JUSQU’À NOUVEL ORDRE…

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Chronique parue ce jour, 14 mars 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées/Cronica pareguda uei, 14 de mars en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

Hier matin, l’aube était grise et fraîche. L’orage nocturne avait déversé toute sa « malícia » (1) sur la vallée. Seuls les merles amoureux, les pinsons et les bergeronnettes chantaient la naissance d’un jour nouveau. Pourtant, nous étions encore sous le coup de la déclaration de notre jeune président où il avait annoncé un « branle-bas de combat national », inédit depuis sans doute l’épisode meurtrier — il fit plus de victimes que le conflit mondial — de la grippe espagnole à la fin de la 1ère Guerre mondiale.

La famille réunie constatait que sa vie quotidienne allait sensiblement changer. Son « Quoi qu’il en coûte ! » disait qu’il avait pris conscience que nous allions passer jours, semaines et mois à venir dans la peur de l’infection. De surcroît, le vaccin n’étant pas d’actualité, nous affronterions ce futur dans la plus grande des incertitudes. À entendre, en effet, les scientifiques et spécialistes l’épidémie pousse inéluctablement son avancée infectieuse dans de nouveaux territoires. De plus, elle touche désormais des personnes plus jeunes. Nous faut-il imaginer une autre vie, claquemurés chez soi ?

J’ai pensé à « Le Hussard sur le toit » (2) de Jean Giono, cet extraordinaire roman d’aventure dont j’ai eu à traduire en gascon le rôle d’Angelo — Olivier Martinez semble être passé à côté de son rôle et de Juliette Binoche… mais qu’importe ! — dans la version occitane du film de J.Paul Rappeneau, effectuée par « Contà’m » (3). En voici l’intrigue : « Poursuivi par la police politique autrichienne, Angelo, un officier patriote italien, traverse la Provence alors que le choléra y tue, par milliers, ses habitants qui n’ont d’autre recours que la claustration ou la fuite. Les soldats bloquent, pour cela, routes et chemins pour éviter la propagation de cette bactérie que nulle frontière ou armée n’arrête. Le Hussard nous dit, deux siècles avant le Covid-19, combien, au siècle du capitalisme mondialisé et financiarisé, notre monde semble démuni face à ce satané virus. Le sera-t-il encore demain ? Sans doute « jusqu’à nouvel ordre ! »

  1. Colère.
  2. Folio, Gallimard, 1995.
  3. http://contam.fr/?lang=fr

 

VACUITÉ

© Sèrgi Javaloyès

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Chronique parue aujourd’hui samedi 7 mars 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées.// Cronica pareishuda uei dissabte 7 de mars 2020 en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

Je ne sais pas ce que diront les historiens de cette période mais dans l’immédiat je suis tenté de dire que ce satané virus a bel et bien contaminé l’ensemble de la vie quotidienne des citoyens de ce pays. Les réseaux sociaux s’excitent et alimentent toutes les frayeurs imaginables et inimaginables que le « complotisme » distille chaque jour.

En effet, il ne se passe pas une seconde sans que les médias, et particulièrement les chaînes d’information en continu, ne diffusent et commentent l’épidémie qui est en passe de passer au stade 3… Le virus viendra-t-il jusqu’à nous ? Étrangement — cela ne durera guère, sans doute — nous sommes passagèrement ménagés. L’avantage de l’éloignement géographique dont nombre de nos élus ne cessent de se plaindre.

Ceci dit, je constate que les élections municipales, que d’aucuns voudraient annuler, se voient, elles-aussi, impactées par la « chronique de la contagion annoncée ». Certains prévisionnistes pressentent même une forte abstention des personnes âgées. Est-ce que le vent de panique qui souffle, ici ou là, va modifier les résultats attendus ou espérés, le dimanche 15 mars au soir ? Covid19 seul le sait !

La peur qu’il provoque en revanche a fait déjà des ravages dans les têtes de nos chers Béarnais. L’autre jour, parcourant les rayons d’un supermarché de la Vath Vielha (1), j’ai vu, de mes yeux vu, qu’on avait dévalisé pâtes, laitages, beurre, etc. Je vous en épargne la liste complète ! Alors que je me garais, sous la « plojassa » (2), j’ai constaté que l’immense parking était quasiment désert. Tout semblait pris de malaise, bien que la « ventesca » (3) piquât une nouvelle crise de nerfs dont il a le secret. De plus, l’éclairage public ne fonctionnait pas. Je ne sais pas pourquoi cette vision m’a bien plus troublé que l’incessante sollicitation des médias sur la contagion à venir. Ici, à quelques encablures d’une montagne à la neige revenue, cette vacuité, une absence, me parlait de l’angoisse qui fait de notre existence une question trop souvent sans réponse…

  1. Vallée du gave de Pau.
  2. Forte pluie ; déluge.
  3. Vent fort accompagné de pluie ou de neige.