À la Une

UN NOUVEAU ROMAN : L’HOMME EST UN OURS QUI A MAL TOURNÉ

Mon nouveau roman, L’Homme est un ours qui a mal tourné, paraîtra le 22 octobre prochain aux éditions In8.

Je le présenterai le 3 novembre prochain à 18 h au Parvis (Espace Culturel Leclerc de Pau) aidé par mon vieil ami, Thomas Longué.

Présentation

Désormais à la retraite anticipée, Jan revient au pays dans sa ville natale, dans les Pyrénées, où un climat de peur s’est installé depuis la disparition de Laura Etxemendy. Il y retrouve Artur — dit l’Ours — son ami de toujours qui traverse une grave dépression, et Céline, son amour de jeunesse qu’il avait totalement perdue de vue. Pour Jan, c’est l’heure du bilan. Les souvenirs remontent à la surface : le traumatisme du service militaire, sa carrière de cadre à travers l’Europe, les femmes qui l’ont toutes quitté… Le narrateur nous plonge tantôt dans les années 80 de l’autre siècle, tantôt dans une actualité qui porte encore les stigmates d’une jeunesse vécue à pleines dents.

À chaque jour…

Chronique parue le samedi 4 février 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées. // Cronica parescuda lo dissabte 4 de heurèr 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Le temps était clair, froid. Le Gavisòs, dans son aube immaculée, était fier de nous montrer que l’hiver avait dit enfin son mot. Le temps semblait arrêté comme j’aurais aimé qu’il fût, juste quelques heures, pour poser mon esprit préoccupé. Le jour avait traîné à l’Est. Là-bas, si proche et si lointain pays qui ne s’arrête jamais. Je marchais convaincu que la journée serait belle. La joie toujours étonne, comme l’homme ou la femme découvrant l’amour qui ne sait pas encore qu’il peut, les années passant, glisser entre ses doigts surpris. Est-ce la rançon à payer de la lucidité ? « Prends la vie du bon côté ! » me disait naguère Rolande. « Perqué non ? » (1) J’essaie depuis belle lurette de suivre son conseil mais cette recommandation me semble encore difficile à suivre. Chaque jour me donne des raisons d’espérer et de désespérer. Une énième banalité de votre chroniqueur, dira-t-on. Mardi dernier, une vieille connaissance me disait, en quittant « Le Chanzy » où je buvais un café avec Jean V., l’auteur d’un premier roman : « À samedi ! » Je n’ai pas tout de suite compris. C’est après que j’ai conçu qu’il me rencontrerait en lisant ce billet. Ce même jour, c’est désormais un triste leitmotiv, un ami de longue date m’annonçait son grave cancer. Une autre banalité, diront certains. Pour ma part, elle me révolte. Je n’avais pas de mots pour le réconforter, si ce n’est un silence… Je changeais de café. Direction chez Francis. Il faut, en effet, diversifier ses habitudes cafetières. Dans nos contrées, on se doit de ménager les susceptibilités. Je n’avais pas fait cent mètres, qu’une amie de longue date me parlait de la réforme des retraites. Elle appelait Emmanuel Macron à organiser un référendum. Je la trouvais optimiste. Plus loin, un marchand de chaussettes, surprenant lecteur de romans, faisait l’éloge de « L’Épervier de Maheux » (2), de Jean Carrière. Le soleil avait finalement réchauffé l’atmosphère et je n’avais toujours pas fait mon marché.

1. Pourquoi pas ?

2. Prix Goncourt 1972, le Livre de poche.

Lo Gavisòs, deu pont de Clarac de Nai estant lo 4 de heurèr 2023 — Le Gabizos, depuis le pont de Claracq de Nay, le 4 février 2023

