VIRALEMENT VÔTRE

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Dans ce siècle nouveau tout est devenu viral : la haine, la violence, le mensonge, la pornographie, l’antisémitisme, et le complotisme sous toutes ses formes. Le cas de la jeune Mila en marque sans nul doute l’extrême intensité. Elle a insulté l’Islam et non pas les Musulmans comme une gauche égarée l’a prétendu. C’est pourtant elle qui a subi menaces de viol, de mort, que sais-je encore ?, l’obligeant à changer d’établissement scolaire et de lieu de résidence. Mme Belloubet, agrégé de droit, professeur des Universités, y a été de sa confusionnelle déclaration… mélangeant haine raciale et blasphème que cependant notre Constitution dispense de toute poursuite judiciaire.

Une viralité coriace et mutante se développe, notamment sur les réseaux sociaux à chaque seconde de notre temps accéléré. Elle développe la violence d’une minorité de croyants d’une religion qu’ils dévoient et politisent à dessein. Ceux-là enfantent, comme les évènements dramatiques de ces dernières années nous l’ont appris, une pensée malfaisante et dangereuse.

Les incessantes avancées technologiques dont nous bénéficions presque tous, permettent à tout un chacun de déverser, sous le plus strict anonymat, des tombereaux d’insultes quand ce ne sont pas les rumeurs des plus délirantes. Voyez, la panique engendrée par le coronavirus. Elle est désormais exploitée par des milliers d’utilisateurs de Twitter ou FaceBook qui répandent la peur millénaire d’une nouvelle peste dont Albert Camus a magistralement parlé. Déjà, les restaurants asiatiques sont désertés en région parisienne ; nos compatriotes originaires d’Asie se voient suspectés, ostracisés. Le vieux virus du racisme qui ne demandait qu’à se manifester, est revenu « a hum de calhau ! » (1)

 

  1. À pleins gaz !

LES YEUX FERMÉS

© Sèrgi Javaloyès                                      © La République des Pyrénées

Chronique parue ce jour, 25 janvier 2020, dans la page Débats du journal régional La République des Pyrénées. // Cronica pareguda uei, 25 de genèr 2020, en la pagina Débats deu diari regionau, La République des Pyrénées.

 

Après la lecture de « C’est en hiver que les jours rallongent » (1) de Joseph Bialot, où il conte sa vie au camp d’extermination d’Auschwitz – Birkenau, je m’étais aperçu que je n’en avais pas lu l’exergue. « Question posée à un déporté rescapé qui devint rabbin après trois ans de camp : — Où était Dieu à Auschwitz ?  Réponse : — Où était l’homme ? » Cette phrase m’a renvoyé à « Si c’est un homme ? » (2), le chef d’œuvre de Primo Levi, premier livre que j’avais lu sur l’Holocauste. Mon père avait pénétré le camp de Natzweiler-Struthof, en Alsace annexée à l’Allemagne nazie. A la fin de sa vie, je lui avais demandé ce qu’il avait ressenti à la vue de cette horreur absolue. Il m’avait répondu non sans mal. Les mots ne lui venaient pas… Il me raconta qu’un juif oranais, en arrivant dans le camp (ils s’étaient liés d’amitié depuis le débarquement en Provence) lui avait dit, stupéfait : « Je me demande où est passé Dieu ! » « Il a fermé peut-être les yeux ! » lui a lancé mon père. J’avais tenté de pousser plus loin mes questions. Il s’était tu. La mémoire de cette découverte le hantait encore. Il avait de surcroît subi les affres des combats au front, puisqu’il y fut gravement blessé. Au moment où la haine des Juifs concerne désormais l’ensemble de la planète, on se met à craindre avec angoisse ce que nous pensions disparu à jamais de la surface de la terre. Le 75 ème anniversaire de la libération d’Auschwitz – Birkenau par les troupes soviétiques nous redit la formule souvent répétée par mon père : « Plus jamais ça ! » Le 27 janvier 1945. Joseph Bialot écrit: « Certains taulards vont et viennent, refusent l’évidence, alignent toujours des mots sans suite. Je n’ai jamais vu depuis des regards pareils. Jamais. A quoi s’ajoute l’incrédulité. — Tu crois vraiment qu’on est libre ? /— Ce sont des russes ? Tu en es sûr /— Et les SS ? Où sont les SS ? Et l’homme méfiant, retourne près des soldats, essaye de leur parler en français, en allemand. Le troufion ne comprend rien, sourit et se laisse embrasser ou serrer entre les bras maigres des garçons qu’il vient de sortit d’un charnier. »

  1. éd. du Seuil, 2002.
  2. Pocket, 3117, 2004.