CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 30 JANVIER 2026 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 30 DE GENÈR 2026 A LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
Un ciel laiteux, presque fané. Après ces longs jours de pluie, un matin d’une paix précaire. Le vent s’était tu à l’aube après son emballement nocturne. Me parvenaient, de loin en loin, les grognements d’un gave en colère. J’ai entendu les mots de la langue étrange des corneilles puis le chant discret et aimable de notre « gòlis » (1).
L’humidité était à son comble, sans compter le froid qui l’accompagnait. L’hiver m’a semblé ressembler à ce que j’ai connu jadis lorsque le réchauffement climatique paraissait inexistant. Il était pourtant et déjà à l’œuvre dans les années 1960 du vieux siècle. La montagne est immaculée tant les dernières chutes de neige l’ont faite paysage scandinave.
Je suis peu sorti. Le chien roux (d’aucuns m’en demandent le nom, je ne le divulguerai pas) réclamait sa balade. Il me fallait, comme chaque mercredi, lancer la chronique. Je n’avais nulle idée en tête, comme souvent ! Mon esprit embrumé vagabondait, traînant derrière lui les derniers soubresauts des rêves d’une nuit difficile.
J’ai parcouru le programme de la semaine, ai jeté un œil à notre journal et me suis aperçu, m’étonnant de cet oubli, que nous étions le lendemain du 27 janvier, jour de la libération du camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau par l’Armée Rouge où plus d’un million de victimes, essentiellement juives, ont péri. J’ai immédiatement retrouvé dans ma bibliothèque La trêve (2) et ai relu ses premières lignes auxquelles, il ne faut rien ajouter : « La première patrouille russe arriva en vue du camp vers midi, le 27 janvier 1945. Charles et moi la découvrîmes avant les autres ; nous transportions à la fosse commune le corps de Somogyi, le premier mort de notre chambrée. Nous renversâmes la civière sur la neige souillée car la fosse commune était pleine et l’on ne donnait pas d’autre sépulture : Charles enleva son bonnet pour saluer les vivants et les morts. »
1. Rouge-gorge.
2. Primo Levi, Bouquins, Robert Laffont, 2005.