S’OBSTINER

Chronique parue hier samedi 28 janvier 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées — Cronica parescuda ger dissabte 28 de genèr 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Dès que la fin janvier s’annonce, je sais qu’il me faudra écrire un nouveau billet sur le 27 janvier 1945, jour de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz par les troupes soviétiques. Une date que ce billet commémore depuis vingt ans. Je suis de ceux qui ne veulent pas oublier. Surtout, avec le retour de l’antisémitisme et du révisionnisme… Ils prennent trop souvent les habits ambigus de l’antisionisme. Parfois, je me demande si cette idéologie pestilentielle viendra enfin à s’éteindre. Je l’ai toujours connue, mes parents avant moi ; mon père entra dans le camp d’extermination de Natzweller- Struthof en Alsace, à l’automne 1944. Une « sonsaina » (1) dégueulasse marmottée, entre les dents, par ceux qui rêvent aujourd’hui de l’horreur nazie. Mon fils me racontait l’autre jour que des lycéens faisaient régulièrement le salut hitlérien, « comme ça, pour le fun… » Étaient-ils conscients de leur geste ? Je crains fort qu’il nous faille encore et toujours alerter, dénoncer, combattre, faire connaître, entre autres, « Si c’est un homme » (2) le chef d’œuvre de Primo Levi. Une gifle imparable au visage du mensonge. Hier, comme chaque année, j’ai relu les dernières pages de son livre : « 27 janvier. L’aube. Sur le plancher, l’ignoble tumulte des membres raidis, la chose Somogyi. Il y a plus urgent à faire : on ne peut pas se laver, avant de le toucher il faut d’abord faire la cuisine et manger. Et puis « rien de si dégoûtant que les débordements », comme dit si justement Arthur : il faut vider le seau. Les vivants sont plus exigeants ; les morts peuvent attendre. Nous nous mîmes au travail comme les autres jours. Les Russes arrivèrent alors que Charles et moi étions en train de transporter Somogyi à quelque distance de là. Il était très léger. Nous renversâmes le brancard sur la neige grise. (…) Des onze malades de l’Infektionabteilung, Somogyi fut le seul à mourir pendant dix jours. » Hier, une neige hésitante tombait. Elle ne prenait pas. Le sol n’en voulait pas. Celle que connurent les suppliciés de Birkenau était assassine.

1. Rengaine.

2. Pocket, n° 3117

Photo de Nur Yilmaz sur Pexels.com

NEIGE ET NEIGE

Chronique parue hier, samedi 21 janvier 2023 dans la page Débats deu quotidien La République des Pyrénées. // Cronica parescuda ger, dissabte 21 de genèr 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

La nuit venait lentement. J’étais à faire du bois pour notre poêle qui en est plus que friand. La neige est arrivée à l’improviste dans un air refroidi. Je sais, la météo ne sait plus se tromper. Depuis mon jeune âge, elle me fascine à tel point que je ne saurais occuper mon esprit à une autre activité que celle de l’admirer. Surtout lorsque je fixe ses millions de flocons qui virevoltent dans le ciel hivernal. Ils vont et viennent au gré de la bise, et tombent légers sur le paysage étonné. Peut-être est-ce comme le dit la légende, une fée stratosphérique qui plume des milliers d’oies compatissantes ? La neige a vite installé son silence que les voitures troublaient parfois. J’en étais ravi. Il m’arrive pourtant d’entendre des compères s’étonner de ma fascination. Peut-être pensent-ils que ce phénomène climatique, de plus en plus rare en Béarn, est une banalité qui n’intéressent que les enfants ? Peut-être le suis-je resté ? Le lendemain, jour de la grande manifestation contre la réforme des retraites, mon émerveillement était à son comble. Le monde était blanc. La nostalgie s’est alors invitée. J’ai pensé au terrible mois de janvier 1985 qui avait donné au Béarn des airs de Russie ou de Pologne. Je travaillais alors à une trentaine de kilomètres de Pau. Chaque matin, un froid polaire me saisissait. Il fallait faire démarrer la voiture sous la neige, et partir au risque d’une sortie de route. J’avais l’illusion de croire que je traversais la Silésie que le cinéma m’avait donné à découvrir. Un matin, « de cap a Arbús » (1) sur la route de « Morencs », je m’étais arrêté non sans mal pour aider une jeune automobiliste en panne. J’avais dû l’accompagner jusqu’à la première cabine téléphonique, pour qu’elle pût appeler un dépanneur. Je ne sais pourquoi, frigorifié, le regard égaré dans ce paysage polaire, m’était venue l’image dure et sombre de l’entrée enneigée du camp d’extermination d’Auschwitz. Quelques jours après, on commémorait le 40ème anniversaire de sa libération par les troupes soviétiques. 

