, sans doute, des comptes à régler avec notre lieu de naissance, cette ville qui nous a vus grandir, au temps sacré de l’enfance. Surtout, si nous l’avons laissée faire sa vie sans nous. Nous voudrions, comme Jean-Yves Casanova, lui dire combien parfois elle nous manque. Hélas, elle ne veut plus rien entendre. Elle aussi est enfuie. Jean-Yves Casanova, un de nos grands poètes d’expression occitane — il écrit en provençal, sa langue première — nous l’exprime dans son poème « Requièm per una vila mòrta ». Le poème en strophes de dix vers libres s’organise en trois parties « Noir, Blanc, Bleu » qui scandent le dialogue entre l’exilé et le royaume d’une enfance marseillaise qui lentement mais sûrement nous sollicite, nous qui avons parfois oublié qu’elle est, quoi que nous fassions, notre patrie dont nous connaissons la fragilité, l’éloignement et la douleur. Casanova le dit clair : « tornarai jamai tot es definitivament arroinat enfugit escrantat tot es sens remèdi abandonat » (je ne reviendrai jamais tout est définitivement ruiné enfui écroulé sans remède abandonné). Dès les premiers vers, nous sommes transportés à « Marselha », cette ville monde qui ne sait plus où donner de la tête. Casanova lui offre une rédemption qu’elle semble refuser au nom de la fuite inexorable du temps, qui la voue à tous les excès, à tous les oublis, à tous les cynismes : « quan tornaràn los leis mòrts venent de mar ambe leis àngels e leis aglas e serà complit lo temps me rendràs meis gents meis amics que gardas dins tei baumas escuras per fin de torments » (1) Cette ville, nous pensons la connaître. En vain. La sienne, qui pourrait être celle de tous ceux qui sont partis pour ne pas revenir, fuit dans son arrière-pays où elle s’acoquine avec ce mal qui, nous le savons, nous appelle et nous tente. Jean-Yves Casanova le sait, lui qui l’interpelle, lui qui lui dit sa vérité et en appelle à la mer salvatrice : « nous ne pouvons pas la supplier de t’oublier de penser que tu étais une création des hommes à présent dans tes pays ombreux où ta forme change sans fin pour exciter les désirs secrets.

  1. « quand les morts viendront depuis la mer avec les anges et les aigles et sera accompli le temps, tu me rendras mes parents et mes amis que tu gardes en tourments dans tes grottes obscures. »

JUSQU’À NOUVEL ORDRE…

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Chronique parue ce jour, 14 mars 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées/Cronica pareguda uei, 14 de mars en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

Hier matin, l’aube était grise et fraîche. L’orage nocturne avait déversé toute sa « malícia » (1) sur la vallée. Seuls les merles amoureux, les pinsons et les bergeronnettes chantaient la naissance d’un jour nouveau. Pourtant, nous étions encore sous le coup de la déclaration de notre jeune président où il avait annoncé un « branle-bas de combat national », inédit depuis sans doute l’épisode meurtrier — il fit plus de victimes que le conflit mondial — de la grippe espagnole à la fin de la 1ère Guerre mondiale.

La famille réunie constatait que sa vie quotidienne allait sensiblement changer. Son « Quoi qu’il en coûte ! » disait qu’il avait pris conscience que nous allions passer jours, semaines et mois à venir dans la peur de l’infection. De surcroît, le vaccin n’étant pas d’actualité, nous affronterions ce futur dans la plus grande des incertitudes. À entendre, en effet, les scientifiques et spécialistes l’épidémie pousse inéluctablement son avancée infectieuse dans de nouveaux territoires. De plus, elle touche désormais des personnes plus jeunes. Nous faut-il imaginer une autre vie, claquemurés chez soi ?

