L’ÉTERNEL RECOMMENCEMENT

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Chronique parue le samedi 29 février 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées// Cronica pareishuda lo dissabte 29 de heurèr 2020, en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

Quinze ans en arrière, nous nous sommes vus, ma femme et notre jeune fils, à faire la queue dans la salle Balavoine à Visanòs, consacrée habituellement aux spectacles. Un virus, appelé SRAS (1), arrivé de Chine, menaçait l’ensemble de la population française et mondiale. Un vaccin avait été heureusement trouvé et nous attendions, là, pour en bénéficier, comme des centaines de personnes à nos côtés.

Cet étrange et inquiétant spectacle nous parlait de la peur et des angoisses que ce « syndrome respiratoire » provoquait chez nos compatriotes. Les enfants en bas âge, les femmes enceintes, les personnes âgées et malades étaient prioritaires, bien que certains « mahutres » (2) pratiquaient allègrement la resquille, comme ils l’avaient toujours fait. L’esprit civique est souvent dévoyé par ces tristes sires qui font du mal à notre vivre ensemble. D’autres, en rouspétant, allaient au vaccin comme des prévenus fraîchement condamnés à la prison à vie…

Dire que nous n’avions pas peur serait mensonger et prétentieux. Nous pensions surtout à notre descendance, comme les autres parents dans leur file d’attente respective. L’ambiance était tendue, irréelle. Nous fûmes finalement vaccinés, et le SRAS s’épuisa in fine

Ce jour, nous voici confrontés à un nouveau virus chinois qui nourrit la même peur et les mêmes angoisses que naguère. Peut-être, sait-on jamais ?, reviendrons-nous à la salle Balavoine ? Pour l’instant, l’Institut Pasteur et d’autres laboratoires — les enjeux économiques sont grands ! — se démènent pour trouver un vaccin contre ce satané « coronavirus ».

Hier matin, j’ai attrapé « La Peste » (3) d’Albert Camus qui se déroule dans ma ville natale, en Algérie. Je l’ai feuilleté et ai retrouvé un passage que j’avais souligné, il y a fort longtemps, comme l’antienne d’une humanité oublieuse : « Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu autant de pestes que ce guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. »

  1. Syndrome respiratoire aigu sévère.
  2. Malotrus
  3. Folio, 1972.

ÉLECTIONS ?

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Chronique parue hier samedi 22 février 2020 dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées// Cronica parescuda ger dissabte 22 de heurèr 2020 en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

Faut-il parler des élections municipales ? Une poignée de lecteurs m’ont fait le grief d’éluder la question qu’ils disent cruciale pour la vie quotidienne de nos concitoyens de la plaine, des coteaux, du piémont, des vallées et de la montagne. Avec ou sans neige…

J’habite un village de la vieille vallée du gave où je n’aurai pas l’embarras du choix. En effet, une seule liste se présente devant les électeurs, celle du maire sortant. En ce qui concerne les communes environnantes, je constate que les listes foisonnent… Ce qui démontre, s’il le fallait, que ces élections locales n’ont pas encore été touchées par le désenchantement qui s’était exprimé par une forte abstention aux derniers scrutins nationaux et européens. De surcroît, c’est une vraie satisfaction : de nombreuses femmes mènent les listes concernées !

« Per venciva » (1), peu se revendiquent des courants de pensée qui nous étaient jusqu’alors familiers. Il y a quelques années encore, dans le moindre bourg, les listes affichaient leur appartenance politique, à l’instar des partis dont les candidats se réclamaient. Là-aussi, le monde a changé.

Je vois ici de curieuses combinaisons, fruits d’un mélange qu’on désire astucieux. « Sans étiquette ! », comme on disait naguère. Là, des mariages de raison conclus in extremis. Plus loin, on a préféré un divorce tumultueux au « constat à l’amiable »…

La complexité gagne chaque jour un peu plus sur la clarté. À tel point, qu’il faut, parfois, posséder une « pierre de Rosette politique » pour décrypter les alliances inattendues, sans compter avec les allées et venues de candidats, transfuges d’un jour ou d’une semaine. Les villes de Pau, d’Auloron et d’Ortès dérogent, semble-t-il, à la règle. On s’y affronte, au grand jour, sans « pissotejar » (2).

Dans la cité de Febus, que j’ai hantée dans une autre vie, les élections prennent toujours un tour incroyablement complexe. On y consulte même les esprits de la forêt pour en connaître les résultats. Enfin, quand ils acceptent de s’exprimer !

  1. En revanche.
  2. Lésiner.