1. Vers Arbus.

EPIPHANIES

Chronique parue le samedi 7 janvier 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda lo dissabte 7 de genèr 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Le froid était vif. J’allais faire quelques courses au bourg lorsque j’ai rencontré un homme que je pensais reconnaître. Il sortait de la boulangerie du coin. Y avait-il acheté une couronne briochée ? Son sourire sur son visage terne m’a remémoré son nom. Je ne l’avais pas vu depuis une éternité. Brillant lycéen, il avait rejoint une prestigieuse école d’ingénieurs. J’avais appris qu’il avait travaillé pour l’industrie nucléaire. Puis, le silence… Il m’a paru bien vieilli. Je ne me souvenais pas de son prénom. Lui, n’a pas hésité une seconde, allant même jusqu’à décrire précisément le « gojat » (1) égaré que j’étais alors. Il avait gardé cette étonnante mémoire qui faisait l’admiration de tous. D’une voix presque éteinte, il m’a invité à prendre un verre ; me rappelant qu’il s’appelait Jacques. Il venait de prendre sa retraite. J’étais curieux de savoir ce qu’il était devenu. Dès qu’il s’est assis, il m’a dit avec son sourire désabusé : « Au hasard Balthazar ! ». J’avais entendu cette curieuse expression de Max Rouquette, le grand écrivain occitan, à Montpellier. Je n’en connaissais pas la signification. J’avais songé à l’Épiphanie qui, enfant, m’enchantait et m’enchante encore. Jacques a vu dans mes yeux mon incompréhension et m’a murmuré, moqueur — était-il suspicieux ? — que, pour lui, ça voulait dire : « Prendre le risque de notre rencontre. » De quel risque parlait-il ? « Le risque de nous décevoir mutuellement ! » Peut-être avait-il une faute à se reprocher ? Peut-être me connaissait-il bien mieux que je ne le pensais ? Mais une femme est entrée dans le café. Grande, brune, cheveux longs, une cinquantaine d’année. Elle s’est approchée de notre table. « Ma femme. Un vieux copain ! » Tout en partant, il m’a lâché : « Ne t’inquiète pas, nous nous reverrons ; donne-moi ton numéro ; je t’appellerai vite ! » Je suis resté-là, « colhon » (2), comme naguère.

1. Jeune homme.

2.Couillon. 

APOCALYPSES

Chronique parue le samedi 31 décembre 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.

Cronica parescuda lo dissabte 31 de deceme 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Le 31 janvier 1999, d’aucuns, toujours les mêmes, nous prédisaient un vrai cataclysme mondial. La fin du monde, même, pour nos éternels millénaristes et autres illuminés qui depuis l’an 1000 nous annonce l’apocalypse. Nous allions en effet changer de siècle et le pire du pire nous était promis. De surcroît, l’euro viendrait à minuit remplacer notre franc, au grand dam de nos souverainistes qui n’ont d’ailleurs jamais changé de registre. Eux aussi, annonçaient une catastrophe politique et économique qui finalement n’advint pas. Le millénarisme n’était pas mort, il continuait à nourrir l’idée d’un monde fini donnant naissance à un autre où Dieu, sous ses maints aspects et figures, viendrait faire table rase de l’ancien pour créer « sui generis » le nouveau. Ces dernières décennies, ce courant a repris du poil de la bête. Plusieurs mouvements religieux comme les « Témoins de Jéhovah », «  L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours ou Mormons », entre autres, s’emploient à développer cette pensée apocalyptique.

Aujourd’hui, 31 décembre 2022, je suis d’avis de laisser ces facéties à leurs facétieux zélateurs et de nous préoccuper de ce dernier jour de l’année et des suivants. Il sera, comme l’annonce Météo-France, « excessivement chaud pour conclure une année emblématique du dérèglement climatique ». Frédéric Nathan, prévisionniste à Météo-France, précise que « nous aurons très certainement le 31 décembre le plus chaud depuis le début des mesures en 1947 » (1). On voit ici ou là, combien cette singulière chaleur — ne parle-t-on pas de 24 °c à Dax ? — satisfait nombre de nos compatriotes. Ils se félicitent d’un hiver qui s’absente durablement. Certains vont même jusqu’à dire que, s’ils en avaient l’occasion, ils piqueraient une tête dans l’océan. L’été revenu, en quelque sorte ! Ce soir, lorsque la nuit viendra, je ne m’étonnerai plus. Je considèrerai qu’il en ira ainsi longtemps, désormais. Nos concitoyens continueront à se cacher derrière leur petit doigt et désavouer la réalité du dérèglement climatique. Je l’avoue, ce climat qui ne sait plus où il habite, m’alarme. On dira que je suis moi aussi « apocalyptique ». Pourtant, je ne fais que reprendre ce que des générations de scientifiques ne cessent de réitérer depuis des lustres. 

