UN DRÔLE D’HIVER

CHRONIQUE PARUE DANS LA PAGE « DÉBATS » DE LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES LE SAMDEDI 5 FÉVRIER 2022 // CRONICA PARESCUDA DENS LA PAGINA « DÉBATS » DE LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.

Le printemps est venu nous parler de son prochain retour. J’étais à cheminer, apercevant là une « auseròla » (1) et, plus loin, quelques « vergonhosas » (2). Le gave allait puissant vers son destin maritime. Je traversais une des parties boisées de la « saliga », ce lieu encore préservé, lorsque j’ai découvert un écureuil mort sur le chemin, sans doute tué par un véhicule. La chose est hélas courante. Il ne se passe pas un jour sans que je ne trouve un oiseau, un animal sauvage écrasé par le flot incessant de nos chères « bagnoles ». La douceur a fui et je ne sais pas pourquoi — l’inconscient a ses manières et habitudes — me sont revenues en tête les horreurs proférées par nos nouveaux et vieux Maréchalistes. C’est alors que cette bienfaisante déambulation est entrée dans un drôle d’hiver. « Jusqu’où iront-ils ? » me suis-dit. Le dernier en date se nomme Yvan Roufiol, journaliste au Figaro et à Cnews. Il a dénoncé, c’est chez lui une obsession maladive, « l’hygiénisme d’État (français) tout à fait totalitaire », ajoutant que « l’hygiénisme hitlérien avait justifié la construction du tristement célèbre Ghetto de Varsovie. Mon sang n’a fait qu’un tour. Comment, en effet, proférer une telle ignominie ? Des centaines de milliers de Juifs y furent emprisonnés, affamés, tués puis déportés vers les camps d’extermination nazis. Vous verrez, plus nous nous rapprocherons de l’échéance électorale plus la vieille idéologie vichyssoise et collaborationniste se fera entendre. Juste un conseil : écoutez, pour ce faire, le feuilleton que France Culture a réalisé sur le procès Pétain (3) d’août 1945. Ce qu’on y écoute ressemble étrangement à ce qu’on entend désormais aujourd’hui.

1. Pulmonaire

2. Perce-neiges

3. https://www.franceculture.fr/emissions/serie/le-proces-petain

ENTÊTEMENT

Chronique parue hier, samedi 29 janvier 2022 à la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda lo dissabte 29 de genèr a la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Allez, ne venez pas me dire que je radote. Je n’ai pas encore l’âge. Est-ce se répéter que de dire et redire ce qui doit nous secouer, nous alerter, mettre sens dessus dessous nos certitudes, nos conformismes, nos silences et, peut-être, nos lâchetés ? Est-ce s’entêter que de combattre l’oubli ? Avant-hier, 27 janvier, on commémorait le 77ème anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau par les troupes soviétiques. Comme chaque année, je m’entête à parler de l’indicible. « Qu’ei atau e atau qu’ei ! » (1) Hier, j’ai donc repris dans ma bibliothèque « C’est en hiver que les jours rallongent » (2), le récit fort et distancié d’un écrivain déporté dans ce sinistre Lager. Un témoignage sur l’extermination de plus d’un million de Juifs. Je suis de ceux qui considèrent la Shoah comme une boussole pour tous les démocrates, tous les humanistes. Qui plus est, aujourd’hui où grogne, à bas bruit, le monstre de l’antisémitisme qu’on croyait disparu. Hier, je me suis replongé dans ce livre, secoué une fois encore comme je l’avais été naguère par « Si c’est un homme » (3) de Primo Levi. J’étais aux côtés de l’écrivain, et revivais son passage en Béarn lorsque Joseph Bialot le décrit : « J’ai été déporté sous ma fausse identité et, en dehors de mon matricule, je m’appelle Jules Joseph Souverbielle pour l’administration du camp. C’est un nom béarnais qui m’a été offert fin 42, par chaleur humaine (…) par mon ex-employeur, catholique authentique, dans une bourgade des Basses-Pyrénées (…). J’ai vécu sous ce nom jusqu’à mon retour à Marseille, le 11 mai 1945, à Marseille. » Léonce Souverbielle, de « Coarrasa », que je n’ai pas connu, est une de nos fiertés. Il a été reconnu « Juste parmi les Nations », le 13 août 2000, par la fondation Yad Vashem, à Jérusalem.

1. C’est ainsi.

2. Éd. Seuil, 2002.

3. Pocket, n°3117, 2003.

Fòto d’Auschwitz sus Pexels.com