BECUTS (1)

Chronique parue ce jour, 29 octobre 2021, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei, 29 d’octobre 2021, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Il y a quelques années, un de mes amis m’a conseillé de créer une page Facebook (un mur, voilà le mot qu’il fallait inventer…) : « Tu pourras y faire connaître ton œuvre au plus grand nombre, au-delà des frontières… » Je la créai et je n’en restai pas là. Passé l’enthousiasme premier, je m’aperçus, en lisant ici ou là les analyses des spécialistes des réseaux sociaux, que la reconnaissance, la gloire peut-être, qu’il m’avait promis n’était que mirages et mensonges. Je compris aussi combien ces empires du capitalisme libéral mondialisé nous imposaient leur loi, tels les Dieux tout puissants d’un Olympe étasunien. Je vis que mes enfants en étaient dépendants, les accaparant des heures durant. Il m’arrivait de dire, pris du vertige d’un siècle impatient, que c’était une vraie malédiction : une épidémie numérique contaminant plus de 3 milliards d’individus sur terre. N’ayez crainte, je n’en ai pris conscience qu’il y a peu. J’étais moi aussi séquestré comme le « gojat » (2) prisonnier du « Becut » et sa grotte, en passe d’être dévoré, dans le conte recueilli par Bladèr (3). Ce ne fut pas facile. J’étais partagé, toujours à balancer. Allais-je tout abandonner à ce monde insaisissable dont nul ne connaît ni le début, ni la fin ? Allais-je m’effacer, me faire oublier de mes centaines de (faux) amis ? Qu’en penserait mon égo ? Une peur indéfinissable me taraudait, m’empêchait. Puis, un matin, je me décidai et en partis, laissant Facebook, Twitter Messenger, « and so on », à leur impérialisme débridé. J’en fus soulagé. Ne me demandez pas pourquoi ? Je m’en étais évadé gardant malgré tout « Instagram » où je poste, de temps à autre, (nous sommes tous devenus des postiers) des photos de mon cru. Vous savez tout, comme sur Twitter. Enfin, presque…

1. Ogres

2. Jeune homme

3. “Contes de Gasconha”, Lo libre occitan, 1966

L’Ola de Gavarnia // Le Cirque de Gavarnie

Un commentaire sur “BECUTS (1)

Laisser un commentaire