CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 28 JUIN 2025 À LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 28 DE JUNH 2025 A LA PAGINA DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
Jeudi matin, de bonne heure, je me promenais. Nay hésitait à quitter son lit de sueur et de mauvais rêves. Une nuit difficile. La chaleur nocturne est une mauvaise compagne. Sur le pont de Clarac, j’ai fait mon habituelle halte, et j’ai observé le gave aux eaux vertes, faire sa route millénaire. Plus haut, la dent du grand « Gavisòs » ou pic des Talhadas griffait un ciel ennuagé qui bravait un soleil pressé de ravitailler la « calorassa » (1). J’allais. J’ai choisi un bar, près de la place du Marcadieu (place du marché). J’en change, je ne veux vexer personne.
Un café, « noir c’est noir », me réveillerait. J’avais mal dormi, moi aussi. La presse annonçait que le dérèglement climatique était plus qu’une réalité, un sombre avenir. Je constatais néanmoins que le phénomène ne préoccupait guère les gens qui m’entouraient. Il faisait certes chaud, très chaud mais pourquoi se tracasser pour cette banalité ? Que n’ai-je pas cent fois entendu : « On a déjà connu ça autrefois ! » ?
Je me suis assis où la chaleur humaine s’entête, où on croise de vieilles connaissances, où se salue encore d’un simple « adishatz », où on entend de longs discours sur le rugby. Parfois, du gouvernement, de Mélenchon ou de Marine Le Pen. Le jeune serveur tatoué m’a servi, tout sourire.
Je l’ai bu brûlant, comme je l’aime, rêvassant à toutes ces heures et minutes passées dans ces lieux où l’humanité se parle cependant alors que tout est silence de smartphone. À Nay, il en reste peu dont l’éternel « Chez Larrouy » où nous nous retrouvions jadis après défaites et victoires de l’équipe des juniors.
Le soleil s’est imposé vers 9 heures, et la température a pris trois ou quatre degrés. La chaleur s’est fait vite connaître et l’autre serveur a fermé portes et fenêtres. J’ai payé, jetant un œil sur ma gauche où j’ai aperçu un petit livre « vert » : « Nous étions rugbymen. » (2) Je l’ai acheté, et dès mon retour, l’ai lu d’une seule traite. Le très lointain « petit joueur » de l’USCN (3) a été comblé.
Pierre Triep-Capdeville, rugbyman à l’USCN et à la Section Paloise, nous y livre sa vision d’un sport dont la terrible mue financière et médiatisée l’a déçu. Pierre écrit ce que nous avons toujours pensé, sans oser le dire. « Que son las tornas ! » (4) arrive vite. La post-modernité, que voulez-vous qu’on y fasse ? « (…) Le rugby était simple, un champ de luzerne, loué à un paysan du coin, à qui on donnait son nom aux tribunes pour le remercier d’avoir bradé ses vaches chez le boucher. » De Bénéjacq, bien sûr…
Un style. Une pincée de Céline, de Frédéric Dard, de Jean-Paul Basly, d’Aragon et Baudelaire aussi, des mots survoltés, une distance. L’Angleterre, l’Afrique du Sud… Des pelouses bien vertes, la pluie, la boue, le froid, l’adversité toujours recommencée. La recette inoubliable du rugby. Des nerfs en pelote en mêlée et un après-match sans doute bouddhiste ! Le style, c’est l’habit toujours neuf de la littérature. « Il n’est de si bonne compagnie qui ne se quitte. » dit-il. Son livre, vous ne le quitterez pas.
1. Union Sportive Coarraze-Nay
2. Canicule
3. Nous étions rugbymens, Pierre Triep-Capdeville, éd. Gascogne, 10 €
4. La réponse du berger à la bergère.
