GOUVERNER

Chronique parue ce jour, 26 septembre 2020, dans la page Débats de La République des Pyrénées.//Cronica parescuda uei, lo 26 de seteme 2020, en la pagina Débats de La République des Pyrénées.

« À Marseille, « pecaire » (1), ils ont pris un sacré coup sur la carafe ! » ai-je entendu, avant-hier, sur une radio périphérique. En effet, la parole immanente de l’État, ce très vieux père sévère, a porté jusqu’en Provence. Olivier Véran, notre jeune ministre de la Santé, a prêté sa voix pour la dire. Il sait être pédagogique, mais les élus provençaux, à son écoute, ont eu le souffle coupé.

Le soir-même, un mistral de la révolte — il faut le dire vite… — s’est levé et n’a pas cessé de souffler depuis lors. Notre gascon de Castex, avant-hier-soir sur la 2, a fermé portes et fenêtres de Matignon, et pourtant cela soufflait fort. C’est vrai, la Covid-19 est bien là. Les cas positifs se multiplient, le nombre d’hospitalisations augmente, celui des décès lui aussi, mais pas comme au printemps dernier. « Qué pensar ? » (2) Les épidémiologistes, les urgentistes, les médecins, se répandent évidemment dans les médias jusqu’à l’épuisement. Il s’y querellent sur la dangerosité réelle du virus. Sont-ils conscients des dégâts confusionnels qu’il provoquent chez nos compatriotes ? Je crains fort que non. Il faut qu’ils parlent envers et contre tout.

L’État, lui, décide sans concertation, disent nos « marselhés »… En France, sa haute administration, ses préfets sont appelés à tout résoudre, jusqu’à l’infinitésimal ridicule. C’est le grand médecin de nos concitoyens. Napoléon le premier et le troisième ne semblent pas avoir quitté le devant de la scène politique française. La centralisation est, quoi qu’on dise, une religion laïque dont les croyants participent de tous les courants de pensée. Ils sont rares ceux qui soutiennent une véritable décentralisation (je pense bien sûr à Michel Rocard) et non, comme il est coutume de faire, une déconcentration de l’État. Décidément, nous sommes voués à rester des enfants caractériels qui rejettent ou maudissent leur père et qui ne savent rien faire sans lui. Frédéric Nietzsche nous dit : « Gouverner. — Les uns gouvernent pour le plaisir de gouverner, les autres pour ne pas être eux-mêmes gouvernés : — Entre deux maux ils ont choisi le moindre. »

1. Peuchère.

2. Que penser ?

QUE LA LUMIÈRE SOIT !

Chronique parue aujourd’hui 19 septembre 2020 dans la page Débats de La République des Pyrénées// Cronica pareguda uei 19 de seteme 2020 en la pagina Débats de La République des Pyrénées.

Il s’est trompé Emmanuel. Pourquoi la lampe à huile et pas la bougie ? Je me souviens des chandelles que ma grand-mère allumait lors des coupures d’électricité, naguère, loin d’ici où la guerre faisait rage. Elles remplaçaient l’éclairage de l’ampoule de la cuisine qui lui était suspecte. Elle allumait parfois la lampe à pétrole dont je n’ai pas oublié l’odeur. Elle préférait néanmoins la flamme délicate et fragile d’un cierge qui nous protégerait de l’absolue noirceur d’un pays à feu et à sang.

Moi, à la place d’Emmanuel, j’aurais évoqué la lampe à graisse. Après tout, nos très lointains aïeuls préhistoriques s’en servaient avec efficience pour peindre les merveilles que l’on sait, à Lascaux ou à la grotte Chauvet.

Sa saillie sardonique contre les écologistes, à propos de la 5G, était-elle préméditée ou improvisée ? Elle m’a formellement surpris. Elle est venue, en une poignée de secondes, effacer les bienfaits politiques qu’il tirait jusqu’alors de la « Convention citoyenne pour le climat » qu’il avait installée, dont, soit dit en passant, il a heurté les membres.

Je ne sais pas vous, mais moi je n’ai pas compris quel en était le sous-texte… Envoyait-il un message rassurant aux entreprises françaises du numérique ? Voulait-il couper l’herbe sous les pieds de tous ceux, à droite, qui dénoncent les maires écologistes nouvellement élus ?

L’intuition me fait dire que les détracteurs ou les soutiens de la 5G ont déjà engagé une guerre d’influence sur les plateaux de télé et les réseaux sociaux. Les paris sont ouverts ! Pour ma part, je me souviens de la phrase éclairante de Jacques Ellul : « La technologie crée plus de problèmes qu’elle n’en résout ».

P.S. J’ai fini la lecture de « Les Démons » (1), de Simon Liberati et je peux vous dire qu’on n’en sort pas indemne. Le Paris, au printemps 1967, des désœuvrés et ambitieux, plus ou moins fortunés, au temps de la guerre du Vietnam et dans l’ambiance sexualisé d’« Emmanuelle », le roman.

1. éd. Stock.