PROVINCES

Chronique parue hier, samedi 23 janvier 2021 dans la page Débats & Opinions de La République des Pyrénées// Cronica parescuda ger, dissabte 23 de genèr 2021, en la pagina Débats & Opinions de La République des Pyrénées.

Je m’apprêtais à écrire cette chronique. Tout me poussait à parler de la pandémie, de la stratégie vaccinale, des cris d’orfraie de Martine Aubry, la maire de Lille contre Olivier Véran. Ainsi de suite… J’étais là, avec mon stylo encre — je suis de la vieille école — à hésiter quand je me suis souvenu de « La Promesse » une série diffusée tous les jeudis-soir sur TF1.

Je n’ai pas pour habitude de regarder ce type de programme mais là, comme on y parlait des Landes, j’ai regardé ce drame policier. Sarah Castaings, une jeune capitaine de police, recherche comme l’avait fait son père auparavant, le coupable de l’enlèvement de Charlotte, une petite-fille, quelques jours avant Noël 1999.

Ma colère m’a pris. J’ai constaté encore une fois l’absence totale de la matérialité socioculturelle de ce pays où, comme l’écrit Julien Gracq (1), « (…) une claire forêt solaire, où le pin tord ses branches à l’aise comme la ferraille dans le grésillement d’un brasier ». En effet, aucun personnage, même le plus modeste figurant, n’y a l’accent gascon. Comme si cette région avait été vidée en douce de tous ses véritables « poblants » (2).

Un invraisemblable décor où s’exposent tous les poncifs provincialistes. De loin en loin, quelques maisons typiques, les plages battues par la « mar grana » (3) en furie… Souvenez-vous, un vent fou cognait fort, fin décembre 1999 !

Un espace virtuel à l’aune de l’ignorance ou du cynisme de la réalisatrice. Les chaînes françaises, dans leur vieille pratique néocoloniale, semblent se moquer éperdument de ce que dit ce pays depuis des siècles.

Comme l’écrit Claude Sicre (4) : « (…) Prenons un exemple : le mot « province ». Aucun enfant qui a grandi loin de Paris ne comprend ce que ça veut dire, c’est un terme flou, difficile de faire plus flou. Il mettra du temps à comprendre ce que ses cousins parisiens ou la radio-télé veulent dire par là. (…) Lui n’est jamais sorti de sa ville ou de sa campagne pour aller dans un lieu qui s’appelle « province ».

1. Lettrines, José Corti.

2. Habitants

3. Océan

4. Claude Sicre et Hervé Dirosa, Notre Occitanie, http://www.escambiar.com/

PETITS-POUCETS

Chronique parue ce jour, samedi 16 janvier 2021 dans la page Idées et Débats de La République des Pyrénées. // Cronica parescuda uei, dissabte 16 de genèr 2021, en la pagina Idées et Débats de La République des Pyrénées.

Au printemps 2020, au plus fort du premier confinement, il ne se passait pas un jour sans qu’on nous annonce la mort imminente du vieux monde. Il allait, à n’en pas douter, trépasser de sa mauvaise mort, et laisserait la place à un monde plus humain, plus juste, plus écologique… Que sais-je encore ? L’automne arrivé, le « monde d’après », puisque c’est ainsi qu’on le nommait, ne s’entendait plus guère. Le terme s’étiolait. Le deuxième confinement nous signifiait alors que nous n’étions pas près de quitter ce mauvais rêve éveillé dans lequel nous vivons aujourd’hui.

On nous dit désormais que ce virus ne sera pas éradiqué de sitôt, et que, probablement, il nous accompagnera pendant de très nombreuses années. L’alerte ferait sourire si elle ne nous parlait pas de l’impossibilité d’éteindre cette pandémie qui est, faut-il le répéter, mondialisée. Le « monde d’après » ressemble étrangement au monde que nous connaissions avant que le virus ne vienne, en mars 2020, tout mettre sens dessus dessous. « Ueratz » (1), même le néolibéralisme que nous pensions quasiment éternel en a fait les frais. Satané Covid, il se joue de tout, même de la communauté scientifique pourtant compétente et mobilisée. Il ne cesse de déstabiliser l’ensemble des chefs d’état du monde occidental. Boris Johnson en est l’exemple le plus remarquable. Son obstination imbécile s’est fracassée sur sa grave contamination qui l’a menacé de passer l’arme à gauche.

L’espoir ne court pas les rues ; elles vont d’ailleurs se vider ce soir à dix-huit heures. De quoi sera fait demain ? Qui le sait ? Comme toujours, il y a bien les prophètes de malheur qui nous disent que nous allons tout droit à la catastrophe et qu’ils seront in fine nos sauveurs attitrés. D’aucuns, hélas, les croient naïvement. Nous sommes des « Petits-Poucets » cheminant dans la sombre et dangereuse forêt de la crise sanitaire. Un pas après l’autre, semant nos petits cailloux, de peur que nous rencontrions le désespoir, cet ogre insatiable, qu’il nous faudra bien trucider.

1. Voyez !