SIGNATURE DE VIRAL, MON ROMAN PARU AUX ÉDITIONS IN8

JE SIGNERAI VIRAL MON ROMAN PARU AUX ÉDITIONS IN8, LE SAMEDI 25 MAI, À COMPTER DE 14 H 30, À LA LIBRAIRIE L’ESCAMPETTE, 10 DES CORDELIERS À PAU.

VIRAL

Note de lecture de Marc Bélit

On entre dans ce roman comme on entre dans une chambre d’hôpital avec la même crainte ou la même forfanterie mêlée de peur qui atteint tous ceux qui ont vécu cette expérience.  Sèrgi Javaloyès ne nous laisse pas le temps de souffler, il est 4 h 25 et nous y sommes déjà avec son personnage : Daniel. À partir de là tout s’enchaîne selon la chronologie des jours qui nous montre l’inexorable progression de l’infection nosocomiale qui affecte son héros. 61 jours de calvaire dont on ne sait s’il sera suivi de guérison ou si c’est une marche au supplice à laquelle nous assistons. Pas de « Dies Irae » cependant, mais une chronologie ordinaire des jours emplis de peurs, de moments de répit, de la douceur d’un regard, de la compassion d’une main posée sur un front, mais aussi, les sueurs froides, les poches de sérum, la pompe à morphine qui apaise les grands malades. Un narrateur parle de Daniel, il dit : « il », il le regarde vivre, souffrir, endurer, il évoque des aspects de sa vie qui nous révèlent peu à peu ses rapports familiaux, l’arrachement à une famille qui nous rappellent le beau roman : « L’Heure de partir » où tout cela était évoqué déjà et qui nous revient comme un souvenir de lecture ancienne. On y voit aussi, les amis d’enfance, le frère, les hommes et surtout les femmes qui ont fait de la vie de cet homme « qui se plaint » ce qu’il est. J’avoue, que si j’avais eu à titrer ce roman, je l’aurais titré ainsi : « L’Homme qui se plaint » tant il s’agit là, à la fois d’une expérience intime et d’un registre universel. Face aux héros positifs, virils, bandants, chanceux, faits pour la réussite, il y a les autres, les bâtards, les faibles, les pauvres les laissés pour compte de la vie, les humiliés et les offensés, les souffrants qui ont besoin de la compassion des autres pour survivre. Daniel est de ceux-là. Dans l’intimité d’une chambre d’hôpital donc, au cœur d’une souffrance ordinaire en ces lieux, surgit un autre récit, celui qui devrait faire de cet homme un écrivain que, velléitaire et apitoyé sur lui-même, il a manqué d’être jusqu’ici, éternel pigiste d’un quotidien régional (dixit l’auteur). Ce lamento nous retrace la chronique des amours du personnage qui parle alors à la première personne et nous raconte tout de ces amourettes d’enfance et de jeunesse, de ces femmes intrépides et ces pannes sexuelles qui arrivent au mauvais moment, mais aussi des personnages qui peuplent la chambre du malade et sont les mêmes que ceux de ce récit qui dévoile une histoire comme un ciel cotonneux posé sur le monde se déchire peu à peu et laisse passer les quelques rayons de soleil qui l’éclairent. Magnifique est le regard que porte ce malade sur la fenêtre qui montre un ciel où des corneilles se disputent avec une buse sous la neige, où le dehors devient dedans par quelques notations atmosphériques judicieusement choisies. Dirais-je néanmoins que je trouve que les deux registres du récit se nuisent parfois et s’affaiblissent par redites ou anecdotes, que j’aurais préféré (en tant que lecteur) que sur le socle de la première approche se développe une autre histoire plus délirante encore (en laissant tomber les personnages secondaires) et qu’elle porte le récit plus loin dans cette intrigue où  s’imbriquent les rêves révolutionnaires et les vrais combats politiques qui conduisent en prison. Mais c’est une impression et après tout, c’est l’auteur qui choisit sa route tout seul. Le ton maintenant en est celui de la sincérité, et l’émotion y est toujours à fleur de peau On sent beaucoup d’authenticité dans ce propos dont on ne doute pas un instant qu’il est tout l’imprégné de choses vécues, mais cela se donne sous la forme d’une fiction qui tient le lecteur en haleine du début à la fin, laquelle se termine sur une lettre d’amour.

Voilà un roman très émouvant, un peu dur parfois, mais si tendre et qui appelle tant à la compassion.

AUPRÈS DE NOS ARBRES

Chronique publiée aujourd’hui dans La République des Pyrénées/ Cronica publicada uei en La République des Pyrénées.

