UNE OCCASION POUR LA VIE

Chronique parue dans la page « Débats » de La République des Pyrénées, le samedi 7 décembre 2019// Cronica pareishuda en la pagina « Débats » de « La République des Pyrénées,lo dissabte 7 de deceme 2019.

© Sèrgi Javaloyès © La République des Pyrénées

La publicité est désormais omniprésente sur toutes les chaînes de télévision, même celles qui nous semblent confidentielles. Elle ne fait jamais grève. Si elle la pratiquait de temps à autre, j’en serais soulagé, vous aussi peut-être. Il ne faut pas rêver, une télévision sans « pub » relève de la pure utopie ou du courage politique qui n’est pas courant par les temps qui courent. On dit que cela fait marcher l’industrie et encourage la création d’emploi… Sans doute, mais ne pourrait-il pas exister une chaîne vierge de tout message commercial ?

Hier soir, j’ai vu incidemment une « pub ». Elle m’a étonné. Elle montrait, dans une semi-obscurité propice aux confidences, un homme bedonnant, d’une soixantaine d’année, étendu sur le divan d’un psychanalyste. Le patient a devancé son « psy » : « Je crois avoir compris ma relation avec ma mère… » Le jeune praticien, portant lunettes, carnet et crayon à la main — il se commet dans un autre spot où il fait l’obstétricien…— lui a annoncé alors, avec une voix apprêtée, qu’il devait, en toute urgence, profiter des offres promotionnelles Renault…

Notre homme en était tout chamboulé. Il consentait néanmoins à suivre l’injonction commerciale de son thérapeute qui lui a lancé, en outre, que s’il ne s’y rendait pas, il manquerait l’occasion de sa vie. L’homme s’est relevé, a attrapé sa veste, et demandé en retour, s’il pouvait y aller… Le thérapeute, lui a répondu : « Dépêchez-vous, parce qu’après cela sera trop tard ! » Tout était dit. Celui qui était en quête d’une réalisation personnelle s’est transformé en acquéreur pressé d’un « Captur », qui porte bien son nom…

L’annonce reprend tous les codes d’une séance de psychanalyse, connus du plus grand nombre. J’y ai vu la caricature d’une période où tout est fait et dit pour nous inciter à acheter des voitures, qu’elles soient essence, hybride ou électrique. On dira que cette publicité, comme les milliers d’autres que nous subissons chaque jour — certains les regardent attentivement —, détourne la réalité connue pour en fabriquer une autre perfide à souhait. Une fois encore, l’humain y est évacué pour laisser la place à un matérialisme insidieux.

BLACK IS BLACK IL N’Y A PLUS D’ESPOIR

© Sèrgi Javaloyès © La République des Pyrénées

Chronique parue le samedi 30 novembre 2019 dans la page « Débats » de La République des Pyrénées// Cronica parescuda lo dissatbe 30 noveme 2019 en la pagina « Débats » de La République des Pyrénées.

Auditeur matinal de France Inter ou de France Culture, je me suis vu contraint, hier matin, de rompre avec mon habitude qui est, comme nous le savons tous, une seconde nature. J’ai donc tourné le bouton de mon vieux poste de radio, et me suis rendu sur RTL, Europe 1 et Sud Radio. Et là, ce que j’avais déjà mal enduré la veille dans ma petite Citroën, m’était livré une fois encore, sans ménagement. Le « Black Friday » (1) était claironné « a tot pip pap » (2). Dans ce pilonnage que dis-je ? bombardement, Amazon se taillait la part du lion. J’étais à bout et ai crié « hartèra ! » dans notre cuisine. Je suis sûr que les deux poissons, dans leur aquarium, en ont tremblé de peur.

C’était en effet un vendredi noir. Noir sur noir ! Un sombre vendredi où il fallait fuir en Patagonie ou au sommet du K2 pour ne pas être assommé par ce raffut publicitaire. Je ne sais toujours pas pourquoi je n’ai pas cassé le poste. L’âge, sans doute…

J’ai alors allumé la télé et suis tombé sur une interminable série de spots publicitaires où les « bagnoles » occupaient tout l’espace. J’étais désormais cerné. Consumérisme à tous les étages ! Il y avait de quoi piquer une belle crise de nerfs. Je me suis demandé si bientôt il n’y aurait pas un « vendredi noir » pour vendre à moitié prix nos âmes rétives.

Pourtant, il ne se passe pas un jour, une heure, une minute sans qu’on nous promette un magnifique bouleversement climatique. En même temps, on nous encourage à acheter les yeux fermés, le plus vite possible, des « produits » souvent inutiles dont la fabrication, le transport et la commercialisation ont des effets dévastateurs sur le climat. Vous me direz que ceux qui devraient et doivent s’en préoccuper ne sont pas à une contradiction près. Le capitalisme mondialisé est sans foi ni loi. Il achète et vend, vend et achète. D’évidence, le devenir de l’humanité est le dernier de ses soucis !

1. Le lendemain de la fête duThanksgiving aux États-Unis.

2. À tout propos.