© Sèrgi Javaloyès © La République des Pyrénées
Chronique parue ce jour, samedi 9 mai 2020, dans le quotidien régional La République des Pyrénées/ Cronica pareishuda uei, dissabte 9 de mai 2020, en lo diari regionau La République des Pyrénées.
Une chaleur précoce s’est établie en Béarn. Celle d’hier m’a semblé digne d’un mois de juillet quand l’orage nocturne vient nous libérer d’une journée suffocante. Le dérèglement climatique, qu’on semble ignorer ou oublier, continue son œuvre. La pandémie l’a totalement passé par pertes et profits. J’entends et lis que nous avons mieux à faire : produire, consommer, sans retenue ni scrupules. M. Lemaire, ministre de l’Économie, pratique la litote pour nous annoncer subrepticement qu’il nous faudra « machar » (1) beaucoup plus qu’avant pour faire repartir notre économie et surtout rembourser la dette colossale que notre Pays a contractée et dont le système bancaire tire profit, jusqu’à la nausée. Je ne suis pas sûr que ce message soit entendu. Il risque même d’être pris en mauvaise part. La grande majorité de nos compatriotes ne se sent en rien responsable de la propagation d’un virus, né dans une lointaine province chinoise incarcérée par un régime que Staline, dans ses beaux jours, n’aurait pas renié. Pourtant, « As time Goes By », la célèbre chanson qui habite le film « Casablanca » (2). Nous sommes verts (de peur ?) depuis jeudi lorsque Édouard Philippe et Olivier Véran étaient nos professeurs de géographie. Cette couleur nous dit que le Covid circulerait peu en Béarn. Peut-être baguenaude-t-il, ici ou là ? Allez avoir ? Comme voulez-vous être rassurés ? Il ne se passe pas un jour sans qu’un virologue, un épidémiologiste, que sais-je encore ? ne vienne nous réciter son bréviaire sur le plateau d’une chaîne de télévision. En quelques semaines une armée mexicaine d’experts sont nés de la génération spontanée. Ce dont je suis certain, c’est que lundi matin, la rumeur tenace de la circulation automobile reprendra ses droits. La pollution à l’identique. Nous perdrons un silence précieux qui nous faisait écouter notre environnement proche avec une attention sans égale jusqu’alors. « Qu’ei atau ! » (3) dira-t-on. Qu’importe, je maudis désormais les injonctions infantilisantes qu’on m’assène chaque jour que le printemps met au monde.
- Marner.
- « Casablanca », Michael Curtiz, 1947.
- C’est ainsi.