© Sèrgi Javaloyès © La République des Pyrénées

Auprès de nos arbres

L’autre jour, je me dirigeais vers L’Estela-Bètharram. La matinée était belle et douce. J’ai jeté un œil, comme à l’accoutumée, sur le « no man’s land », appelé La Palmeraie, où figurait naguère l’administration d’un C.E.T. (1). La nostalgie, que voulez-vous ? J’y fus surveillant d’internat. Que n’ai-je fermé les yeux ! Que n’ai-je pensé à cet « autrefois » que la mémoire nous restitue parfois avec tendresse ! Hélas, j’ai vu un cèdre de l’Atlas abattu. Il gisait entre ronces et herbes folles. C’était comme si, au plus profond de mon âme, on avait tué un fils des forêts qui m’habitent depuis que je suis en âge de les habiter. Je ne comprends pas comment son propriétaire a pu commettre ce forfait. Le second, plus grand, magnifique, risque bientôt de subir le même sort. Il y a là, comme la volonté irréfléchie de détruire ce qui gêne la voracité spatiale des hommes. La recherche effrénée du profit à court terme ! Après tout, se disent-ils sans doute, un « arbre zigouillé », qui s’en plaindra ? Ce pauvre cèdre, lui, ne pouvait pas se plaindre, et encore moins s’opposer aux tronçonneuses et aux haches. Ce n’est pas la première fois que j’assiste à ce spectacle mortifère. Il est courant, désormais, de voir de beaux arbres sacrifiés sur l’autel de chantiers ou aménagements. Nos édiles en sont-ils conscients ? Un ami m’a conté qu’il avait cheminé sur les sentiers balisés qui mènent à « Cathedral Grove », en Colombie-Britannique, sur la côte Ouest du Canada. S’y dressent les plus vieux cèdres du continent nord-Américain et peut-être du monde. En levant la tête, me disait-il, j’avais l’impression qu’il nous parlaient du devenir inquiétant de la planète. Le ciel était tissé de leurs plus hautes branches. Une cathédrale grandeur nature !

1. Collège d’Enseignement Technique

2. Beau ciel.

EURÒPA

Les élections européennes s’approchent à grands pas. Pourtant, elles semblent nous parler d’un autre continent dont notre pays ne ferait plus partie. Comme si l’Europe était un vieux rêve, qui ne serait toujours pas réalisé. Pour les souverainistes et autres « frexiteurs », c’est un sombre cauchemar qu’ils veulent nous faire vivre, puis dénoncer. Je préfère, pour ma part, et de loin, mes songes à leurs « complotismes » respectifs.

En tout cas, je suis certain que c’est l’abstention qui sera victorieuse, au soir du 26 mai. Ce n’est pas nouveau, les précédents scrutins lui avaient déjà fait la part belle. Seule l’élection présidentielle préoccupent nos concitoyens. Cette consultation est désormais un théâtre d’ombres où on ne vote plus pour un projet politique, mais bien contre un candidat. Une candidate ! C’est sans compter avec le mode de scrutin uninominal à deux tours qui vient, comme une réplique sismique, donner à l’Assemblée une majorité introuvable. On empêche ainsi nombre de courants de pensée d’être représentés au Parlement. Le président promet une réforme constitutionnelle qui verrait une partie des parlementaires élue à la proportionnelle. Dès-à-présent, je vois invoqués, « a tot pip pap » (1), l’instabilité politique de la IVème, le chaos voire l’apocalypse, pour lui faire barrage.

Revenons à l’Europe. Elle est devenue subrepticement une lointaine abstraction technocratique soutenant, jusqu’à l’absurde, un néolibéralisme dévastateur qui a produit inlassablement des précaires dont le nombre ne cesse de croître. Ne parlons pas des 3000 lobbyistes qui à Bruxelles, qui à Strasbourg défendent les détestables intérêts des multinationales et des G.A.F.A… On n’oubliera pas, in fine, le hongrois Victor Orban, l’italien Matteo Salvini et le polonais Mateusz Morawiecki la combattre, en foulant aux pieds les principes démocratiques qui l’ont fondée.

1. À tout propos.

SIGNATURE DE VIRAL À LA LIBRAIRIE L’ESCAMPETTE À PAU LE SAMEDI 25 MAI PROCHAIN.

Je signerai Viral, mon dernier roman, paru aux éditions In8, le samedi 25 mai à compter de 14h à la Librairie L’Escampette, 10 rue des Cordeliers à Pau – https://www.lescampette.org.

