AMOR

© Sèrgi Javaloyès

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Chronique parue aujourd’hui dans la page Débats du quotidien régional La République des Pyrénées//Cronica pareishuda uei en la pagina Débats deu diari regionau La République des Pyrénées.

 

« Quand on a que l’amour/ À s’offrir en partage/ Au jour du grand voyage/Qu’est notre grand amour (…) », chantait, naguère, Jacques Brel. Ma mémoire me dit que je l’ai entendu lors d’un mariage, il y a très longtemps. Elle couronnait la sortie des époux de l’église du bourg. J’avais trouvé la chanson vieillie, pleine de bons sentiments qui, comme nous le savons, pavent l’Enfer. J’étais imbibé de rock anglo-saxon ; de surcroît, un « gojat » amoureux d’une « nana » qui se moquait éperdument de cet étudiant timide qui ne savait que faire, face à la désinvolture féminine qui le naufrageait. Il ne comprenait pas ce qui se jouait là. J’ai su, bien après, en lisant « La Vie de Marianne » (1) ce qu’il en retournait.

Aujourd’hui, la chanson de Brel semble résonner comme le dernier soupir d’un temps révolu. Désormais, rien ne nous est épargné. La Saint-Valentin, en effet, nous assène sa désespérante logorrhée publicitaire. L’amour est devenu, en quelques années, une marchandise lancée sur le marché du sentiment amoureux qui ne sait plus où il habite.

Nul n’est à l’abri de ces appels incessants au consumérisme passionné. L’obscénité n’est pas où nous la croyons. La mésaventure numérique de Benjamin Griveaux nous en donne la preuve éclatante. Un exilé russe, manipulateur et pervers, a posté la vidéo en question pour faire mal au candidat à la mairie de Paris. Il a réussi son coup bas. Les réseaux sociaux ont charrié cette ignominie. Que voulez-vous l’intelligence du mal anéantit le rêve que nous avons du bonheur. Ce n’est pas demain la veille que cette descente aux Enfers fera long feu.

J’ai pensé à « La Pesanteur et la grâce » (2), de Simone Weil, ce chef d’œuvre encore ignoré. On y trouve la profonde et sidérante parole de celle qui mourut à Londres, près de Charles de Gaulle, après qu’elle eut combattu dans les rangs des Républicains, pendant la Guerre d’Espagne. « L’amour tend à aller toujours plus loin. Mais il a une limite. Quand la limite est dépassée, l’amour se tourne en haine. Il faut, pour éviter cette modification, que l’amour devienne autre. »

 

  1. Classiques, Le Livre de poche.
  2. éditions Plon.

INCORRIGIBLE !

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IMG_2807Chronique parue dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées, le samedi 8 février 2020// Cronica pareguda en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées, lo dissabte 8 de heurèr 2020.

Certains vont dire que leur « cronicaire deu dissabte » (1) parle une fois encore du « temps qu’il fait », comme si l’actualité du proche et du lointain n’était pas prioritaire. Je le confesse, le climat m’intéresse depuis les temps anciens lorsque je fréquentais épisodiquement les cours de géographie à la Faculté des Lettres de Pau. C’était il y a bien longtemps quand les saisons étaient, plus ou moins, à leur place. Je ne crois pas enjoliver le souvenir qui m’en reste.

Michel Chadefaud, notre professeur, nous y enseignait les rudiments de la climatologie avec ses dépressions, ses anticyclones, ses fronts froids et chauds, etc. Je ne comprenais guère ce qu’il nous disait. Je m’étais, sans doute, sauvé au pays brumeux où le rêve faisait sa vie. Pourtant, cet éveil au climat et aux climats a porté ses fruits tardifs. J’affirme, envers et contre tout, et contre tous s’il le faut, que l’hiver, le vrai de vrai, est derrière nous.

L’autre jour, à ma pharmacie préférée, j’expliquais, non sans mal à la pharmacienne et ses deux collaboratrices, ce qui caractérise le dérèglement climatique, en évoquant les chaleurs printanières répétées et anormales transportées par ce « hilh de pica » de foehn qui dure depuis bientôt quatre semaines.

Un vieux ressortissant du Bas-Ossau a dressé l’oreille, m’a souri et retourné qu’il avait toujours connu ces phénomènes et qu’il n’y voyait pas d’inconvénients majeurs, bien au contraire. Franchement, je ne me voyais pas me lancer dans un débat sans fin. Pensez, contre la « vox populi », j’étais battu d’avance.

Hier, à 15 h, il faisait un petit 20°celsius, avant-hier guère moins. N’importe, les gens que je rencontre, ici ou là, s’en satisfont car le soleil est toujours bon à prendre et qu’ils pensent déjà à leurs vacances futures… Cet été quand le thermomètre indiquera 38°, 39°, 40°, 41°, une fièvre carabinée !, que diront-ils ? Allez, ne vous fâchez pas, je suis incorrigible !

  1. Chroniqueur du samedi.