LABYRINTHES

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Chronique parue ce jour dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées// Cronica pareishuda uei en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

Nous avançons à petits pas dans un labyrinthe où chaque journée est marquée par le sinistre bilan du Pr. Salomon. À sa sortie, que trouverons-nous ? Un monstre, qui a déjà dévoré 18000 personnes. Les caissières, les éboueurs, etc., la liste est longue, au front, face au Covid, font face et en pâtissent. Les soignants chèrement le paient. On nous dit qu’il s’épuisera. Quand ? Qui le sait ? Nous sommes déroutés. Pourtant, le président incite les cloîtrés (dont je suis) à sortir le 11 mai prochain. « Fiat lux et facta est lux » (1)

J’ai oublié les enseignants. Ils travaillent chaque jour que les devoirs font. Depuis peu, ils sont donnés pour trouillards, oisifs, défaitistes. On les suspecte même de prolonger leur confinement jusqu’aux vacances d’été. Les éditorialistes « mainstream », moralistes en diable, s’en donnent à cœur joie. Pour étayer leur démonstration, ils citent l’Allemagne — Ah le paradis allemand ! — où les enseignants sont désireux de reprendre le chemin de l’école. Les mêmes, en profitent pour déclarer que nous n’avons que ce que nous méritons. « Vielen Dank ! » (2)

Passons. Hier matin, je lisais « Ma vie parmi les ombres », le grand roman de Richard Millet (3), lorsque j’ai aperçu un, deux, puis trois « cardinats » 3) se poser sur « l’erbeta » de notre petit jardin. Cela faisait des années que je n’en avais pas vus autant. « Serait-ce un signe ? » Je me posais encore la question quand j’ai repris ma lecture, me contant la visite de Marie, jeune veuve corrézienne, en 1918, sur le front du Nord, pour récupérer le corps de son mari, enseveli à la va-vite dans la tranchée allemande qu’il avait tentée de prendre : « Oui, ai-je dit, c’est ce que Marie aurait pu penser, à ce moment, si elle était allée à l’école au-delà du certificat d’études primaires […] et qu’elle avait su ce que c’était un labyrinthe, qu’elle eût été capable de comprendre que le Minotaure se trouvait non pas dans un coin de la tranchée, avec un visage de fantassin allemand, mais en elle-même, dans le dédale de sa douleur. »

  1. Lat. « Que la lumière soit, et la lumière fut ».
  2. All. Merci beaucoup.
  3. Folio, 4225.
  4. Gas.Chardonnerets.

MASQUÉS

© Sèrgi Javaloyès

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Chronique parue aujourd’hui samedi 11 avril 2020 à la page Débats de La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei dissabte 11 d’abriu 2020 a la pagina Débats de La République des Pyrénées

Un seul mot hante nos jours : masque ! Après les atermoiements gouvernementaux, on se voit contraint de trouver une solution idoine qui nous permettra de réaliser ce précieux ustensile ou d’en acheter sur la toile qui regorge de sollicitations souvent malhonnêtes. On peut aussi en commander à des entreprises locales reconverties illico dans leur confection.

J’écoute, tous les soirs, les décomptes et commentaires de Jérôme Salomon, fort clairs du reste, et j’imagine — le confinement pousse à la divagation mentale ! — que le déconfinement, dont le président annoncera les modalités lundi soir, exigera la démultiplication de ces protections et des tests sérologiques. Nous sommes 66 millions, et ce chiffre donne le tournis. La tête d’Édouard Philippe et celle d’Emmanuel Macron sont-elles prises de vertiges ?

La situation internationale — mis à part l’Autriche et les pays d’Europe centrale ; doit-on en douter ? — montre combien la sortie de cet « encierro » (1) sans taureaux, sera complexe et longue.

Nos dirigeants sont pris entre deux feux d’égale dangerosité : un confinement trop long provoquerait une crise économique et sociale que notre pays n’a jamais connue jusqu’alors. En revanche, le déconfinement pourrait nourrir une réplique de l’épidémie. Ce qui nous ramène aux masques et aux tests, seuls moyens d’affronter la première et l’éventuelle seconde vagues.

Une poignée d’entreprises profitent de l’aubaine pour augmenter sensiblement le prix de leurs produits.  Ceci creuse, une fois encore, le fossé entre ceux qui les acquièrent et ceux qui ne peuvent se les procurer. J’ai vu, hier, un tutoriel de fabrication de masques « de casa hèit » (2). Il met en scène un citoyen espagnol. Il est plein d’humour. Il concluait par ces mots « más sencillo no se puede ! » (3) En revanche, la tâche présente et à venir de nos dirigeants, qui ont bêtement menti sur la quantité de masques disponibles aux premiers jours de la pandémie, ne sera en rien facile. Hélas !

  1. Esp. Lieu où on enferme; aussi, parcours fermé à Pampelune/ Pampalona où les « pamplonicos » courent devant les taureaux qui participeront en fin d’ après-midi à la corrida.
  2. Gasc. Fait à la maison.
  3. Esp. Plus simple ce n’est pas possible. VID-20200409-WA0005.mp4