CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 28 FÉVRIER 2026 À LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 28 DE HEURÈR 2026 A LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
Le printemps a pris de l’avance sur le calendrier. Un ciel épanoui, entre bleu poudré et bleu layette, me parlait d’apaisement au moment où nos petites vies sont ordinairement brusquées par une actualité en proie à des tensions qu’un ermite au fond de son refuge ne saurait ignorer. À l’aube, encore froide, tout m’a semblé serein comme si ce jour de février avait sciemment choisi de se reposer après les « borradas de ploja » (1) des dernières semaines.
Dans mon petit royaume, l’exil volontaire auquel je m’astreins, me rassure et m’inquiète. Son ambivalence ne souffre d’aucune contestation. Ma dernière chronique qui s’est aventurée dans le « no man’s land » politique m’a valu quelques « arcasts » (2). Ce pays sans limites, inaccessible, névrotique, ne me parle plus. Il me poursuit pourtant de ses assiduités malheureuses que je tente de tenir en respect. Dieu sait combien l’exercice est complexe, combien son exigence est forte et combien il est difficile de ne pas céder à ses sollicitations.
On me dit que l’exacerbation et la violence du débat politique ne sont pas nouvelles. J’ai toujours pratiqué l’école buissonnière de la lecture, je me prémunissais ainsi d’un monde déjà cruel. Je n’ai jamais cessé de lire toute sorte d’ouvrages en français, en occitan, en castillan et en catalan. Tout ce qui me tombait sous la main. Le pire et le meilleur.
Aujourd’hui encore, je lis et j’écris. J’ai fait mien « En lisant, en écrivant » (3) le beau titre de l’ouvrage de Julien Gracq. Ces derniers temps, j’écoute sur l’application « France Culture », l’adaptation radiophonique des « Hauts du Hurlevent », le célèbre roman d’Emily Brontë, et suis une fois encore saisi par la force inouïe de ce récit où la cruauté des personnages — notamment Heathcliff et Catherine — m’effraie et me fascine. Le climat de ce lieu venteux et froid d’Angleterre où le soleil est totalement absent, est l’écho presque parfait de celui qui règne dans les cœurs tourmentés de ses protagonistes.
Il me semble sans nul doute d’actualité.
- Bourrasques
- Reproches.
- José Corti, 1980.

