On m’a souvent vacciné. Comme vous, sans doute. Contre la tristesse de temps à autre, l’abattement quelquefois, et surtout contre la mélancolie qui est, quoi qu’on en pense, une maladie suave, enjôleuse, qui sait vous parler dans l’oreille du temps passé, ces jours lointains où nous étions plus jeunes et plus heureux… ? Noëls, neiges d’antan, chatoiements fragiles d’un sapin, matins glorieux où nous recevions le cadeau exceptionnel de l’amour filial. Un baume au cœur, malgré tous les bouleversements que la vie nous a déjà offerts et nous réserve demain.
Mon premier vaccin. J’étais enfant, à peine enfui du pays du mystère et de l’incompréhension. C’était, je crois, le B.C.G. (1) qui nous préservait de la tuberculose. Elle frappait, alors, notamment, les enfants et adolescents des familles modestes de ma ville natale. Des proches en étaient atteints, et certains en moururent. Il y a peu encore, on croyait que son bacille avait disparu. Non, il est revenu, comme le virus de la rougeole. Et on a revacciné les plus démunis, ceux qui dorment dans la rue, les nouveaux pauvres. On m’administra, quelques années plus tard, le vaccin contre la polio, le tétanos, que sais-je encore ?, qui ont sauvé des millions de nos compatriotes d’un lourd handicap ou de la mort.
J’écoute, ici ou là, sur les plateaux de télévision, des scientifiques et de ceux qui s’en prétendent répandre le virus du doute, quand ils ne dénigrent pas l’efficacité de ce traitement préventif. On peut comprendre les questions et les peurs qui s’expriment. Qui pourrait s’en exonérer ? Pour ma part, je me vaccinerai contre le coronavirus quand mon tour sera venu. Hier, les résultats du vaccin étasunien, le Pfizer-BioNTech, ont été validés par la revue scientifique « New England Journal of Medecine ».
J’entends déjà les conspirationnistes « de tota traca » (2) nous rebattre les oreilles avec les dangers imminents qui nous menacent… Bill Gates serait à la manœuvre, comme dans l’accablant documentaire « Hold-Up ». Ce vaccin charrierait, incognito, sous notre peau, une nanoparticule contrôlant nos faits et gestes. Philip K. Dick, dont on vient de rééditer l’œuvre extraordinaire (3), ne l’avait pas imaginé. Et Dieu sait si notre réalité a dépassé les prémonitions de ses fictions.
1. Les premières campagnes de vaccination en 1924.
2. De toutes sortes.3. P.K. Dick, œuvre complète (Tome 1 & 2), Quarto, Gallim