NE RIEN CÉDER

Chronique parue hier, samedi 12 septembre 2020, dans la page « Débats » de La République des Pyrénées // Cronica pareguda, lo 12 de seteme 2020, en la pagina « Débats » de La République des Pyrénées.

J’avais oublié. Et vous ? Notre inconscient est un incroyable faiseur de mémoire. Il l’arrange à sa façon et nous force à nous souvenir de ce qui, in fine, nous réconfortera. Toutefois, il n’oublie pas les tragédies qui nous ont marqués. Il les garde au sec dans notre tréfonds. Au cas où. Pensez à vos cauchemars ! Vous pensiez les avoir effacés. Et non, ils poursuivent leur œuvre clandestine, pour soudain, nous les rappeler un jour à notre grande surprise.

L’autre soir, j’ai regardé sur Netflix les 3 épisodes de « 13 novembre », un « docu » sur la nuit djihadiste de « l’abòr (1) de 2015 ». Suffoqué, j’ai essayé d’écourter le 3ème récit qui contait, minute par minute, l’horreur du Bataclan. Les témoignages des survivants y sont terrifiants. Ils avaient vécu de trop longues minutes d’exécutions sommaires, dans la pièce où les deux djihadistes, kalachnikov à la main, les tenaient en otages. Ils ont fini par se faire « sauter » avec la bombe qu’ils portaient sur leur ventre. La mort enfantée !

Je lis les comptes rendus du procès des complices des frères Kouachi qui ont assassiné la rédaction de « Charlie Hebdo ». L’écrivain Yanick Haenel les transcrit sur son site (2). Le plus terrifiant est l’abyssale acculturation, comme l’a dit Olivier Dartigolles sur CNews, des accusés… On se demande dans quel pays ils ont vécu jusqu’alors ? Le racisme, l’errance sociale, leur séjour en prison, n’expliquent pas tout. Leur haine, qu’ils nous portent, qu’ils n’explicitent pas, semble indéchiffrable. Ils ont habité une contrée de France où la démocratie a été expulsée « manu militari » par un islamisme politique dont on sous-estime hélas l’influence… Quoi qu’on en pense, ils ont participé d’un massacre commandité par l’État Islamiste dont les frères Kouachi se réclamaient.

Ce qui m’effraie, c’est que Charlie soit encore vilipendé par une partie d’une gauche insoumise et méconnaissable ayant perdu sa boussole républicaine. Elle ne cesse de pourfendre les défenseurs d’une laïcité véritable en les traitant « deu matin dinc au ser » (3) d’islamophobes.

1. automne.

2. https://charliehebdo.fr/2020/09/proces-attentats/

3. Du matin jusqu’au soir.

LE MASQUE ET NOUS

Las chroniques sont de retour/ Las cronicas que son tornadas

Chronique quelque peu modifiée parue hier, samedi 5 septembre 2020, dans la page « Débats » de « La République des Pyrénées »// Cronica un chic adobada parescuda ger, dissabte 5 de seteme 2020, en la pagina « Débats » de « La République des Pyrénées »

Lorsque je glisse les élastiques de mon masque chirurgical derrière les oreilles, un étrange malaise me saisit. Suis-je toujours le même ? Allez savoir ? Il me murmure que, dès que j’aurai franchi le seuil de mon « ostau », je croiserai au supermarché, au café ou dans ma librairie préférée, mes semblables, eux aussi masqués. Je n’oserai pas les saluer, de peur de me tromper. Cela m’est arrivé l’autre jour, et me suis illico confondu en excuses auprès d’une femme que je croyais connaître. Dorénavant, il me faudra être plus circonspect.

Rien qu’à cette pensée, je me demande, poussé par quelque interrogation ontologique, quel est le message que nous livre ce satané virus ? Quel monde angoissant nous annonce-t-il ? Un monde livré à la forte houle et aux pannes de vent. Un navire, qui cherche le remède à son mal endémique et qui ne le trouve pas ? Peut-être celui sur lequel nous tentons de vivre tant bien que mal depuis le mois de mars dernier ? Un peu comme le capitaine Achab sur son baleinier qui s’entête et trouve enfin Moby-Dick (1), pour subir sa rage destructrice. J’ai l’impression que la Covid19 est ce cachalot blanc et que les états qui le poursuivent le font en vain. Ce virus chinois souligne s’il en est la fragilité d’une humanité qui se croyait forte et arrogante ; convaincue d’affronter tous les périls possibles et imaginables. Hélas, l’univers entier est masqué !

Nous acceptons cette contrainte pour la bonne cause. Ceux qui s’avisent d’en contester le port, sombrent avec délice dans un « complotisme » qui ferait sourire s’il n’était une véritable menace pour notre République dont on fêtait, hier, le 150ème anniversaire… Quoi qu’il y aurait beaucoup à dire et à dénoncer dans le discours d’Emmanuel Macron. Je constate, qu’une partie de l’opinion publique ne veut toujours pas entendre parler des vaccins, au nom de je ne sais quel complot ourdi par des laboratoires pharmaceutiques dont nous aimerions connaître les noms et adresses pour les dénoncer haut et fort.

J’entends, aussi, des êtres intelligents qui prétendent que cette pandémie soutient une perfide manœuvre des gouvernements, quels qu’il soient, pour museler et donc réduire au silence leurs citoyens respectifs. Franchement, qui peut croire une histoire pareille ? À s’inventer des menaces nous seront vite réduits à nos peurs et angoisses ! À consulter les réseaux sociaux, ce qui me surprend le plus c’est le tsunami de mensonges, d’élucubrations, de folies douces ou graves, de manipulations qui déferlent comme une pandémie complotiste.

1. Herman Melville, Moby-Dick, coll. Quarto -Gallimard.