AMERICANS

Chronique parue ce jour, samedi 7 novembre 2020 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées/ Cronica pareguda uei, dissabte 7 de noveme 2020 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Soudain, nous avons été changés en « americans ». Figurants lointains d’un film à suspense dont Hollywood a parfois le secret. Je me souviens avoir vu au « Cinéma de minuit », « Le Grand Sommeil », de Howard Hawks sur un scénario de William Faulkner, et de n’y avoir rien compris… « Freaks » (1), « La Nuit du chasseur » (2), et « La Prisonnière du désert » (3). Ces films me contaient ce pays immense. Pensez, l’État du Texas est bien plus grand que le nôtre ! Je rêvais alors d’y partir, d’aller sur les traces d’Hemingway et de Faulkner, les falaises de Big Sur d’Henry Miller tombant sur l’océan Pacifique. De rencontrer Bob Dylan. Je l’ai honni pendant la Guerre du Vietnam. Tout en admirant sa jeunesse à Woodstock où le fabuleux solo de guitare de Jimi Hendrix dénonçait l’impitoyable tapis de bombes que Richard Nixon déversait sur ce pays. J’ai voulu tout savoir de ces « U.S.A. » dont la littérature allait bientôt me tenir compagnie, m’habiter et m’inspirer.

Soudain, nos médias sont devenus étasuniens et ont oublié la pandémie et la crise systémique que subit notre pays. Très vite, les soutiens français de Trump et ceux de Biden se sont affrontés sur les plateaux et dans la presse hexagonale. Il fallait voir Pascal Praud, dans L’Heure des Pros, l’émission la plus réactionnaire du Paysage Audiovisuel Français, tenter non sans mal de soutenir Donald. Je ne sais pas vous, mais moi cette « rixe » politique et politicienne m’agace au plus haut point. J’y vois le film noir que nos présidentielles à venir nous font déjà craindre. À l’instar de ces deux Amériques désormais divorcées, notre pays semble avoir trouvé son modèle.

Depuis lors, de l’aube au crépuscule, la nuit, les radios et télévisions nous livrent les résultats partiels, vite contestés par Donald Trump qui a déclaré, dans la nuit du 3 au 4 novembre, qu’il avait gagné et réclamait d’arrêter le dépouillement des États qui lui échappaient…Il continuait le lendemain et le surlendemain, et continuera jusqu’au bout. La chronique d’un coup de force annoncé ? Là, je ne me suis pas senti américain. Vraiment pas. Mon Amérique à moi n’est pas la sienne. Je pense, aujourd’hui, à « Le Complot contre l’Amérique » (4) de Felip Roth en espérant que sa prophétie romanesque ne se réalisera pas.

1. Tob Browning (1932)

2. Charles Laughton (1955)

3. John Ford (1956)

4. Quarto Gallimard (2013).

LE CIEL

Chronique parue aujourd’hui, samedi 31 octobre 2020, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées.// Cronica parescuda uei, dissabte 31 d’octobre 2020, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Hier matin, les pinsons des arbres, « los flits », comme les appellent peut-être encore les citoyens de Bètharram, chantaient la gloire d’une incroyable douceur automnale. Un vol de magnifiques chardonnerets est passé et repassé, a investi notre haie. À la vue de notre chien, toujours en alerte, il a fui vers une proche contrée arborée où il ne serait plus disputé.

Le ciel d’octobre était pur. Je me suis dit qu’il ne serait pas confiné comme je l’étais déjà, depuis la veille. Il me fallait en accepter l’augure. Trente jours à attendre, à espérer que le temps s’épuise et nous libère de son poids. Au printemps, ce fut bien plus long. Vous en souvenez-vous ? « Peut-être iront-ils jusqu’à Noël ? » m’a lancé mon voisin mi-figue, mi-raisin. Va-savoir ? Cet « hilh de puta » de virus est incontrôlé et incontrôlable.

Pourtant, l’été venu, nous pensions qu’il avait quitté nos pays incognito pour rejoindre les États-Unis de Donald, le bien nommé — il me fait penser au personnage hâbleur et grotesque de « A Day At Races » des Marx’s brothers — où il tue encore des milliers d’étasuniens.

Nous avions gardé le masque, lavé nos mains, évité les plages et les sentiers encombrés. On ne sait jamais… Je me souviens que d’aucuns, à la télé, avaient même prétendu qu’il n’y aurait pas de seconde vague ; je devrais dire deuxième car « jamais deux sans trois ». « Au Diable la Covid, pourvu qu’on ait l’ivresse ! » disaient ceux qui se moquaient, qui narguaient les recommandations gouvernementales.

Nous voici, maintenant, locataires d’un temps arrêté, avec nos doutes et nos questions sans réponses. Je pense, encore une fois, aux plus humbles d’entre nous que la pauvreté et la misère menacent chaque jour un peu plus. Je pense aux soignants qui font face à une épidémie qu’on nous dit plus assassine que la première. L’époque est à la litanie des drames. Nice après Conflans-Sainte-Honorine, l’épidémie… De quoi sera fait demain ? J’ai beau être résilient, j’avoue que, parfois, quand le ciel s’assombrit, je scrute l’horizon rougeoyant pour y chercher l’espoir d’un jour nouveau.