CHRONIQUE PARUE LE SAMEDI 11 JANVIER 2025 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA LO DISSABTE 11 DE GENÈR 2025 DENS LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
Ce pays, notre pays, adossé aux Pyrénées accueille au cœur de l’hiver une douceur étonnante. J’en parle souvent. Je sais. « Que repèpia, lo capdèth ! » (1) diront certains. Je m’en moque comme de ma première rafale ! Le vent d’Espagne prend fréquemment ses quartiers d’hiver en Béarn. Il s’installe, conquérant et turbulent. Il a ses humeurs. Il est libre, totalement libre. Il peut soudain s’énerver et souffler en tempête pour nous donner quelques frayeurs. Il agit aussi sur nos thermomètres, à tel point qu’on peut croire que le printemps est à nos portes alors que la neige et le verglas menacent, là-bas, au nord. Hier matin, l’air était suave, un pouillot esseulé sautait sur les branches de l’arbousier. Le ciel était pommelé, apaisé. Je l’ai observé, et me suis rapidement évadé, prenant le chemin sans risques du voyageur immobile. Je ne sais pourquoi m’est venue le souvenir d’une escapade impromptue à Pasaia, le port industriel de San Sebastián. La ville portuaire est bicéphale. A l’Est, Pasaia-Donibane (2), à l’Ouest, Pasaia-St Pedro (3). Elle est partagée par un incroyable estuaire que Victor Hugo en 1843 considéra comme merveilleux. Ce jour de février, Egoa soufflait en rafales. Nous nous promenions, la pluie menaçait. Nous tentions d’atteindre la chapelle des Gascons, située au nord, au bout de la rade. Une source rare coulait. L’océan semblait irrité, colérique. Ses vagues cognaient sans répit l’entrée de la rade. Il était vide de toute embarcation. Le vent, toujours le vent. Il sera toujours mon fidèle camarade. Il me confie ses secrets et lui en sais gré. J’ai retrouvé un poème que je cherchais depuis des lustres ; ce poème lu lorsque j’étais lycéen. « J’ai ma maison dans le vent sans mémoire/ J’ai mon savoir dans les livres du vent/ Comme la mer j’ai dans le vent ma gloire/ Comme le vent, j’ai ma fin dans le vent. » (4)
1. Il radote le type !
2. St Jean.
3. St Pierre.
4. Lanza del Vasto, Le Chiffre des choses, Denoël.