Extrait du roman (p.69) :

(…) Il pleut sans discontinuité. Je traverse, en pleine nuit, la ville de Bilbao pour rejoindre coûte que coûte la station-service que m’a indiquée la vieille femme de l’immeuble où je préparais mon interview. Tous les chauffeurs de poids lourds s’y arrêtent pour faire le plein et se restaurer avant de reprendre leur route vers la France et le Nord de l’Europe. Je marche la peur au ventre. À chaque pas, la nausée m’accompagne. J’emprunte les petites rues qui rejoignent la grande avenue qui mène à la sortie de la cité basque. Le train et le bus me sont interdits. La guardia civil peut me cueillir et m’embarquer sans ménagement, comme, le matin même, pour Francis et Anaïa. J’ai une seule idée en tête : passer rapidement la frontière et avertir Mme Barande de l’arrestation de Francis.

L’ÉMOTION ET LE TROUBLE

Danièle Estèbe-Hoursiangou, La Murène attendra, éditions Librinova, 164 pages – téléchargeable en version numérique, 4,90 € et en version papier, 13,90 €sur le site : https://www.librinova.com/librairie/daniele-estebe-hoursiangou/la-murene-attendra

Une femme parle à son compagnon. Nous ne savons rien d’elle et de lui. Mais lentement par touches discrètes, secrètement, nous comprenons et entrons, comme immergés dans un fleuve inconnu, dans leur vie de tous les jours. Elle me conte ce qu’elle vit et ce qu’il vit. Le texte est un va et vient rituel entre « elle » qui vit loin et près de « lui », hospitalisé pour cette maladie qui effraie et terrorise, qui n’est quasiment jamais nommée, mais décrite par ce dialogue que nous ressentons au plus profond de notre être. Nous, qui pouvons, un jour ou l’autre, y être confrontés. Ils sont légion ceux qui l’affrontent ce jour.

C’est le journal de l’absence qui regarde le monde avec d’autres yeux, qui exprime nos peurs et angoisses. Comme si l’existence nous était offerte avec sa pleine obscurité. Certains diront que ce mal mystérieux, que la science tente chaque jour de maîtriser, est un cauchemar. Sans doute. Mais ici, lorsque l’on lit ce beau texte, où le pathos n’a pas lieu d’être, ce n’est pas aux Enfers que nous descendons, mais au pays de l’amour indéfectible, de l’amour plus fort que tous les désespoirs, plus puissant que tous les diagnostics qui accablent et exilent. On cèderait à la facilité en voyant dans ce récit le constat d’une impossibilité. Un voyage nous est donné à faire avec comme seul guide l’écriture de l’auteure…

Danièle Estèbe-Hoursiangou, ligne après ligne, nous montre combien chaque mot, chaque geste, chaque soupir est soutien à l’être malade. Elle écrit : « Tu te sens mal, c’est ça que tu m’envoies ? J’aimerais tant t’aider, accroche-toi à moi ? » Puis, plus loin, la parole franche, inattaquable, reprend ses droits : « Tu n’entends pas, mais on se reparlera de notre vie d’étudiants. C’était si doux, si fort, nous étions tout l’un de l’autre. Si par ces mots que je t’adresse je pouvais la faire ressurgir dans ton rêve… »

Elle est là. Toujours, là. À faire front malgré toute la douleur qui pèse comme un fardeau. Elle est avec cet homme qu’elle aime et qui, sans doute, l’entend quand elle lui dit : « Et toi, lorsque tu déambules des heures entières d’un bout à l’autre de ce couloir sinistre, est-ce que tu as en tête ces senteurs et ces lueurs ? Je voudrais, tellement. » Il y a là comme une sainteté laïque, une fidélité, qui nous dit, quoi qu’on dise, que nous sommes des êtres aimants. Et je crois, pour avoir vu de mes yeux vu, semaines après semaines, un être cher aujourd’hui disparu, entrer là où notre regard s’égare et perd, que ce récit est l’illustration d’un amour sans faille. Exemplaire. Quand on ferme le livre et les yeux, on respire et respire encore. L’air est frais et pourtant la brume est dense. On se tait.

CARÀ’S

© Sèrgi Javaloyès                                  © La République des Pyrénées

Chronique parue le samedi 4 mai 2019 dans La République des Pyrénées // Cronica pareishuda lo dissabte 4 de mai 2019 en La République des Pyrénées.

L’empressement, avec lequel Christophe Castaner a réagi à l’affaire de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dénote d’un vieux réflexe pavlovien que tous ces prédécesseurs ont eu lors d’incidents ou bavures survenus. Eux non plus ne surent pas se taire. Ils réagirent à chaud pour défendre les forces de l’ordre, pourtant fautives.

