CHRONIQUE PARUE CE JOUR SAMEDI 19 AVRIL 2025 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA UEI DISSABTE 19 D’ABRIU 2025 EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
Un ciel pur. Le sourire d’un matin presque troublé par de braves nuages à l’Ouest. Un léger souffle passe et repasse. Les arbres en frissonnent. La grâce d’un moment fragile. C’est pieds-nus que j’ai foulé la froide terrasse. J’ai découvert et recueilli un minuscule escargot que j’ai vite posé dans l’herbe. Elle est haute et fleurie, et je ne sais pourquoi le sentiment d’une paix inopinée me saisit.
Et Dieu sait, si je ne suis pas de ces paisibles que j’ai croisés et enviés tout au long de ces années. « J’ai fait avec ! » Naguère, l’anxiété était sans cesse à mes côtés. Une amante fidèle et parfois délirante dont je n’ai jamais su me séparer. Peut-être est-ce cet amour paradoxal qui m’a poussé à aimer ce paysage familier que l’exil m’a fait découvrir ?
Chaque vendredi, je m’étonne, lorsque je m’attelle à ce billet, de la force persévérante de cette vision initiale. Elle ne m’inspire nullement. Elle m’habite, telle une présence active. L’écho réitéré d’une harmonie que l’âme seule nourrit. Nos compatriotes ne regardent guère le site où ils vivent. Ils n’en ont plus le temps. D’autres paysages numériques les sollicitent, les kidnappent.
Très tôt, je me suis attardé à observer le gave de Pau rouler ses galets. Je levais les yeux et admirais la cordillère enneigée et, en son centre, mon splendide et grand Gavisòs. Me voici à ressasser le passé. Pourtant, en ce vendredi après-midi, jour ô combien particulier, le tendre concert d’un merle sur le magnolia enchante les heures chaudes de la journée. De graves nuages avancent dans un ciel étonné.
Je pense à Cantata per Maria Magdelena (1) :
« E lo vei la Magdelena òme despulhat dei pelhas umanas dau mond e de la tèrra liurat derisòri a la preséncia ufanosa de la gent afogada per lei crits e lei brams (…) (2) »
1. Jean-Yves Casanova, La Pantièra, 2017.
2. « et Marie Madeleine l’aperçoit l’homme dépouillé des haillons du monde et de la terre, livré dérisoire à la présence féroce des gens attisés par les cris et les hurlements (…) »

