CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 4 OCTOBRE 2025 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 4 D’OCTOBRE 2025 EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
Mardi matin, l’aube rassurait quand la simple idée d’une nouvelle journée inquiétait. Il fallait bien en accepter l’augure. Immobile, une mante religieuse à la fenêtre observait la chambre où le sommeil enfui avait laissé l’odeur âcre d’une nuit. Je l’ai regardée, frôlée. Elle n’a pas réagi. Elle était déjà là la veille. Le lendemain, sans doute aussi ?
Chaque jour amène sa grave ritournelle. Il nous sollicite, nous questionne et finit par nous parler des horreurs proches et lointaines. Entre autres, des massacres de Chrétiens et de Musulmans au Soudan, des Chrétiens et Druzes en Syrie par des groupes d’islamistes radicaux. Seul, le drame palestinien mobilise toutes les dénonciations. Y aurait-il de bonnes et mauvaises victimes ? Ces guerres, qui n’ont jamais cessé depuis 1945, épuisent ma naïve croyance en un monde meilleur.
Ce matin-là, la fraîcheur accompagnait un beau ciel moutonné. La nuit s’en était allée de l’autre côté de la planète où jamais je ne me rendrai. J’avais la chronique à écrire, et ne savais pas ce que je pourrais y dire… J’ai jeté un œil sur notre prunier et y ai vu un pouillot véloce — l’année dernière, à pareille époque, un couple vivait dans notre « vitauguèra » (1). L’oiseau vert et gris sautait de branche en branche.
Le paysage prend lentement les habits de l’arrière-saison. Ses couleurs me rappellent ces temps anciens où l’automne me faisait ses belles confidences. Les premières gelées blanchissaient déjà champs et chaumes. Les cailles s’y posaient et repartaient vers l’Afrique. L’odeur acidulée des « rosats » (2) parfumant les prairies naturelles. Le froid ne tarderait guère. La neige, peut-être ? La nostalgie est une compagne aimante.
Qu’en dis-je aujourd’hui ? Presque rien, je fais le deuil contraint d’un monde disparu, attends l’heure d’hiver et m’emmitoufle dans l’espoir d’une journée habitée et paisible.
1. Chèvrefeuille.
2. Rosés des près (agaric campestris)

