NOTRE LUMIÈRE

Chronique parue dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées le samedi 24 octobre 2020 // Cronica pareguda en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées lo dissabte 24 d’octobre 2020.

Hier matin, j’ai écouté le Requiem (1) de Gabriel Fauré. J’étais sur le point d’attraper mon stylo et mon carnet de notes pour écrire la chronique que vous lisez, aujourd’hui. J’étais, comme vous, sans doute, encore au pays de la sidération, la tête vide, pensant et repensant à ce que je pouvais bien vous dire sur cette abomination.

Le temps courant plus vite que ma pensée embarrassée, je me suis dit que je n’étais pas à même d’ajouter aux commentaires et analyses concernant la décapitation de Samuel Paty, un banal point de vue. Sans compter, avec les éternels « oui, mais… » que je ne comprends toujours pas. Qu’importe, il me fallait passer outre ce coup au cœur qui m’avait frappé vendredi-dernier.

J’ai cherché toute la matinée. Ai pensé, un moment, vous parler de « Moonrise kingdom » (2), de Wes Anderson, merveilleux film où deux enfants, une fille et un garçon orphelin, dans leur subversive épopée buissonnière, changent le regard conservateur des hommes et des femmes qui les entourent.

Las, je n’ai pas trouvé. Je me suis retourné, comme je le fais parfois, sur mes lectures anciennes, pour entendre la voix des lumières qui ont éclairé ma vie ; la voix de la transcendance, la lumière de Jaurès. 

Puis, est venu « in Paradisium », la dernière partie du chef d’œuvre de Fauré, chanté par un chœur d’enfants, et ai pensé à « La Pesanteur et la grâce » de Simone Weil, lu il y a fort longtemps quand j’étais encore étudiant, et à cette phrase que j’avais notée alors dans un cahier d’écolier : « Aimer Dieu à travers la destruction de Troie et de Carthage, et sans consolation. L’amour n’est pas consolation, il est lumière. ».

Plus aucun doute, le fanatisme religieux est politique. L’islamisme radical l’est aussi, et plus qu’on le croit. Il se moque éperdument du Dieu dont il se réclame. Seule l’habite l’idée totalitaire qu’il s’en fait dont nous connaissons, depuis le début du siècle, l’objectif : abattre notre démocratie et ses valeurs humanistes.

1. Michel Corboz, Erato disques, 1996.

2. https://boutique.arte.tv/detail/moonrise_kingdom

3. La Pesanteur et la grâce, éd. Plon, 1948.

COUVRE-FEU

Cronique publiée hier, samedi 17 octobre 2020 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées/ Cronica pareguda ger, dissabte 17 d’octobre 2020 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Je ne suis sans doute pas le seul citoyen de notre contrée fort éloignée de notre capitale — où tout vient à point à qui sait attendre… — qui a connu le couvre-feu. Je l’ai vu à l’œuvre de l’autre côté de la Méditerranée. J’étais certes un enfant mais me souviens de mon père prenant son sauf-conduit (il allait au travail loin de notre domicile) pour passer les contrôles de l’armée française dont il faisait partie. J’ai d’ailleurs gardé précieusement son laisser-passer dans un recoin secret de ma bibliothèque. Ce mot relève du vocabulaire guerrier. N’aurait-on pas dû employer « confinement nocturne » par exemple ? Les vingt millions d’habitants concernés l’auraient peut-être mieux vécu ? Nous aussi, du reste.

On nous dit que ce virus nous harcèlera jusqu’à l’été prochain. Doit-on s’en inquiéter ou angoisser ? Le doute s’est insinué et s’est installé envers et contre tout. Les scientifiques, et les médias télévisés, les réseaux sociaux qui les exhibent, nous abreuvent depuis des mois de diagnostics qui ne durent que le temps de leur rapide contestation bien évidemment scientifique. Pourtant, nul ne semble maîtriser cette « canhasseria » (1), que la science peine à comprendre.

N’ayez crainte, nous sommes sauvés. Vraiment. Pour de bon ! Il y a les farfelus qui déclarent que « tout va très bien Madame la Marquise ! ». Il y a les velléitaires, nombreux !, qui feraient bien mieux que les « autres ». Il y a qui nous disent que la Suède s’est mieux comportée que la France et donc qu’il faut s’en inspirer. Que sais-je encore ? Il y a enfin Fabrice Luchini, notre grand acteur devant l’éternel vaniteux. Désormais, on l’interroge sur tout et son contraire. Et il répond le bougre ! Il y a peu, il s’est insurgé (2) contre le couvre-feu. Puis, soudain, — c’est devenu monomaniaque chez lui — il a carrément dénoncé l’accent de Jean Castex. Cela sentait le fossé excrémentiel du mépris de classe et de caste. Sait-il cet imbécile qu’il disait, là, un racisme que Céline (3), son idole, avait, avant lui, exprimé.

1. Saloperie.

2. Instagram-FrabriceLuchini

3. Céline, nov. 1942. : « Zone Sud, peuplée de bâtards méditerranéens, de Narbonoïdes dégénérés, de nervis, Félibres gâteux, parasites arabiques que la France aurait eu tout intérêt à jeter par-dessus bord. Au-dessous de la Loire, rien que pourriture, fainéantise, infect métissage négrifié. »