CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 17 OCTOBRE 2026 À LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 17 D’OCTOBRE 2026 A LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
Au seuil d’une journée encore estivale, j’ai contemplé l’immense érable du voisin, comme je le fais chaque matin que la nuit engendre. Il avait déjà revêtu les couleurs fauves de l’automne. Le vent d’Espagne s’y promenait et le dénudait lentement.
Ce matin-là, le ciel était d’une singulière pureté. Il donnait aux Pyrénées cette transparence incomparable sur laquelle j’aimerais parfois poser une main hésitante, pour sentir leur cœur battre comme le mien. La matinée s’est écoulée entre lecture et écriture. En fin de journée, je me suis dirigé vers «lo capdulh deu Bearn»(1). À l’entrée de la ville, le sempiternel encombrement m’a arrêté net.
J’ai eu alors tout loisir d’observer une moissonneuse-batteuse polyvalente. Avec précision et régularité, elle travaillait un champ de maïs desséché par les trois canicules qui avaient rythmé notre satané été. La machine allait et venait, dévorant les rangs comme un ogre de métal jamais rassasié. À ses côtés, un camion avançait au même rythme et recueillait les grains récoltés.
Tandis que l’interminable embouteillage demeurait presque figé, la moisson m’a semblé médiocre, sinon mauvaise. Je me suis alors demandé si les maïsiculteurs béarnais continueraient, en 2027 et dans les années suivantes, à «faire» du maïs. Soudain, une nuée de «palomas»(2) s’est posée sur les chaumes fraîchement libérés et a commencé son festin. Il y a une trentaine d’années, je les voyais passer très haut dans le ciel clair d’octobre. Elles migraient vers le grand Sud. Je m’évadais avec elles, imaginant des voyages que je ne ferais jamais.
À travers ces événements simples, ignorés par des milliers de nos compatriotes trop pressés, le monde nous parle aujourd’hui de ses profondes mutations. La file a enfin avancé et la chaleur est retombée. Peu à peu, le crépuscule s’est installé, apportant une fraîcheur libératrice. Le retour vers la contrée piémontaise s’est alors accompli comme il se doit.
1. Capitale du Béarn.
2. Palombes.

