LUMIÈRE DE SEPTEMBRE

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LA NUIT DE NOS LECTURES

CHRONIQUE PARUE CE JOUR, 6 SEPTEMBRE 2025 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.

CRONICA PARESCUDA UEI, 6 DE SETEME 2025 A LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».

J’ai longtemps tourné autour de l’objet. Je ne connaissais pas la raison de cette hésitation. J’avais sans doute peur. De temps à autre, j’y pensais puis me débarrassais vite de cette pensée dérangeante. Cependant, elle venait en douce me harceler bizarrement. Elle n’insistait pas, elle s’en allait comme si de rien n’était. « Elle est partie ! » pensais-je rassuré.

Je me trompais. Lorsqu’elle se faufilait dans mes moments de lecture ou d’écriture, elle me portait illico le souvenir des mots justes et émouvants sur la « maladie mentale » de l’animateur de la matinale d’Inter. Il m’arrivait parfois de m’interroger pour comprendre enfin cette crainte sournoise, hélas je restais interdit.

L’autre jour, accompagnant mon aîné à Pau pour acquérir le sésame des transports urbains, j’ai franchi le seuil d’une librairie qui se trouvait sur notre chemin. Là, j’y ai vu l’amoncellement coutumier des romans de la rentrée littéraire, et me suis demandé combien d’entre eux allaient finir oubliés ou carrément détruits. J’ai aussi pensé à ceux qui n’ont pas été publiés.

Poussant plus avant mon exploration, j’ai aperçu sur un présentoir l’objet de ma vieille crainte. Je l’ai regardé, hésitant, l’ai saisi et lu sur sa couverture : « Les événements racontés dans ce livre se déroulent sur plus de vingt ans. Pendant toutes ces années, je me suis tu. Aujourd’hui, j’écris en pensant à toutes celles et ceux (…) qui souffrent en silence du même mal. »

Je me suis tâté encore. Finalement, je l’ai acheté et l’ai lu in extenso le soir-même. Il m’a giflé, cogné, câliné, mordu, et surtout changé. Òc, cambiat ! (1). Je l’avoue, je n’avais jamais lu pareil récit. La sincérité, la détermination, la force incroyable d’ Intérieur nuit  (2) de Nicolas Demorand, m’ont apparu comme une lumière bienfaisante et paradoxale dans la nuit ténébreuse dans laquelle il nous faut parfois vivre.

1. Oui, changé !

2. Éditions Les arènes, 18 €