CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 24 MAI 2025 À LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 24 DE MAI A LA PAGINA « DÉBATS & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
Quelques nuages nomades passaient dans un ciel libéré des orages et de leurs crises de nerfs habituelles. Le temps était au beau. Un vent froid cinglait l’air comme s’il voulait me dire que nous n’avions pas fini avec « los cadèths de mai » (1). J’ai décidé, malgré tout, de planter tomates, concombres et piments doux.
Le « casau » (2) est un doux anxiolytique. Accomplir ces gestes simples est pour moi une ascèse, comme l’écriture, sans doute. J’avais achevé la veille, la lecture La fille de Diogène (3), l’étonnante nouvelle de Cyril Herry. Une femme a fui l’enfer du village pour la forêt, son refuge et sa peine : sa mère inquiète !
Il m’est arrivé autrefois de désirer partir loin pour trouver l’apaisement qui, lui, me fuyait assidûment. Mais une petite voix, toujours la même, se moquait de cette extravagance infantile. Contraint de lui obéir, je me réfugiais dans l’incertain royaume des pensées voyageuses. Un pays caché où on dérive, parfois longtemps, comme une barque sans pêcheur.
J’ai planté la menthe, le basilic et le thym. J’ai fini mon petit labeur agricole. L’air m’a semblé plus adouci. Le soleil, bien sûr. Deux jeunes lézards jouaient dans l’herbe.
J’ai levé les yeux vers la route. J’ai aperçu un homme âgé, de vert vêtu, sac au dos, cheminant lentement. Était-ce un pèlerin de Saint-Jacques ? Un marcheur ? Je l’ai regardé avancer à son rythme, s’arrêter, consulter son mobile et répondre à un appel. Il m’a aperçu, m’a salué, a traversé la route, s’est approché et m’a demandé si c’était bien la direction de Lourdes. J’ai osé lui dire qu’il se trompait et qu’il devait regagner la départementale. « Je m’en doutais ! » m’a-t-il répondu. Je ne sais pourquoi mais je me suis vu — velléité, quand tu nous tiens ! — l’accompagner jusqu’à « l’espelunga » (4). « J’ai fait un vœu, a-t-il ajouté, pour la guérison d’une personne qui m’est chère. »
Il est reparti, alerte, sourire aux lèvres. Quel âge avait-il ? D’où venait-il ? « Adishatz ! » lui ai-je lancé. A-t-il compris ? J’étais en paix, moi qui pensais qu’elle m’avait tout bonnement abandonné.
1. Les saints de glace.
2. Potager.
3. Éd. In8, polaroid, 2024.
4. Grotte

