AVANT, C’EST PAS L’HEURE

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Jeudi soir, j’ai oublié l’entretien d’Édouard Philippe sur TF1. Mais, me voulant prévenu, j’ai regardé le « replay », comme on dit dorénavant en français. Et là, qu’est-ce que j’entends ? Déconfinement ! Et quelques instants après qu’il n’était pas prévu pour demain. J’ai été stupéfié par cette imparable injonction paradoxale.

Vous me direz, ce n’est pas la première. En effet, il y a peu, J.-M Blanquer nous annonçait le retour, le 5 mai prochain, de nos enfants dans leurs classes respectives… Hier matin, ce même ministre précisait que le vieux bac vivait ses derniers instants et qu’il serait rajeuni et confiné. Les élèves concernés resteraient donc chez eux jusqu’à l’été. Ne parlons pas du 2ème tour des municipales qui se dérouleront quand les palombes passeront dans notre ciel de septembre ou d’octobre. Qui sait pour « Marteror » ? (1) Maintenant tout semble possible ! Ce matin, je ne sais pas pourquoi, le besoin d’évasion sans doute, j’ai imaginé l’annulation des « Sanfermines » (2). Tous les « hestaires » (3) — ils sont légion par ici ! — à cette annonce risquent de tomber en dépression. Ils s’en remettront, j’en suis sûr.

J’ai poussé plus avant mon désir d’informé. J’ai lu, comme à l’accoutumée, « Naciódigital », le quotidien numérique catalan, titrant « Espanya suma 932 morts més per coronavirus i és ja el país d’Europa amb més contagis. »  (4) J’ai été accablé par le nombre de décès qui n’y cesse d’augmenter ; par un peuple qui revoit, avec angoisse, l’armée patrouiller dans les rues, comme jadis. J’ai été particulièrement alarmé par ces centaines de cercueils posés à même la glace d’une patinoire à Madrid. C’est désormais le cas dans une chambre froide du marché de Rungis. Cette terrible pandémie nous met devant le fait accompli. Rien ne sera plus comme avant. Le jour d’après, dit-on. Ses promesses seront-elles tenues ?

1. Toussaint

2. Feria de Pampelune

3. Fêtards

4. L’Espagne compte 932 morts de plus par le coronavirus et il est déjà le pays d’Europe avec le plus de personnes contaminées.

HÉROS & HÉROÏNES

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénée

Chronique parue le samedi 28 mars 2020 dans la page Débats de La République des Pyrénées// Cronica parescuda lo dissabte 28 de mars 2020 en la pagina Débats de La République des Pyrénées.

Héroïnes et héros

Vers six heures, lorsque la nuit ignore encore le jour, on pense aux heures qui s’enfuiront jusqu’au soir, lorsque le crépuscule se glissera paisiblement dans le lit encore tiède de notre terre béarnaise. Notre temps est devenu durée. Plus ou moins longue, suivant le programme que nous nous sommes donnés la veille. Nous ne le respecterons sans doute pas car ce temps immobile est une vacance hypnotique qui pousse à l’endormissement. Le temps s’étire, en effet, comme un long soupir que l’ennui instille au cœur du confinement.

Franchement, je n’ai pas à me plaindre. Je suis, comme vous peut-être, un privilégié. La lecture des journaux du confinement d’écrivaines primées (1) —un autre virus nombriliste qu’on ne pourra arrêter ! — par des quotidiens nationaux, m’a « beròi esmalit » (2). Un coup porté à tous ceux qui souffrent, en silence, de cette épidémie qui n’est pas près de s’éteindre.

Je regardais hier soir — « mea culpa, maxima culpa », j’ai cédé à la sollicitation des chaînes d’info en continu ! — les images d’un hôpital parisien dont j’ai oublié hélas le nom. J’y voyais l’image même de la catastrophe présente et à venir. J’y voyais, aussi, combien tous les soignants combattaient héroïquement ce virus assassin. D’aucuns même en étaient contaminés et d’autres en avaient succombé !

Une vraie bataille livrée contre un ennemi invisible qui tue plus que nos autorités ne le pensaient au mois de janvier dernier. Pour avoir fréquenté, il y a longtemps, le service d’infectiologie du centre hospitalier palois, j’y ai acquis la conviction que tous ceux qui y travaillent, sans compter leurs heures et leur fatigue, méritent plus que notre reconnaissance.

De surcroît, médecins, infirmières et infirmiers — je me refuse, je sais, je suis un réactionnaire, au « nhirgo » (3) de l’écriture inclusive — aides-soignantes et aides-soignants, sont encore mal rémunérés. L’humain, pourtant, n’a rien à faire de la vision comptable de Bercy qui a pratiqué, pendant plus de trente ans, des coupes budgétaires qui ont mis l’hôpital public à genoux.

  1. Leila Slimani et Marie Darriussecq, entre autres…
  2. Mis bel et bien en colère.
  3. Sabir.