LA BONTÉ FAITE HOMME

Chronique parue ce jour, samedi 6 février 2021, dans la page Idées et Débats de La République des Pyrénées// Cronica parescuda, uei, dissabte 6 de heurèr, en la pagina Idées et Débats de La République des Pyrénées.

Guy, vieil ami girondin, a raison, je regarde trop la télévision. En quoi serais-je coupable ? Après tout, elle m’a nourri, formé et informé depuis mon plus jeune âge. Les livres, à l’identique. J’y ai vu le meilleur, le « cinéma de minuit », par exemple, et le pire, la téléréalité qui continue à sévir aujourd’hui. La vie n’est-elle pas ce théâtre incertain où rien n’est blanc ni noir, où l’homme se montre équivoque et énigmatique, montrant sa lumière à qui veut la voir et cachant ses zones d’ombre ? Un miracle parfois s’y dessine et s’offre à nous, ébahis.

Certes, il apparaît rarement mais quand il s’expose, il fait de nous des êtres intelligents. « En thérapie » (1) sur Arte, adaptée de la série israélienne « BeTipul » par Olivier Nakache et Éric Toledano, est ce miracle. Dès la première séance, j’ai été envoûté par Philippe Dayan, le psychanalyste, joué par l’admirable Frédéric Pierrot et Ariane, sa belle patiente. Je n’ai eu de cesse d’aller jusqu’au bout des 35 épisodes. À tour de rôle, Chibane, policier à la BRI, entré premier dans le Bataclan le 13 novembre 2015, Camille, adolescente victime d’un accident de la circulation, Léonora et Damien, couple névrotique à souhait, participent de cet « exaltant huis-clos ». Enfin, Carole Bouquet, remarquable elle-aussi, est la superviseuse qui accueille le praticien troublé et désarçonné par Ariane au point d’en tomber amoureux.

Pendant ce long périple télévisuel, j’allais du thérapeute au patient démuni ou en colère, du patient au thérapeute tout de bonté et de fragilité car, quoi qu’on puisse penser, les thérapeutes sont des êtres qui subissent et supportent, comme nous tous, les aléas de la vie. Les professionnels diront que cette série ne reflète pas la réalité de leur pratique. N’importe, la fiction a des exigences que le réalité n’a pas. Comme l’a écrit Sigmund Freud « Rendre la vie supportable est le premier devoir du vivant. » (2). « En thérapie » nous la rend plus aimable, plus vivable, plus humaine.

1. Arte, tous les jeudis, et à voir en intégralité sur Arte.tv.

2.Considérations actuelles sur la guerre et la mort, 1915.

COEXISTENCE VIRALE

Chronique parue hier, samedi 30 janvier 2021 dans la page Idées et Débats de La République des Pyrénées/ Cronica parescuda ger, dissabte 3à de genèr 2021, en la pagina Idées et Débats de La République des Pyrénées.

La pluie a repris ses quartiers d’hiver. Après la neige et le froid, elle nous offre une douceur qui devrait apaiser notre anxiété, à quelques jours d’un nouveau confinement. Elle nous murmure sa tristesse coutumière. Nous l’écoutons comme une vieille rengaine et la nostalgie du temps naguère nous rattrape et nous afflige. L’époque, en effet, n’est pas aux joies et aux peines d’une vie banale. C’était quand, déjà ? Je ne saurais vous le dire tant la chose me paraît lointaine, brumeuse.

D’aucuns ne sont pas tristes, ils sont colère. Ils disent pis que pendre du chef de l’État et de son 1er Ministre. Après le mensonge stupide des masques et l’impéritie des tests, la pénurie des vaccins ajoute au trouble de nos compatriotes. Qui est responsable ? Doit-on dénoncer la vénalité des laboratoires rémunérés par l’Union Européenne ? Doit-on vilipender l’anglais « AstraZeneca » qui vient de baisser et de reporter de facto ses livraisons sur le Continent ? La seule question qui vaille : comment est-on arrivé là ?

Faut-il rappeler que le soutien financier à la recherche fondamentale a été, pendant plusieurs décennies, négligé, amoindri ? À tel point que d’éminents chercheurs ont quitté l’Hexagone pour les États-Unis ou le Royaume-Uni où ils ont trouvé finance et soutien stratégique sans pareils. L’un d’eux, Stéphane Bancel, est le patron du laboratoire Moderna. Un autre dirigeant d’Astra Zeneca. Sans compter avec les choix financiers pour le moins discutables du géant pharmaceutique français, Sanofi. Il y aurait beaucoup à dire sur l’hypercentralisation de notre administration, sur son labyrinthe technocratique qu’elle engendre, sur la méfiance envers la recherche privée qu’elle induit. Et j’en passe des plus pénibles…

N’importe, nous dit-on, il nous faudra vivre avec le coronavirus qui a le talent, ce n’est pas nouveau, de se multiplier à l’infini. Je ne sais pas vous mais moi, je ne sais pas vivre avec un virus. Dans une autre vie, j’ai cohabité non sans mal avec une « putassèra de bacteria », mais coexister avec le Covid19, cela je n’arrive pas à le concevoir…