CHRONIQUE PARUE SAMEDI 22 FÉVRIER 2025 À LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
CRONICA PARESCUDA DISSABTE 22 DE HEURÈR 2025 EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
Le printemps serait-il déjà là ? Sa douceur hispanique nous le fait croire. On s’attend pourtant au pire car l’autre climat politique, national et international, n’est nullement au beau fixe, loin de là. Qui plus est avec les récentes déclarations guerrières de Donald Trump à l’endroit de l’Ukraine. Sans parler de J.D Vance, son vice-président, crachant au visage des dirigeants européens ! Je l’avoue, j’ai battu en retraite et me suis réfugié dans mon havre de paix et de lecture. « Qu’ac sèi ! » (1), on dira, encore une fois, que je suis un tire-au-flanc. Peu n’importe, j’ai achevé « Oiseaux de passage » (2) le dernier roman de Fernando Arramburu. J’avais déjà recensé, exalté, son « Patria » (3), en novembre 2018, pour notre cher quotidien. Il y révélait, avec intelligence et subtilité, combien la sale guerre entre l’ETA et le pouvoir espagnol avait fini par contaminer la société basque dans son ensemble. Dans « Oiseaux de passages » l’auteur nous transporte à Madrid. Il nous montre Toni, un quinquagénaire, l’antihéros parfait, en butte aux dernières évolutions de la société espagnole qui le dégoûtent et l’exilent. D’aucuns se reconnaîtront peut-être dans ce professeur de philosophie déclassé, dépressif et misogyne ? Il a pour Amalia, dont il est divorcé, une sublime détestation. Et réciproquement… Il annonce, dès l’incipit de son journal, courant du 1er août 2018 au 31 juillet 2019, qu’il se tuera à l’été suivant. Il y conte son existence par de constants retours en arrière qui illustrent une vie d’une médiocrité exemplaire. Le passage consacré à Tina, sa poupée en latex, est un désopilant petit chef d’œuvre. Ce roman est jouissif. La plume railleuse d’Arramburu nous fait découvrir Pattarsouille, son unique ami, lui aussi déclassé, victime des attentats islamistes du 11 mars 2004. Homme amputé, tenté d’adhérer aux thèses de « Vox », l’extrême-droite espagnole. Ce roman réussit la gageure de faire de ces deux antihéros des personnages attachants.
1. Je sais.
2. Babel, 2025.
3. Actes Sud, 2018.

MADRID.