« Bona Annada, totun ! »

1. Le Monde, 30.12.2022

L’après-midi estival du 31 décembre 2022 // Lo vrèspe estivenc deu 31 de deceme 2022

UN VRÈSPE (1)

Chronique parue samedi 24 décembre 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.

Cronica parescuda dissabte 24 de deceme 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyénées.

Cela sera sans doute un banal après-midi de décembre. Le temps sera peut-être beau ou doux et couvert. On observera le ciel et on se posera nombre de questions. Banales, bien sûr ! La voisine nous dira de son air enjoué : « La pluie ne va pas tarder ! » On lui répondra : « Que dit la météo ? » et elle de vous répondre amusée : « Pensez, ils se trompent une fois sur deux. D’ailleurs, j’aime bien quand ils se trompent. Un peu de fantaisie dans cette triste période, ce n’est pas de refus ! » Elle rentrera en nous faisant un petit geste de la main. Elle se ravisera, et appellera son chien qui a un drôle de nom. Hector, comme le héros tragique de « L’Illiade ». Elle est peut-être professeur de lettres classiques ? Elle vient d’aménager. On regardera l’horloge à travers la vitre de la cuisine et on pensera : « Perdiu, qu’a gahat l’avança! » (2).  Quatre heures passées de l’après-midi ! D’autres diront « 16 heures » pour aller plus vite. Pourquoi se presser inutilement ? Nous savons, depuis fort longtemps, qu’il nous faut attendre. Espérer, aussi. On lira « La République des Pyrénées » puis un roman qui nous culpabilise dès que nous l’apercevons, abandonné sur une chaise. Nous le reposerons en nous disant : « Demain est un autre jour ! » Soudain, on s’inquiétera du dîner à faire et on se rassurera, comme d’habitude. On verra le jour fatigué quitter notre village, loin derrière la haute colline. On entendra les lointains aboiements des chiens, les croassements erratiques des corneilles. Des cris d’enfants, tout proche. Puis viendra insensiblement la douce nuit. Bientôt, le tumulte des voitures s’apaisera. Rien ne nous étonnera. Nous savons tout ça. Les enfants, eux, s’impatienteront car il faut qu’ils s’impatientent. Qui leur en fera reproche ? Leurs yeux sont notre lumière au grand ciel du merveilleux souvenir de l’enfance. Dans une poignée de minutes, nous fêterons « Nadau ! » 

1. Un après-midi

2. Mon Dieu, elle a pris les devants !

Derniers instants, lorsque le jour fatigué s’en va vers d’autres cieux…

Darrèrs moments quan lo dia fatigat e se’n va de cap tà d’autes cèus.

DEMI-FINALE

Chronique parue ce jour, samedi 17 décembre 2022, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.

Cronica parescuda, uei, dissabte 17 de deceme 2022, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

La pluie s’obstinait depuis le milieu de l’après-midi. La nuit est venue mollement et s’est couchée sur la terre encore tiède. Il faisait doux, trop doux peut-être. Très loin, un chien aboyait. Un autre, plus proche lui a répondu. Il devait être sept heures du soir, comme on disait naguère lorsque nos mots désignaient un monde aujourd’hui disparu. L’érable était dénudé et trempé. Le tulipier de Virginie également. L’obscurité était totale. J’entendais la radio bredouiller. Elle semblait perdre haleine, s’étouffer. Elle est vieille, et s’épuise. De quoi parlait-elle ?

Probablement de la demi-finale. Depuis une semaine, on l’annonçait sans relâche. L’acharnement médiatique maintient nos compatriotes dans l’attente anxieuse du coup d’envoi. Mon étonnement était comme il l’a toujours été. N’importe, l’aventure des Bleus enfièvre les amateurs du ballon rond, les enivre, les transporte même jusqu’à Doha où il ne pleut peut-être jamais. Peut-être est-ce une façon de combattre l’ennui qui menace de temps à autre ? L’heure avançait. Je pensais à tous ceux qui attendaient impatients l’entame dans un bar bondé. La tension devait être à son comble. La promiscuité, la moiteur, et la buée qui dégouline sur les baies vitrées du troquet. D’aucuns avaient peut-être commencé à arroser une éventuelle victoire ? Il faut bien se rassurer comme on peut. Je ne l’ai pas regardée.

