CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 19 SEPTEMBRE 2026 À LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 19 DE SETEME 2026 A LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.
Une nuit de pluie. Une simple nuit, habitée par la fraîcheur. Le tendre bruissement des arbres sous l’averse. Au loin, un aboiement. Puis le ululement d’une chouette. Était-ce le même rapace revenu ? Une auto est passée, puis une autre. Il était pourtant 3 heures 15 ! Un mauvais rêve — l’était-il vraiment ? — m’avait réveillé. J’ai allumé la lampe de chevet.
J’ai attrapé « Montevideo » (1), le roman en train, en ai lu deux ou trois pages. Soudain, une lecture d’août m’est revenue : le 19 août 1936, par une fin de nuit froide, Federico Gárcia Lorca était fusillé à la Fuente Grande sur le chemin qui va de Viznar à Alafacar, près de Granada, en Andalousie. On ne connaît toujours pas l’endroit où les Phalangistes ont enterré son corps.
Je me souviens de « La casa de Bernarda Alba », sa célèbre pièce de théâtre. Je ne sais plus à quelle occasion j’ai assisté à sa représentation. Peut-être l’ai-je rêvée ? La nuit est le théâtre onirique mis en scène par notre incorrigible inconscient. Il sait parfois me solliciter, m’interpeller. Hélas, sa langue m’est trop souvent incompréhensible.
Pourquoi donc le souvenir de la mort de Gárcia Lorca m’a rendu visite ce matin-là? Comment le saurais-je? Peu importe la raison véritable de cette rencontre inattendue, elle m’a incité à relire :
«El crimen» — le poème hommage à Federico d’Antonio Machado, oublié dans un coin poussiéreux de ma mémoire. «(…)Se le vio, caminando entre fusiles/ por una calle larga, /salir al campo frío, / aún con estrellas de la madrugada. / Mataron a Federico.(2)» 5 heures 30.
La pluie tombait de plus belle. N’attendez surtout pas l’aube, elle vient.
1. Enrique Vila-Matas, traduit par André Gabastou, Babel, 2023.
2. « Le crime — On l’a vu, marchant au milieu des fusils / dans une longue rue, / sortir dans la froide campagne, / encore étoilée de l’aube. / Ils ont tué Federico. »

