CHRONIQUE PARUE CE JOUR, 14 JUIN 2025 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
CRONICA PARESCUDA UEI, 14 DE JUNH 2025 A LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
La touffeur mollement s’épuisait. L’orage tournait comme une buse au-dessus de nos têtes. La petite nuit se glissait dans le lit encore brûlant d’une journée torride. Le ciel était impénétrable. J’ai regardé son profond et vaste océan qui n’a jamais de fin. Notre galaxie n’est pas seule au monde. On en compte des milliards, je ne sais où. Cette ignorance ne me préoccupe plus, les années m’ont fait lentement raisonnable. Tant de vérités m’échappent, que je n’apprivoiserais jamais. Un renoncement parmi tant d’autres, qui ne me désespère pas.
Il y a bien plus grave, chaque jour amène son lot de drames et de tragédies qu’une sinistre actualité déverse sur nos têtes. La nuit tombait sur la vallée, la rumeur des derniers véhicules, une moto bruyante. J’ai pensé à l’adolescent et à son couteau de cuisine que sa mère ou son père ont dû utiliser pour lui préparer ses repas. J’ai pensé aussi à sa victime, une jeune mère de famille qui ne faisait que son travail. Je ne comprends plus ce monde à feu et à sang qui défile devant mes yeux fatigués. Elle court comme une dératée. Allez la rattraper sans risquer l’évanouissement ? L’oxygène nous manquera, fatalement.
« Lo tron » (1) a résonné sur les montagnes. Une averse, une seconde, et une tendre fraîcheur est arrivée. Je suis resté assis sur ma chaise en attendant la lune. Enfant, je lui confiais mes secrets. Elle, au moins, m’écoutait. Ce soir-là, elle ne s’est pas montrée. La pleine nuit était pacifique. Les grillons ont stridulé à nouveau. Le chien s’est couché près de moi, il pleurnichait : la peur de l’orage.
L’espace, auquel j’appartiens, est une immense salle d’attente, me suis-je dit. J’attendais un signe qui ne viendrait pas. Je me suis évadé là-haut, là-bas, au fin fond de la voie lactée où je me suis égaré. J’ai fermé les yeux et j’ai murmuré au chien, apaisé :
« Aquela estela es quauque fuòc/ perdut au còr de la montanha. / Lo cèl es negre com un bòsc ; lo vent escoba las gravasses » (2).
1. Le tonnerre.
2. Max Roqueta, Las Abelhas dau silenci, éd. Jorn, 2025.
« Cette étoile, c’est quelque feu/ perdu au cœur de la montagne. Le ciel est aussi noir qu’un bois ; / le vent balaie les graviers.«