Le plus étonnant est la difficulté de cet homme, Ministre de l’intérieur, à prendre en compte la réalité des faits, aujourd’hui établis par la presse nationale et régionale. On nous dit qu’il ne possédait pas, à l’heure de sa déclaration, toutes les informations lui permettant d’être plus circonspect. Certes, mais pourquoi s’est-il empressé de parler d’ « attaque » ? Quelle mouche l’a piqué ? Qui voulait-il défendre ? Lui, sans doute. Qui d’autre ?

Notre monde change vite. Trop vite pour certains d’entre nous dont je fais partie. Désormais, des centaines de milliers de « Smartphones » filment tout et rien ; jusqu’au moindre recoin d’une société qui ne sait plus où cacher son bonheur ou sa déprime. Chaque citoyen est devenu ainsi le témoin d’une réalité aux mille facettes qui nous donne, dans son immédiateté qui fascine et effraie, un autre point de vue que celui du pouvoir ou des médias. En effet, les nombreuses vidéos que diffusent « shens cès, ni pausa » (2) les réseaux sociaux, montrent des manifestants pénétrant dans l’enceinte de ce célèbre hôpital parisien. Ils semblent fuir un danger imminent. Etait-ce les gaz des grenades lacrymogènes lancées par les forces de l’ordre sur le boulevard de l’Hôpital où passait la manifestation ? Hier, M. Castaner a été contraint de faire machine arrière…

J’ai vu, l’autre soir, sur la 5, dans « C à vous » — l’émission du « service après vente » de l’endogamie parisianiste et non parisienne — Jean-Michel Fauvergne, ancien patron du R.A.I.D., aujourd’hui député L.R.M., déclarer qu’il fallait oublier l’affaire Malik Oussekine, cet étudiant franco-algérien, matraqué à mort par « deux policiers voltigeurs » en décembre 1986, en marge d’une manifestation étudiante. Lui aussi, il aurait fait mieux de se taire.

  1. Se taire.
  2. Sans relâche.

L’ATTENTE

© Sèrgi Javaloyès                                    © La République des Pyrénées

Chronique parue le samedi 27 avril 2019 dans La République des Pyrénées// Cronica pareishuda lo dissabte 27 d’abriu 2019 en La République des Pyrénées.

Jeudi matin, l’attente se faisait plus anxieuse. Pourtant, le temps était au beau. L’Espagne secouait, de son vent, bois et forêts des collines environnantes. Au grand sud, les sommets toujours enneigés se dressaient comme un témoignage. Ce jeudi, nos concitoyens attendaient la parole présidentielle, annoncée pour 18 heures. Dans ma voiture, je l’ai entendu dérouler sa trop longue introduction, et me disais que décidément tout discours politique oblige plus qu’il ne libère.

Depuis que je suis en âge de comprendre son langage, où la vérité prend de curieux détours quand elle ne s’égare pas, j’ai l’impression qu’il nous faut toujours attendre que les promesses et annonces se réalisent. La déception est hélas souvent au rendez-vous. Ce soir-là, le vent avait forci, les chênes tremblaient d’une peur légitime. À cinq minutes de « casa », je ne savais toujours pas ce qu’était « l’art d’être français ». J’ai revu, mercredi soir, sur Arte, « À bout de souffle » de Godard. Mon admiration était toujours là. La première fois que je le vis, je fus fasciné illico par la beauté Jean Seberg. Sa sensualité et la virilité désinvolte de Belmondo font de ce couple improbable, le symbole même de la modernité en marche. Ce drame est d’une fraîcheur incomparable.

Le hasard fait bien les choses. Quelques jours avant, j’avais acheté « La Promesse de l’aube » (1), de Romain Gary dont Jean Seberg fut la dernière compagne. Sa lecture en est captivante. Elle nous montre l’âpreté de l’avant Guerre Mondiale pour la communauté juive polonaise. Sa mère est omniprésente. Voire plus ! À Nice, où ils débarquent, Roman devient Romain, et français. Il est dans l’attente d’une exceptionnelle réussite sociale. Sa mère ne lui a-t-elle pas dit qu’il serait ambassadeur de France ? Romain conçoit que toute attente, cet espoir en gestation, est aussi une déception à venir : « Je faisais des efforts d’imagination presque paniques, car je pressentais déjà que le temps m’était strictement compté ; mais je ne trouvais rien qui fût la mesure de mon étrange besoin, rien qui fut digne de ma mère, de tout ce que j’eusse voulu lui donner. »

  1. La Promesse de l’aube, Folio, n°373.