Les noms de notre paysage

Chronique parue le samedi 22 janvier 2022 dans la page Débats de La République des Pyrénées. // Cronica parescuda lo dissabte 22 de genèr en la pagina Débats de La République des Pyrénées.

L’autre jour, je traversais, comme à mon habitude, la « saliga de Mirapeish » lorsque j’ai aperçu une nuée de « palomas » (1) picorant dans un chaume. Elles m’ont paru bien portantes, apaisées, heureuses d’avoir choisi de s’établir en Béarn quand leurs congénères continuent à migrer en passant haut dans notre ciel pour regagner le delta du Guadalquivir et plus loin, l’Afrique. Je les observais, et étais fasciné par leur quiétude, leur envie de vivre leur vie de volatile qui n’est pas toujours facile : leurs prédateurs, dont l’homme, n’ont pas disparu. Elles me renvoyaient à ma condition d’homme parmi les hommes qui s’inquiète d’un avenir anxiogène. J’avais, en effet, l’impression qu’elles me parlaient de notre planète et du petit pays qui est le nôtre dont les transformations radicales nous sont souvent ignorées. À l’identique pour notre paysage coutumier. Nous croyons le connaître et nous nous trompons. Il suffit pour cela de consulter le site gratuit https://www.geoportail.gouv.fr/. Il nous offre toutes les cartes au 1/25 000 de France et de Navarre. Hier, m’échinant à « boucler » un écrit de longue date entamé, je l’ai sollicité. Je désirais connaître les noms — l’essentiel sont en langue d’Òc (en gascon, diront certains) — du territoire du récit qui se déroule à Capbreton. Que ne l’avais-je consulté avant ! Entre autres, des toponymes qui m’étaient jusqu’alors inconnus : « Quai deu Vielh Ador (2), la Passa deu Bocaròt (3), le ruisseau du Bodigau, le ruisseau du Boret, l’Estacada, etc. Je me suis dit : les Capbretonnais sont-ils capables d’en citer un ? Cette méconnaissance est hélas universelle, quelle que soit notre enracinement. Un paysage sans nom, n’est plus qu’un désert d’anonymat qu’on finit par oublier et parfois par blesser et in fine détruire.

1. Palombes.

2. Le Vieil Adour (ce fut jadis une embouchure du fleuve)

3. La passe de la petite embouchure.

L’ABSTENTION, L’AUTRE PANDÉMIE…

Chronique parue hier 15 janvier 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger 15 de genèr en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Aux premiers instants d’une aube glaciale, le ciel était d’un bleu laiteux. Il annonçait un jour d’hiver ensoleillé et finalement agréable. Vite, la rumeur obsédante de la campagne électorale a résonné à mes oreilles. Les radios en parlaient encore et toujours, une vieille rengaine qui agace et finit par lasser l’humble observateur de la vie politique que je suis. Que cela soit clair, pour ma part, ma conviction est faite, je ferai tout pour empêcher la droite extrême d’arriver à l’Élysée. Hélas, les sondages quotidiens nous assomment. Quoi qu’on dise, ils sont les thermomètres d’une réalité pour le moins mouvante qui finit souvent par les démentir. Avec le soleil frileux, j’ai fini ma lecture de la semaine : « La vie joue avec moi » (1) de David Grossman et ai entamé « La Maison du sommeil » (2), de Jonathan Coe, auteur réputé dont je n’avais jamais rien lu. La littérature n’est pas, comme on l’entend trop souvent, un refus de la réalité, une paresse impardonnable. Elle nous fait citoyens éveillés. Leurs messages troublants, envoûtants, subversifs, viennent « armer » notre conscience de citoyen libre. Ils nourrissent notre « esprit critique » qui fait défaut à nombre de nos concitoyens devant la déferlante de mensonges, de manipulations conspirationnistes, que les réseaux sociaux vomissent à chaque instant de nos vies bousculées. Certains disent et diront que l’époque exige de chacun un engagement sans faille. L’abstention, premier « parti » de France et de Navarre, leur répond. Elle est, en effet, une grave maladie de notre démocratie. Les mêmes devraient se poser l’unique question du « pourquoi ? » Lorsqu’on voit se multiplier les candidatures de gauche, lorsqu’on assiste au même phénomène à droite, on se pose la même question. Je crains fort que nos nombreux candidats n’y répondent pas de sitôt.

1. Points, 2021

2. Folio n°3389