CHRONIQUE PARUE AUJOURD’HUI SAMEDI 21 JUIN 2025 À LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES«
CRONICA PARESCUDA UEI DISSABTE 21 DE JUNH 2025 A LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES«
Jeudi après-midi, j’ai vite traversé une rue paloise écrasé de soleil pour rallier l’ombre bienfaitrice du trottoir d’en face. J’ai aperçu soudain un carreau de céramique collé au mur d’un immeuble récent. Cela m’a intrigué et j’ai pu y lire : « Rend Cœur ».
J’ai rejoint mon véhicule garé au centre-ville, tout en pensant à l’homme ou la femme qui avait commis ce jeu de mot sur lequel un psychanalyste aurait eu beaucoup à dire. Pourquoi avait-il écrit cela ? Voulait-il rendre son cœur malmené ? À ses voisins ? À la ville ? À un amour perdu ?
Une grave amertume nourrissait peut-être son existence ? Était-ce le souvenir d’un terrible affront ? Sentiment complexe et pernicieux qu’il m’est arrivé de connaître jadis lors d’une humiliation tarbaise, passée Dieu merci pour pertes et profits.
Certains de nos semblables sont toxiques. Souvent, nous n’en percevons pas la dangerosité. Nous les pensons intelligents, sympathiques, comme on disait jadis « on leur donnerait le bon Dieu sans confession ». Les psychiatres les dénomment pervers narcissiques capables parfois de détruire l’être séduit sous emprise. L’enfance joue certainement un rôle plus que néfaste dans leur vie. Passons… Revenons au carreau en céramique et son « Rend Cœur »…
Peut-être son auteur n’a-t-il pas obtenu de la vie ce qu’il exigeait d’elle ? Peut-être veut-il être enfin reconnu ? Peut-être est-ce l’expression caractéristique de sa vieille névrose ? Pourtant d’aucuns, que j’ai naguère fréquentés, ne veulent pas s’en défaire. Dans leur errance intérieure ils en retirent un vrai bénéfice.
J’ai eu à subir, il y a peu, un individu de cet acabit. J’étais pour lui sans nul doute illégitime. « Un mensh qu’arren! » (1) Lui seul, pensait-il, était au-dessus du lot. « Besonh ! » (2), j’ai mieux à faire : vivre avec les miens. Lire et écrire. Cette chronique, par exemple. J’ai continué ma marche vers la place Clemenceau, par chance la canicule n’avait pas atteint son paroxysme. On l’annonçait pour samedi, jour du solstice d’été.
La ville m’a semblé quasiment dépeuplée. J’ai atteint mon véhicule, un véritable four ! J’ai hésité à subir l’inévitable coup de chaud. J’ai néanmoins quitté lentement la capitale béarnaise. La radio diffusait « Clair de lune » de Debussy. Passé Bòrdas, face à moi, dans une lumière bleutée et laiteuse, l’éternel front pyrénéen était nu comme l’homme sans ressentiment, trempé d’une belle sueur, qui s’approchait de son havre de paix.
1. Un moins que rien.
2. Heureusement !