J’ai pensé à « Le Hussard sur le toit » (2) de Jean Giono, cet extraordinaire roman d’aventure dont j’ai eu à traduire en gascon le rôle d’Angelo — Olivier Martinez semble être passé à côté de son rôle et de Juliette Binoche… mais qu’importe ! — dans la version occitane du film de J.Paul Rappeneau, effectuée par « Contà’m » (3). En voici l’intrigue : « Poursuivi par la police politique autrichienne, Angelo, un officier patriote italien, traverse la Provence alors que le choléra y tue, par milliers, ses habitants qui n’ont d’autre recours que la claustration ou la fuite. Les soldats bloquent, pour cela, routes et chemins pour éviter la propagation de cette bactérie que nulle frontière ou armée n’arrête. Le Hussard nous dit, deux siècles avant le Covid-19, combien, au siècle du capitalisme mondialisé et financiarisé, notre monde semble démuni face à ce satané virus. Le sera-t-il encore demain ? Sans doute « jusqu’à nouvel ordre ! »

  1. Colère.
  2. Folio, Gallimard, 1995.
  3. http://contam.fr/?lang=fr

 

VACUITÉ

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Chronique parue aujourd’hui samedi 7 mars 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées.// Cronica pareishuda uei dissabte 7 de mars 2020 en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

Je ne sais pas ce que diront les historiens de cette période mais dans l’immédiat je suis tenté de dire que ce satané virus a bel et bien contaminé l’ensemble de la vie quotidienne des citoyens de ce pays. Les réseaux sociaux s’excitent et alimentent toutes les frayeurs imaginables et inimaginables que le « complotisme » distille chaque jour.

En effet, il ne se passe pas une seconde sans que les médias, et particulièrement les chaînes d’information en continu, ne diffusent et commentent l’épidémie qui est en passe de passer au stade 3… Le virus viendra-t-il jusqu’à nous ? Étrangement — cela ne durera guère, sans doute — nous sommes passagèrement ménagés. L’avantage de l’éloignement géographique dont nombre de nos élus ne cessent de se plaindre.

Ceci dit, je constate que les élections municipales, que d’aucuns voudraient annuler, se voient, elles-aussi, impactées par la « chronique de la contagion annoncée ». Certains prévisionnistes pressentent même une forte abstention des personnes âgées. Est-ce que le vent de panique qui souffle, ici ou là, va modifier les résultats attendus ou espérés, le dimanche 15 mars au soir ? Covid19 seul le sait !

La peur qu’il provoque en revanche a fait déjà des ravages dans les têtes de nos chers Béarnais. L’autre jour, parcourant les rayons d’un supermarché de la Vath Vielha (1), j’ai vu, de mes yeux vu, qu’on avait dévalisé pâtes, laitages, beurre, etc. Je vous en épargne la liste complète ! Alors que je me garais, sous la « plojassa » (2), j’ai constaté que l’immense parking était quasiment désert. Tout semblait pris de malaise, bien que la « ventesca » (3) piquât une nouvelle crise de nerfs dont il a le secret. De plus, l’éclairage public ne fonctionnait pas. Je ne sais pas pourquoi cette vision m’a bien plus troublé que l’incessante sollicitation des médias sur la contagion à venir. Ici, à quelques encablures d’une montagne à la neige revenue, cette vacuité, une absence, me parlait de l’angoisse qui fait de notre existence une question trop souvent sans réponse…

  1. Vallée du gave de Pau.
  2. Forte pluie ; déluge.
  3. Vent fort accompagné de pluie ou de neige.

 

L’ÉTERNEL RECOMMENCEMENT

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Chronique parue le samedi 29 février 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées// Cronica pareishuda lo dissabte 29 de heurèr 2020, en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

Quinze ans en arrière, nous nous sommes vus, ma femme et notre jeune fils, à faire la queue dans la salle Balavoine à Visanòs, consacrée habituellement aux spectacles. Un virus, appelé SRAS (1), arrivé de Chine, menaçait l’ensemble de la population française et mondiale. Un vaccin avait été heureusement trouvé et nous attendions, là, pour en bénéficier, comme des centaines de personnes à nos côtés.