Je sais, je vais encore me faire enguirlander. On me dira que je suis un mauvais français. Mais qu’est-ce qu’un bon français ? S’ils savaient, j’aime le foot depuis tout petit. Je l’ai pratiqué dans un club, il y a fort longtemps et l’ai trahi pour le rugby. Je n’aime pas ce qu’il est devenu. De toute façon, un roman m’attendait. La fatigue d’une longue journée aussi. Les averses fredonnaient la berceuse secrète des rêves. Le sommeil m’entraînerait sans crier gare dans son mystérieux pays. «Demain sera un autre jour ! » me suis-je dit, sachant qu’on me soufflerait à l’oreille in fine le résultat, connu de tous, aujourd’hui. « A dimenge, doncas ! » (1)

1. À dimanche, donc.

Lo cap deu monde… La fin du monde…

REVENIR SUR NOS PAS

Chronique parue le samedi 10 décembre 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.

Cronica parescuda lo dissabte 10 de deceme 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Quand chaque jour, au saut du lit, l’âge nous glisse à l’oreille que le moment est venu de faire un premier bilan. On se dit qu’il exagère, qu’on a bien le temps de revenir sur nos pas. Parfois, on se rend à l’évidence, qui n’est pas comme certains le croient, la porte à côté, et on se risque à revisiter les lieux capricieux d’une mémoire toujours aussi fantasque. On interroge le film, notre film bien sûr, qui n’est pas, loin de là, une ligne droite. Nous n’en aimons pas revoir les images et surtout en réentendre les dialogues. « L’aute dimars » (1), j’ai croisé une connaissance de ces temps anciens où nous étions encore lycéens et insouciants. J’ai cherché à mettre un nom et un prénom sur ce visage certes vieilli mais expressif. Beau et vivant, dirais-je. Cette femme m’avait reconnu et m’a aussitôt lancé, l’habituelle antienne : « Quin ès ? » (2) Elle m’a semblé habiter un ailleurs tourmenté. Je l’ai l’invitée à prendre un café au Chanzy. C’était jour de marché. L’ambiance était, comme à l’accoutumée, joyeuse. Je ne sais pas pourquoi ma mémoire a évoqué ce temps jadis où nous avions fait un petit bout de chemin ensemble. En écho, une synchronicité sans nul doute, elle me l’a rappelé. Elle a souri et moi aussi. Notre jeunesse nous reparlait. Puis, après un long silence, elle m’a conté, à voix basse — l’émotion allait et venait dans ses yeux clairs — le malheur qui l’avait accablée pendant deux ans. Elle avait perdu son compagnon après une longue période de soins. Je ne savais trop que lui dire. Je ne trouvais pas les mots. Peut-on les trouver en pareille circonstance? Soudain, quelques larmes ont coulé sur ses joues, elle souriait pourtant comme si ces pleurs étaient le doux message de la résilience. Une heure après, elle est repartie faire son marché. Marchant, troublé par ces retrouvailles fortuites, j’ai repensé à « D’autres vies que les miennes », le beau roman d’Emmanuel Carrère qui m’a fort ému. Il parle du malheur des autres qui sont aussi les nôtres. Naguère ou jadis, le passé toujours s’invite, quoi que nous fassions.

1. L’autre mardi.

2. Comment vas-tu ?

PAUVRES DE NOUS

CHRONIQUE PARUE LE SAMEDI 3 DÉCEMBRE DERNIER DANS LA PAGE « DÉBATS » DU QUOTIDIEN LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES

CRONICA PARESCUDA LO DISSBATE 3 DE DECEME PASSAT EN LA PAGINA « DÉBATS » DEU DIARI LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.

