CHRONIQUE PARUE LE SAMEDI 6 JUILLET 2025 À LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA LO DISSABTE 6 DE JULHET 2025 A LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
***DERRIÈRE CHRONIQUE AVANT LA REPRISE DÉBUT SEPTEMBRE
***DARRÈRA CRONICA ABANS LA REPRESA DE LAS PRUMERIAS DE SETEME.
Un pas, un autre, puis pianissimo la balade a débuté. L’aube était grise et fraîche. J’allais, tiré par mon chien roux dont l’amour sans voix me console. Il me guide, arrête soudain sa course. Je me traîne. Il me regarde l’air de dire : « Hai, pelièr ! » (1) Mon affection l’exige ! Ainsi va ma marche près des lacs de Baudreix. La végétation y est foisonnante. Le restera-elle longtemps ? Le concert envoûtant des oiseaux m’accompagnait. Le soleil viendrait plus tard. Il n’a pas manqué de nous accabler vers 17 heures. J’avais appris très tôt la mort de Florence Delay. Je l’avais rencontrée lors d’une remise des prix du « Basque et la Plume » à Bayonne en juillet 2023. Je m’étais présenté, intimidé, et vite, elle m’avait parlé de sa voix suave de la note de lecture de « Un été à Miradour » (2) commise naguère pour l’ALCA (3) et notre « République ». J’en restai coi. J’ai longé le gave. « Un de ces quatre, il ne sera peut-être plus qu’un triste filet d’eau ? » me suis-dit. Le chien m’a ramené sur terre, flairant, çà et là, l’effluve d’un de ses condisciples. La veille au matin, sous un soleil noir, j’avais observé des canards sauvages traverser le lac dont on extrait « sables et gravats ». Cet astre-là n’était pas celui de ma terre natale. Celle de Kamel Daoud et Boualem Sansal. L’émotion, une joie généreuse, m’a saisi en relisant : « (…) Le monde aujourd’hui laisse son orgueil suinter de toutes parts. Devant lui, pourquoi nierais-je la joie de vivre (…) Il n’y a pas de honte à être heureux. » (4) Le gouvernement algérien connaît-il le subversif bonheur de ceux qui s’opposent à leur régime dévoyé et autoritaire ? J’ai achevé ma promenade, le chien avait soif, moi aussi. Le soir, lorsque la chaleur a fui enfin, l’endormissement arrivait, la dernière phrase de « Un été à Miradour » m’est venue : « On est aimé quand on s’endort ».
1. Hue, fainéant !
2. « Un été à Miradour », éd. Gallimard.
3. Agence Culturelle de la région Nouvelle-Aquitaine.
4. Albert Camus, « Noces », œuvres complètes, I, La Pléiade.

L’agau nosta qui s’escor dinc au gave de Pau, com lo temps qui jamei ne s’estanga / Notre canal qui coule jusqu’au gave de Pau qui jamais ne s’arrête…
