ÉPIDÉMIES

Chronique parue hier, samedi 23 novembre 2019, dans la page « Débats » du quotidien La République des Pyrénées// Cronica parescuda ger, dissabte 23 de noveme 2019, a la pagina « Débats » deu diari La République des Pyrénées.

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Je relisais, hier soir, les sautes d’humour de Churchill (1) — à lire absolument — quand l’une d’elles m’a frappé. « La politique est presque aussi palpitante que la guerre et au moins aussi dangereuse. À la guerre, on ne peut se faire occire qu’une fois ; en politique, maintes et maintes fois ». La politique est devenue plus violente que du temps du « vieux lion ». Les réseaux sociaux, en effet, l’ont exacerbée jusqu’au paroxysme. Les discours, lapsus, gestes d’un élu, artiste, journaliste ou d’un « anonyme », se propagent comme une épidémie. L’information est alors virale. Ne parlons pas des émissions programmées par les chaînes d’information en continu. On y voit des personnalités choisies pour leurs opinions contradictoires voire conflictuelles, débattre des saillies que Twitter, Face Book ont diffusées précédemment.

La vie politique française n’échappe pas à cette tyrannie. Elle s’est convertie à la production intempestive de commentaires sur tout et son contraire ; avis qui n’en finissent pas de dissimuler la réalité vraie qui nourrit « Le sentiment tragique de la vie », cher à Miguel de Unamuno. Cet espace numérique infini est le royaume de l’anonymat et de la lâcheté où le dérisoire côtoie l’ignoble ; la délation, la violence assassine. Voyez ce qui arrive à Zineb el Rhazoui (2), cible des islamistes radicaux : victime du tribunal médiatique, de sa justice expéditive, digne des pires régimes totalitaires. Que de menaces de mort promises à qui défie l’uniformité, souvent mensongère, de ces milliers de contributeurs ! Chaque seconde, l’anonyme bienheureux apporte son idéologie, son dogme, son intolérance, sa névrose… Il juge le monde à l’aune de son seul regard et, parfois, de son ignorance. Péguy a écrit que « tout commence en mystique et finit en politique ». Aujourd’hui, tout s’achève par un tweet haineux ou un post « hastiau » (3) !

1.Les sautes d’humour de W. Churchill, Petite biblio Payot, 2017.

2. Survivante de l’attentat du 7 janvier 2015 contre « Charlie Hebdo ».

3. Dégueulasse.

TOUJOURS SECONDS ?

Chronique parue ce jour, samedi 16 novembre 2019 dans la page Débats de La République des Pyrénées.//Cronica parescuda uei, dissabte 16 de noveme 2019 en la pagina Débats de La Répubique des Pyrénées.

© Sèrgi Javaloyès

© La République des Pyrénées

Je ne sais pas pourquoi, j’ai admiré Anquetil. Quand je tente de me remémorer ces vieilles années, je me vois jouer à l’été 1964, avec mon ami Jean-Bernard, au tour de France, au jardin public de Nay. Nous profitions des rigoles nourries par le canal de l’Agau (1) pour faire concourir Anquetil et Poulidor qui avait sa faveur. « Anquetil, disait ma mère, était bel homme ». Ce n’est un secret pour personne qu’il eut une ribambelle de succès féminins. Il était l’archétype du jeune premier que le cinéma étasunien nous donnait à admirer. Il attirait la lumière de la gloire.  Je voulais sans doute lui ressembler. En revanche, Poulidor (2) dont le nom annonçait déjà sa popularité future, en était l’antithèse. Fils de métayers de la Creuse, il parlait limousin, comme Victor Lanoux, enfant juif placé par ses parents en 1940 chez des paysans creusois. Sa pugnacité et, paradoxalement, sa malchance firent de lui un anti-héros dans lequel des milliers de Français se retrouvaient. En 1964, Anquetil remporta le Tour. La France sortait à peine des turbulences politiques de la Guerre d’Algérie. Le Béarn semblait vivre loin de l’agitation d’un Paris où tout se pensait, se décidait, se créait et se recensait. Notre quotidien semblait prendre son temps. Seule, la télévision orientée et surveillée par le pouvoir gaulliste nous proposait des images lointaines de la Guerre Froide. L’ennui guettait déjà, comme le dira plus tard Viansson-Ponté, dans « Le Monde », en mars 1968. Le tour venait égayer cette fausse léthargie où les joies et les drames continuaient pourtant de scander l’actualité béarnaise. Nous étions, paraît-il, des « provinciaux » qui parlaient encore « patois » (3) comme la rumeur parisienne dénommait cet idiome, de mille ans d’âge. Au fond, nous étions les régionaux de l’étape. On nous laissait passer en tête dans notre ville ou village. Hélas, ce n’était qu’une faveur passagère. Ce fut le cas pour Raymond Mastrotto. Les grands lui permirent de traverser Nay, mais lui en profita vers Bourdetas, pour gagner l’étape Luchon-Pau, le 18 juillet 1967.

1. Le canal du canal, joli pléonasme.

2. Beau, beauté, oc-limousin.

3. CNRTL. 1285, « langue incompréhensible, grossière ».