© Sèrgi Javaloyès —————– © La République des Pyrénées
Chronique parue aujourd’hui, samedi 2 mai 2020, dans la page Débats de » La République des Pyrénées »./ Cronica pareishuda uei, dissabte 2 de mai 2020, en la pagina Débats deu diari regionau « La République des Pyrénées. »
L’autre dimanche, lors de mon habituelle pérégrination réglementée, je cheminais vers Nay, désertée par ses « poblants » (1). Le vent d’Espagne y soufflait son âme tourmentée et les arbres du jardin public interdit supportaient ses rafales. J’étais remorqué par notre chien qui est loin d’être apprivoisé et qui ne veut pas l’être.
Lorsque je m’apprêtais à franchir le vieux pont de Clarac qui enjambe le gave de Pau, un jeune couple portant masques, avec poussette et enfant, était pour me croiser. Je me suis dis : « Vont-ils changer de trottoir ? » Peut-être se posaient-ils la même question ? J’avançais. Eux, en revanche, semblaient aller prudemment, regardant suspicieux un individu, que dis-je ? un éventuel asymptomatique, sans masque de surcroît.
À une trentaine de mètres, je les ai sentis préoccupés, soucieux de leur santé et celle de leur progéniture. J’ai donc ralenti, voyant dans mon attitude, une bonté nouvelle pour ces concitoyens alarmés par une contamination qu’ils pensaient probable. La femme avait, d’ailleurs, déjà franchi la ligne médiane pour rejoindre l’autre partie de la chaussée.
Je me suis alors arrêté au grand dam du « can » (2) qui ne comprenait pas l’arrêt intempestif de son maître. J’ai attendu leur passage, pour reprendre notre déambulation. Il ne m’ont pas salué.
Hélas, je n’avais pas fini avec la peur des uns et les angoisses des autres. Alors que nous nous en retournions, une colonne de bagnoles a traversé la ville à vive allure. Que dis-je à fond ! Leurs conducteurs cherchaient sans doute à fuir le Covid-19 qui circule lui aussi plus ou moins rapidement. Le chien était très en colère et aboyait à tout rompre. Arriverions-nous sains et saufs à bon port ?
Le soir venu, la pluie avait tout apaisé. Le nez collé à la vitre embuée, je me suis dit que le 11 mai au matin, nous serions peut-être tous suspects et suspicieux. « L’enfer, c’est les autres » (3), écrivait Sartre. J’ose espérer qu’il se trompait.
- Habitants.
- Chien.
- Tiré de sa pièce « Huit-Clos ».