CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 29 MARS 2025 DANS LA PAGE « DÉBAT& OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 29 DE MARS 2025 EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
Ce jour-là, le ciel était gris, cobalt. On aurait cru qu’il allait neiger comme avant. Il n’en était rien. Je rêvassais. J’ai entendu une lointaine rumeur : un véhicule des pompiers ? Tout m’a paru en fuite, comme si mon proche environnement avait déguerpi « a hum de calhau » (1). Un train déraisonnable qui jamais ne s’arrête. Il y a des jours qui s’ignorent. Peut-être se refusent-ils à naître ? Ils nous parlent et pourtant, leur langue nous est étrangère.
Le mal de dos frappait mais j’avais décidé de ne plus m’en préoccuper. Je suis sorti. Il bruinait. J’ai pris le pouls des arbres du jardin trempé par la dernière giboulée nocturne. Mars ne déroge pas à la règle. Le prunier était en fleurs. L’année dernière trois fleurs et une seule prune, de surcroît dévorée par quelque insecte.
Il me fallait de toute manière faire ces satanées courses. Elles sont réellement démoniaques ! Dans le supermarché habituel, je suis tombé sur Sylvie, une ancienne camarade de l’université de Pau. Je l’avais perdue de vue depuis le début des années 90 de l’ancien siècle.
J’avais le vague souvenir que nous avions, comment dire ?, fait un bout de chemin ensemble. Je n’ai pas osé lui rappeler ces quelques jours, semaines et mois que nous considérions heureux. Le rayon des œufs et du lait où nous stationnons était sans cesse empruntés par la foule habituelle des consommateurs pressés et individualistes. Nous gênions, bien sûr !
Rapidement, elle m’a fait le récit d’une vie scandée par maints événements douloureux parfois dramatiques. L’ultime, la perte de son dernier compagnon, emporté en une poignée de semaines. J’ai senti que les larmes ne tarderaient pas à noyer ses yeux clairs. J’étais moi-même ému par ce beau visage affligé. Il attirait naguère tous les regards, nourrissait tous les désirs. Je me taisais.
Ses mains n’avaient pas lâché le caddie. Je crois bien qu’elles le serraient fort comme une planche de salut. J’étais à la serrer sur ma poitrine quand soudain — l’avait-elle senti ? — elle m’a murmuré : « Et toi, toujours à tes bouquins ? » « Oui, comme toujours. » Elle a levé ostensiblement la tête en me regardant droit dans les yeux. Elle m’a souri et m’a dit d’une voix éraillée : « Quelle chance tu as… » Elle a regardé l’intérieur de mon charriot et a de nouveau souri. Peut-être le nombre étonnant de paquets de pâtes ? Le ciel était toujours gris et la pluie avait remplacé la bruine.
1. À toute vitesse.
