OÙ HABITONS-NOUS ?

Chronique parue le samedi 19 février 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda lo dissabte 19 de heurèr 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Un hau / Un hêtre

J’écoutais, avant-hier, d’une oreille distraite, la tendre revue de presse de Claude Askolovitch sur Inter lorsque j’ai entendu le mot « Sud-Ouest » à propos d’un fait-divers qui s’était passé à Mimizan. Le géographe que je reste s’est posé l’éternelle question : « Où commence et finit ce pays ? » N’ai-je pas lu que « Carcassonne » et Nîmes s’y trouvaient, aussi ? Pourquoi pas passer « lo Ròse » (1) et pousser jusqu’à Arles ? On pourrait réitérer l’interrogation avec le « Grand Est » ou « Les Hauts de France ». La Bretagne, la Corse ont échappé à la disparition administrative de régions dont l’identité historique a été effacée. Notre pays est étrange. L’obsession de l’unité à tout crin a produit une nation où chaque « parçan » (2) devient semblable et si peu unique. La loi portant sur « la Nouvelle organisation territoriale de la République » de 2015 n’a fait qu’exacerber le phénomène. De quoi avait-on peur ? Du retour contre-révolutionnaire des provinces d’Ancien Régime ? Des Chouans ou de la Terreur blanche en Provence ? Quels fantasmes bonapartistes trottaient alors dans la tête du président Hollande et de ses conseillers ? On ne s’est pas arrêté en si mauvais chemin. Une nouvelle abstraction est apparue : les territoires ! Une myriade de ces « parcelles » couvre désormais l’ensemble de l’espace national. Leurs noms, parfois exotiques, sentent bon ce que les mêmes exécraient jusqu’alors. Une mosaïque ? Plutôt un entrelacement mystérieux d’espaces dont on a peine encore à connaître l’origine et les limites. On pourrait en sourire si cette vieille névrose centralisatrice française n’avait pour conséquence l’errance spatiotemporelle d’une grande partie de nos concitoyens. Finalement, seules nos villes, bourgs et villages nous rassurent.

1. Le Rhône

2. « Portion du pays », selon le Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes de Simin Palay

QUE SE PASSE-T-IL ?

CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 13 FÉVRIER 2022 DANS LA PAGE « DÉBATS » DU QUOTIDIEN LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.

Où est donc passée la campagne ? Chaque jour qui s’enfuit m’interroge. Certes, l’extrême-droite se déchire, les ralliements vont bon train. Certes, les convois de la liberté voyagent. S’y côtoient anti-vaccin, anti passe-sanitaire, gilets-jaunes, et éternels conspirationnistes. Certes, Sarkozy ne se prononce pas. Idem pour Emmanuel. Que dire encore ? Mais, à part cette agitation erratique, rien ne semble changer en profondeur cette période préélectorale. « Ô, temps suspends ton vol… » écrivait Lamartine. Nous n’avons pas fini d’attendre. Pourtant, on nous annonce d’imminents rebondissements voire une « Divine surprise » (1) qui mettrait le pays sens dessus dessous. Un tremblement de terre qui nous laisserait sans voix, déjà exilés d’un régime autoritaire que feu Francisco Franco ou Victor Orban, le président hongrois, ne pourrait renier. Pour l’instant, les chaînes d’information en continu retransmettent à l’envi les images des meetings produites par les candidats. Elles courent après l’audience, cet insatiable ogre télévisuel. Et je ne parle pas de la litanie des sondages qui sont devenus, élection après élection, une météorologie électorale à laquelle il est difficile d’échapper. Si ce n’est rejoindre une île du Pacifique où les vagues d’un clair océan berceraient notre fuite. Hélas, le rêve n’a jamais eu sa place dans notre histoire électorale, qui plus est présidentielle. Il est loin le temps où tout nous paraissait simple — peut-être était-ce déjà une illusion ? — où deux camps s’affrontaient. Où une alternance tardive nous offrait une respiration inespérée dans une République fatiguée, essoufflée, centralisée à l’extrême. Que se passe-t-il ?

1. Expression de l’écrivain Charles Maurras, fondateur de l’Action Française, du 9 février 1941 lors de la prise de pouvoir du Maréchal Pétain.

La prima dorèca de heurèr / Le printemps précoce de février