Le ciel était froid et pâle. L’aube avait peiné, une vieille brume lambinait encore sur le gave et ses environs. L’heure n’était pas encore venue. Puis, lentement, un pâle soleil a éclairé l’érable aux couleurs automnales. Déjà, les pinsons des jardins, les merles, les moineaux, se sont posés sur l’herbe frileuse et ont picoré les graines mises à leur disposition dans notre petit « casau » (1). Je les observe et suis étonné par leur vivacité et, en même temps, par leur fragilité. Ils sont toujours aux aguets, craignant le prédateur qui ne saurait hésiter un seul instant. Un chat sauvage, noir de surcroît, fait des ravages dans le quartier, et je ne vous cache pas qu’il me hérisse le poil. J’ai pour ces « ausèths » (2) une vraie affection car leur précarité me sollicite et parfois me peine. Hier matin, j’ai songé soudain — que sait-on des associations d’idées ? — à ces enfants que la pauvreté accable, blesse et exclue. Elle nourrit, au plus profond, la culpabilité ou le fatalisme. Voire, pour certains d’entre nous, un cynisme qui m’effraie quand il ne m’écœure pas. L’Insee, en 2019, annonçait le chiffre sidérant de 3 millions d’enfants pauvres en France. Qu’en est-il en cette fin 2022 ? Le nouvel épisode de cette crise sans fin en augmentera sans nul doute le nombre. Elle est scandaleuse. Nous le savons que trop, un enfant pauvre restera longtemps marqué par cette blessure. Elle l’empêchera. Qui en doute ? Je pourrais, s’il le fallait, en faire des pages pour l’avoir côtoyée naguère. Nos présidents successifs nous ont promis qu’ils s’attaqueraient à ce mal endémique. Hélas, il n’a pas disparu. Bien au contraire, il prospère. Je m’étonne qu’ils n’aient pas encore pris ce drame humain à bras le corps. Seuls les « Secours Populaire », « Secours Catholique », « Restos du Cœur » et bien d’autres encore, se battent véritablement pour que ces enfants ne souffrent plus de la pauvreté et parfois de la misère. 

1. Jardin.

2. Oiseaux.

CÈU DE DECEME – – CIEL DE DÉCEMBRE

PAUVRES DE NOUS

Chronique parue le samedi 3 décembre 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées //Cronica parescuda lo dissabte 3 de deceme 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Le ciel était froid et pâle. L’aube avait peiné, une vieille brume lambinait encore sur le gave et ses environs. L’heure n’était pas encore venue. Puis, lentement, un pâle soleil a éclairé l’érable aux couleurs automnales. Déjà, les pinsons des jardins, les merles, les moineaux, se sont posés sur l’herbe frileuse et ont picoré les graines mises à leur disposition dans notre petit « casau » (1). Je les observe et suis étonné par leur vivacité et, en même temps, par leur fragilité. Ils sont toujours aux aguets, craignant le prédateur qui ne saurait hésiter un seul instant. Un chat sauvage, noir de surcroît, fait des ravages dans le quartier, et je ne vous cache pas qu’il me hérisse le poil. J’ai pour ces « ausèths » (2) une vraie affection car leur précarité me sollicite et parfois me peine. Hier matin, j’ai songé soudain — que sait-on des associations d’idées ? — à ces enfants que la pauvreté accable, blesse et exclue. Elle nourrit, au plus profond, la culpabilité ou le fatalisme. Voire, pour certains d’entre nous, un cynisme qui m’effraie quand il ne m’écœure pas. L’Insee, en 2019, annonçait le chiffre sidérant de 3 millions d’enfants pauvres en France. Qu’en est-il en cette fin 2022 ? Le nouvel épisode de cette crise sans fin en augmentera sans nul doute le nombre. Elle est scandaleuse. Nous le savons que trop, un enfant pauvre restera longtemps marqué par cette blessure. Elle l’empêchera. Qui en doute ? Je pourrais, s’il le fallait, en faire des pages pour l’avoir côtoyée naguère. Nos présidents successifs nous ont promis qu’ils s’attaqueraient à ce mal endémique. Hélas, il n’a pas disparu. Bien au contraire, il prospère. Je m’étonne qu’ils n’aient pas encore pris ce drame humain à bras le corps. Seuls les « Secours Populaire », « Secours Catholique », « Restos du Cœur » et bien d’autres encore, se battent véritablement pour que ces enfants ne souffrent plus de la pauvreté et parfois de la misère. 

1. Jardin.

2. Oiseaux.