LA VÉRITÉ, SI JE MENS…

Chronique parue le samedi 14 novembre dernier dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.// Cronica pareguda lo dissabte 14 de noveme passat en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Mentir et mentir encore, toujours mentir, voilà ce qui nourrit et embrase nos réseaux sociaux depuis leur arrivée dans notre existence mondialisée. Il ne se passe pas une seule seconde de nos journées automnales sans que nous n’ayons à déplorer un nouveau mensonge régional, national ou international, proféré par tout ce que Facebook, Twitter, Instagram, comptent de menteurs amateurs et professionnels.

La fin justifiant les moyens, ils ne s’embarrassent pas de fioritures. Pour ces illusionnistes, qu’importe le contenu pourvu que leurs manipulations trompent le plus grand nombre. Ils reprennent à leur compte la célèbre phrase de Joseph Goebbels, « Plus le mensonge est gros, plus il passe ! ».

Voyez Trump, il continue à distiller, plusieurs fois par jour, son hystérique logorrhée mensongère sur la validité pourtant bien réelle de l’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis. Ainsi pense-t-il mobiliser un électorat électrisé, près à toutes les fausses croyances, qui contestera, jusqu’à l’épuisement, l’élection du candidat démocrate. Marine Le Pen n’a pas été en reste. Coutumière des plus folles rumeurs, elle n’a toujours pas accepté la victoire du Démocrate. Le populisme en vogue ces dernières années n’est pas à une manipulation près.

Je regardais l’autre soir le forum des lecteurs de notre chère « République des Pyrénées » et constatais, encore une fois, qu’il est devenu le défouloir d’une « tropa » (1) de conspirationnistes anonymes et véhéments, démentant les justes informations données par les autorités sanitaires de notre région. Accablant !

Mais il y a mieux encore. Le documentaire payant, dénommé « Hold Up », qui sévit sur Internet depuis plusieurs jours. J’ai visionné la bande annonce. Son postulat affirmé et réitéré est de nous dire que la pandémie du Covid-19 serait le fruit d’une volonté cachée des gouvernements occidentaux de nous tenir en laisse, d’annihiler notre libre-arbitre et enfin, de nous réduire à une forme « limaishorda » (2) de pauvres hères désincarnés…

De nombreux intervenants y distillent, en effet, une kyrielle d’informations confuses et trop souvent non fondées : la quintessence du discours conspirationniste qui se veut vérité révélée et non contredit. Je me répète, il faut lire impérativement « Les Théories du complot » (3) de Pierre-André Taguief. Voilà une lecture libératrice et salutaire.

1. Bande.

2. Perfide.

2. Que sais-je ?

AMERICANS

Chronique parue ce jour, samedi 7 novembre 2020 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées/ Cronica pareguda uei, dissabte 7 de noveme 2020 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Soudain, nous avons été changés en « americans ». Figurants lointains d’un film à suspense dont Hollywood a parfois le secret. Je me souviens avoir vu au « Cinéma de minuit », « Le Grand Sommeil », de Howard Hawks sur un scénario de William Faulkner, et de n’y avoir rien compris… « Freaks » (1), « La Nuit du chasseur » (2), et « La Prisonnière du désert » (3). Ces films me contaient ce pays immense. Pensez, l’État du Texas est bien plus grand que le nôtre ! Je rêvais alors d’y partir, d’aller sur les traces d’Hemingway et de Faulkner, les falaises de Big Sur d’Henry Miller tombant sur l’océan Pacifique. De rencontrer Bob Dylan. Je l’ai honni pendant la Guerre du Vietnam. Tout en admirant sa jeunesse à Woodstock où le fabuleux solo de guitare de Jimi Hendrix dénonçait l’impitoyable tapis de bombes que Richard Nixon déversait sur ce pays. J’ai voulu tout savoir de ces « U.S.A. » dont la littérature allait bientôt me tenir compagnie, m’habiter et m’inspirer.

Soudain, nos médias sont devenus étasuniens et ont oublié la pandémie et la crise systémique que subit notre pays. Très vite, les soutiens français de Trump et ceux de Biden se sont affrontés sur les plateaux et dans la presse hexagonale. Il fallait voir Pascal Praud, dans L’Heure des Pros, l’émission la plus réactionnaire du Paysage Audiovisuel Français, tenter non sans mal de soutenir Donald. Je ne sais pas vous, mais moi cette « rixe » politique et politicienne m’agace au plus haut point. J’y vois le film noir que nos présidentielles à venir nous font déjà craindre. À l’instar de ces deux Amériques désormais divorcées, notre pays semble avoir trouvé son modèle.

Depuis lors, de l’aube au crépuscule, la nuit, les radios et télévisions nous livrent les résultats partiels, vite contestés par Donald Trump qui a déclaré, dans la nuit du 3 au 4 novembre, qu’il avait gagné et réclamait d’arrêter le dépouillement des États qui lui échappaient…Il continuait le lendemain et le surlendemain, et continuera jusqu’au bout. La chronique d’un coup de force annoncé ? Là, je ne me suis pas senti américain. Vraiment pas. Mon Amérique à moi n’est pas la sienne. Je pense, aujourd’hui, à « Le Complot contre l’Amérique » (4) de Felip Roth en espérant que sa prophétie romanesque ne se réalisera pas.

1. Tob Browning (1932)

2. Charles Laughton (1955)

3. John Ford (1956)

4. Quarto Gallimard (2013).