Le dégoût

Chronique parue ce jour, samedi 8 janvier 2022, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées. // Cronica parescuda uei dissabte 8 de genèr 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Il faut être insouciant, peut-être un peu fou, pour souhaiter à tout bout de champ « Bona Annada, Urte Berri On, Feliz año nuevo, Happy New Year », etc. Oui, il faut être un exubérant optimiste pour ne pas sentir que cette année 2022 sera sans doute des plus sombres. On a beau me dire que l’espoir fait vivre je ne suis pas convaincu. Lorsque j’entends reparler du « Karcher » — je ne sais ce qu’en pense l’entreprise qui les produit ? —, du « grand remplacement », de « Reconquista », que sais-je encore ? je suis enclin à voir demain comme une menace. J’imagine que nous supporterons le déferlement de mensonges, de provocations, d’anathèmes, de violences verbales et parfois physiques jusqu’au mois d’avril prochain. Certes, les précédentes élections présidentielles n’étaient pas exemptes de tous ces excès mais cette fois-ci tous les barrages qui protègent le débat démocratique et républicain ont cédé. Un seul exemple : prendre la pandémie en otage et d’en faire un argument électoraliste en est déjà un signe. Et que penser de la très mauvaise pièce qui s’est joué à l’Assemblée nationale ? On me dira que c’est de bonne guerre. Pourquoi pas ? On me répètera que l’opposition a raison de harceler le président provocateur. Sans doute. Cette débauche de démagogie me dégoûte. J’en suis venu à ne plus rien vouloir entendre. À fuir une campagne délétère. En revanche, ce dont je suis sûr c’est que les vraies menaces, qui pèsent sur notre pays et plus largement sur le monde, y seront à peine traitées. La « sarabantena » (1) des candidats extrémistes préfère, en effet, exacerber les passions tristes. Ne nous annoncent-ils pas le chaos absolu qu’ils prétendent empêcher ? Ne rêvent-ils pas de guerre civile que Z. entre-autres aimerait voir embraser le pays ? Décidément, l’histoire ne se répète pas mais il lui arrive de bégayer.

Bona Annada, totun / Bonne année, quand même !

1. Kyrielle.

Lo Gavisòs que’vs desira ua bona annada 2022// Le Gabizos vous souhaite une bonne année 2022

DÉCEMBRE

Chronique parue le samedi 19 décembre 2021 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées// Cronica parescuda lo dissabte 19 de deceme 2021 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Le soleil revenu, on regarde le ciel de décembre comme un enfant qui veut le rejoindre et se laisser porter par le souffle de ses rêves. Il était si clair, si pur, si froid aussi, hier encore. Il le sera quelques jours encore. Peut-être sera-t-il là lorsque nous célèbrerons Noël ? Je dis bien Noël, et surtout pas l’échappatoire langagière bien dans l’air du temps. Ce ciel vient avec la lumière de l’astre d’hiver qui peint nos paysages en orange lorsqu’il s’éloigne de l’autre côté de la haute colline, et que la nuit froide s’installe à nouveau. Peut-être serons-nous bercés, cette année encore, par le souvenir de ces derniers jours de l’année que l’impatience nous rendait naguère palpitants ? Chassez la nostalgie, elle revient au galop à dos de rennes, filant droit dans le firmament floconneux. Et je ne vous parle pas des clochettes et du Père Noël d’écarlate vêtu ! C’est bien loin, « qu’ac sèi ! » (1). Ce merveilleux, cette lumière, hélas, désormais commercialisées à outrance, me parlent et m’emplissent de douceur. Ils me content, avec ses mots dérobés, une vieille période où les crises de toutes sortes n’existaient pas à mes yeux. Je crois que cet enchantement — peut-être serais-je démenti, vilipendé ? —nous habite toujours, même si notre enfance n’a pas été celle que nous aurions désirée, alors. Même si elle ne nous aimait pas ou si peu. Elle reste pourtant dans un coin frileux de notre mémoire. Qui oserait dire le contraire ? Certes, il existe, je sais, des ordures de « Pairs Nadau » (2). Ils sont légion. Chaque jour, ils font l’actualité. Qu’importe, les enfants y croient et nous nous n’y croyons plus. Ne sommes-nous pas devenus grands ? Mais, eux, s’obstinent à regarder le ciel de décembre comme une promesse.

1. Je (le) sais.

2. Pères Noël