Cet étrange et inquiétant spectacle nous parlait de la peur et des angoisses que ce « syndrome respiratoire » provoquait chez nos compatriotes. Les enfants en bas âge, les femmes enceintes, les personnes âgées et malades étaient prioritaires, bien que certains « mahutres » (2) pratiquaient allègrement la resquille, comme ils l’avaient toujours fait. L’esprit civique est souvent dévoyé par ces tristes sires qui font du mal à notre vivre ensemble. D’autres, en rouspétant, allaient au vaccin comme des prévenus fraîchement condamnés à la prison à vie…

Dire que nous n’avions pas peur serait mensonger et prétentieux. Nous pensions surtout à notre descendance, comme les autres parents dans leur file d’attente respective. L’ambiance était tendue, irréelle. Nous fûmes finalement vaccinés, et le SRAS s’épuisa in fine

Ce jour, nous voici confrontés à un nouveau virus chinois qui nourrit la même peur et les mêmes angoisses que naguère. Peut-être, sait-on jamais ?, reviendrons-nous à la salle Balavoine ? Pour l’instant, l’Institut Pasteur et d’autres laboratoires — les enjeux économiques sont grands ! — se démènent pour trouver un vaccin contre ce satané « coronavirus ».

Hier matin, j’ai attrapé « La Peste » (3) d’Albert Camus qui se déroule dans ma ville natale, en Algérie. Je l’ai feuilleté et ai retrouvé un passage que j’avais souligné, il y a fort longtemps, comme l’antienne d’une humanité oublieuse : « Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu autant de pestes que ce guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. »

  1. Syndrome respiratoire aigu sévère.
  2. Malotrus
  3. Folio, 1972.

ÉLECTIONS ?

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Chronique parue hier samedi 22 février 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées// Cronica parescuda ger dissabte 22 de heurèr 2020 en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

Faut-il parler des élections municipales ? Une poignée de lecteurs m’ont fait le grief d’éluder la question qu’ils disent cruciale pour la vie quotidienne de nos concitoyens de la plaine, des coteaux, du piémont, des vallées et de la montagne. Avec ou sans neige…

J’habite un village de la vieille vallée du gave où je n’aurai pas l’embarras du choix. En effet, une seule liste se présente devant les électeurs, celle du maire sortant. En ce qui concerne les communes environnantes, je constate que les listes foisonnent… Ce qui démontre, s’il le fallait, que ces élections locales n’ont pas encore été touchées par le désenchantement qui s’était exprimé par une forte abstention aux derniers scrutins nationaux et européens. De surcroît, c’est une vraie satisfaction : de nombreuses femmes mènent les listes concernées !

« Per venciva » (1), peu se revendiquent des courants de pensée qui nous étaient jusqu’alors familiers. Il y a quelques années encore, dans le moindre bourg, les listes affichaient leur appartenance politique, à l’instar des partis dont les candidats se réclamaient. Là-aussi, le monde a changé.

Je vois ici de curieuses combinaisons, fruits d’un mélange qu’on désire astucieux. « Sans étiquette ! », comme on disait naguère. Là, des mariages de raison conclus in extremis. Plus loin, on a préféré un divorce tumultueux au « constat à l’amiable »…

La complexité gagne chaque jour un peu plus sur la clarté. À tel point, qu’il faut, parfois, posséder une « pierre de Rosette politique » pour décrypter les alliances inattendues, sans compter avec les allées et venues de candidats, transfuges d’un jour ou d’une semaine. Les villes de Pau, d’Auloron et d’Ortès dérogent, semble-t-il, à la règle. On s’y affronte, au grand jour, sans « pissotejar » (2).

Dans la cité de Febus, que j’ai hantée dans une autre vie, les élections prennent toujours un tour incroyablement complexe. On y consulte même les esprits de la forêt pour en connaître les résultats. Enfin, quand ils acceptent de s’exprimer !

  1. En revanche.
  2. Lésiner.

 

AMOR

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Chronique parue aujourd’hui dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées//Cronica pareishuda uei en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

 

« Quand on a que l’amour/ À s’offrir en partage/ Au jour du grand voyage/Qu’est notre grand amour (…) », chantait, naguère, Jacques Brel. Ma mémoire me dit que je l’ai entendu lors d’un mariage, il y a très longtemps. Elle couronnait la sortie des époux de l’église du bourg. J’avais trouvé la chanson vieillie, pleine de bons sentiments qui, comme nous le savons, pavent l’Enfer. J’étais imbibé de rock anglo-saxon ; de surcroît, un « gojat » amoureux d’une « nana » qui se moquait éperdument de cet étudiant timide qui ne savait que faire, face à la désinvolture féminine qui le naufrageait. Il ne comprenait pas ce qui se jouait là. J’ai su, bien après, en lisant « La Vie de Marianne » (1) ce qu’il en retournait.

