SOUVENIRS, SOVIERS

Chronique parue aujourd’hui samedi 26 décembre 2020 dans la page Idées de La République des Pyrénées //Cronica pareguda, uei, dissabte 26 de deceme 2020 en la pagina Idées deu diari La République des Pyrénées.

Hier matin, alors que l’habituel silence de l’aube se faisait plus fragile, la lumière était mémoire. Le passé bredouillait ce qui fut et ce qui n’est plus. Noël est un insatiable négociant de souvenirs, d’émotions, de retours en arrière : ce qui nous a faits, défaits, et parfois abandonnés sur le bord de la route de la vie…

Ces réminiscences m’ont ramené paradoxalement au prélude des années 70 quand Tino Rossi chantait encore « Petit Papa Noël », et Neil Young « Heart of Gold ». Je me souviens de la « berògina » (1) qui avait posé « Harvest » (2) sur sa chaîne hifi. J’écoute encore aujourd’hui son opus et il me met en joie.

Ce Noël de science-fiction où nous vivons masqués, camouflés dans nos fortins — le virus rôde, n’ayez crainte le Dr. Véran veille aux grains ! — dans un monde qu’il ne l’est pas moins nous pousse à revenir sur nos pas. Les souvenirs ? Un gisement inépuisable pour moi qui m’adonne, entêté, à l’écriture en occitan et en français. Prêt à tout, même à l’accablement, lorsqu’on éreinte mes écrits, comme une énième mortification du destin. « Yesterday » chantaient les Beatles. Tout est là, dans cette chanson que j’ai apprise par cœur, avec la belle Mme M., professeure d’anglais qu’il m’arrive de croiser ici ou là lors de mes « caminadas » hebdomadaires.

Un vieux film que je tente de reprendre à mon compte et qui, souvent, me fuit. Il parle « sous-entendu » et « arrière-pensée », et moi de le faire répéter jusqu’à l’asthénie. Il m’ignore et se moque. Et lorsqu’il veut bien entendre ma supplique, il m’offre des fragments énigmatiques de son scénario dont je ne sais que faire. « Tè », voici Noël 1962. Je l’ai déjà conté ici même. Ce lointain 25-12 fut, pour moi, un « Nadau » digne de ce nom. Un grand froid et la neige étaient au rendez-vous de l’enfant d’ailleurs.

Hier, l’aube serrait fort sur sa poitrine la nuit attristée. Je me suis mis au travail — la chronique, voyons ! — j’ai écouté « Ohio » (3) de Grosby, Stills, Nash & Young. Je suis d’un autre temps. Et alors ? D’un temps qui m’a nourri, secoué, angoissé, exhorté à avancer, toujours. Dieu merci, je me suis arrêté. Il faut bien souffler, de temps à autre.

1. Mignonne.

2. 1972.

3. Ohio, est une « protest song » de Neil Young en réaction à la fusillade de l’université de Kent State dans l’Ohio, pendant la Guerre du Vietnam.

BON NADAU

Chronique parue ce jour, samedi 19 décembre 2020 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées. // Cronica pareguda uei, dissabte 19 de deceme 2020, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Aujourd’hui encore, nous ne savons toujours pas quand cette pandémie s’achèvera. Hier matin, sur Inter, le Pr. Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur, membre du Conseil scientifique, disait qu’elle pourrait rendre l’âme en septembre 2021, si bien sûr 50% de la population française était immunisée. Eu égard au refus endémique de la vaccination dans l’Hexagone, on est en droit de douter de l’issue optimiste annoncée. En effet, le doute, qui va et qui vient, me souffle à l’oreille complaisante que peut-être les prévisions ne sont que des prévisions, et que cette pandémie nous réserve encore des surprises désagréables.

Quel Noël va-t-on bientôt passer ? Plus que rarissime, il sera hors de portée de notre imagination mise à rude épreuve depuis mars 2020. Que nous dira-t-il ? Qu’il y a eu un avant et un après du déclenchement des hostilités épidémiques à l’automne 2019. Certainement bien plus tôt en Chine qui a menti et continue de mentir.

Il me semble désormais que le XXI° siècle a réellement commencé lorsque la Covid 19 a dévasté l’humanité tout entière. Rien ne sera plus comme avant. Le pessimiste lucide, que je suis, voit dans cette terrible crise globalisée, la maladie d’un capitalisme mondialisé et féroce qui n’a jamais cessé de détruire la planète. Je ne sais pas pourquoi — je n’ai aucune compétence pour le prétendre — je pressens, au vu de la kyrielle des symptômes, ici et là-bas, observés, que le vieux monde qui m’a vu naître est à s’effondrer lentement mais sûrement. Comme ces vieux immeubles insalubres, qui prennent leur temps pour s’écraser et entraîner, dans leur chute, nombre de victimes pauvres et innocentes.

Noël 2020 avec masques et distanciations et « tot çò d’aute » (1) ne serait-il pas l’annonce faite au monde d’un avenir inquiétant ? Peut-être suis-je de ces inquiets qui ne savent pas voir la lumière scintiller dans la nuit éternelle ? Peut-être qu’aux premiers instants du « Cap d’An » (2) serons-nous enfin habités par l’espoir d’une planète et de ses citoyens plus respectés ? Il n’est pas interdit de rêver.

1. Tout le reste.

2. 1er de l’An.