Aujourd’hui, la chanson de Brel semble résonner comme le dernier soupir d’un temps révolu. Désormais, rien ne nous est épargné. La Saint-Valentin, en effet, nous assène sa désespérante logorrhée publicitaire. L’amour est devenu, en quelques années, une marchandise lancée sur le marché du sentiment amoureux qui ne sait plus où il habite.

Nul n’est à l’abri de ces appels incessants au consumérisme passionné. L’obscénité n’est pas où nous la croyons. La mésaventure numérique de Benjamin Griveaux nous en donne la preuve éclatante. Un exilé russe, manipulateur et pervers, a posté la vidéo en question pour faire mal au candidat à la mairie de Paris. Il a réussi son coup bas. Les réseaux sociaux ont charrié cette ignominie. Que voulez-vous l’intelligence du mal anéantit le rêve que nous avons du bonheur. Ce n’est pas demain la veille que cette descente aux Enfers fera long feu.

J’ai pensé à « La Pesanteur et la grâce » (2), de Simone Weil, ce chef d’œuvre encore ignoré. On y trouve la profonde et sidérante parole de celle qui mourut à Londres, près de Charles de Gaulle, après qu’elle eut combattu dans les rangs des Républicains, pendant la Guerre d’Espagne. « L’amour tend à aller toujours plus loin. Mais il a une limite. Quand la limite est dépassée, l’amour se tourne en haine. Il faut, pour éviter cette modification, que l’amour devienne autre. »

 

  1. Classiques, Le Livre de poche.
  2. éditions Plon.

INCORRIGIBLE !

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IMG_2807Chronique parue dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées, le samedi 8 février 2020// Cronica pareguda en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées, lo dissabte 8 de heurèr 2020.

Certains vont dire que leur « cronicaire deu dissabte » (1) parle une fois encore du « temps qu’il fait », comme si l’actualité du proche et du lointain n’était pas prioritaire. Je le confesse, le climat m’intéresse depuis les temps anciens lorsque je fréquentais épisodiquement les cours de géographie à la Faculté des Lettres de Pau. C’était il y a bien longtemps quand les saisons étaient, plus ou moins, à leur place. Je ne crois pas enjoliver le souvenir qui m’en reste.

Michel Chadefaud, notre professeur, nous y enseignait les rudiments de la climatologie avec ses dépressions, ses anticyclones, ses fronts froids et chauds, etc. Je ne comprenais guère ce qu’il nous disait. Je m’étais, sans doute, sauvé au pays brumeux où le rêve faisait sa vie. Pourtant, cet éveil au climat et aux climats a porté ses fruits tardifs. J’affirme, envers et contre tout, et contre tous s’il le faut, que l’hiver, le vrai de vrai, est derrière nous.

L’autre jour, à ma pharmacie préférée, j’expliquais, non sans mal à la pharmacienne et ses deux collaboratrices, ce qui caractérise le dérèglement climatique, en évoquant les chaleurs printanières répétées et anormales transportées par ce « hilh de pica » de foehn qui dure depuis bientôt quatre semaines.

Un vieux ressortissant du Bas-Ossau a dressé l’oreille, m’a souri et retourné qu’il avait toujours connu ces phénomènes et qu’il n’y voyait pas d’inconvénients majeurs, bien au contraire. Franchement, je ne me voyais pas me lancer dans un débat sans fin. Pensez, contre la « vox populi », j’étais battu d’avance.

Hier, à 15 h, il faisait un petit 20°celsius, avant-hier guère moins. N’importe, les gens que je rencontre, ici ou là, s’en satisfont car le soleil est toujours bon à prendre et qu’ils pensent déjà à leurs vacances futures… Cet été quand le thermomètre indiquera 38°, 39°, 40°, 41°, une fièvre carabinée !, que diront-ils ? Allez, ne vous fâchez pas, je suis incorrigible !

  1. Chroniqueur du samedi.