CHRONIQUE PARUE CE JOUR, 10 MAI 2025, DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
CRONICA PARESCUDA UEI, 10 DE MAI 2025 A LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES ».
L’après-midi parlait de sa langueur inhabituelle, son silence était presque parfait. Une voiture passait de loin en loin, un chien aboyait, un autre plus proche lui répondait. Un jour comme un autre. Enfin, presque… Le ciel était encombré de cumulus encore menaçants. Au Nord, de timides trouées d’azur tentaient d’exister quand même. Il faisait presque doux malgré un vent rafraîchi qui allait et venait par intermittence.
Il portait les mots oubliés d’un temps où les doutes et les questions étaient de mise, où le monde déployé me paraissait complexe parfois incompréhensible. Je cherchais en vain l’âme sœur comme Augustin Meaulnes son Yvonne Galais (1). Le temps des amours improbables et des vraies tristesses. Je divague…
De temps à autre, mes « griths » stridulaient au cœur de l’herbe foisonnante. Elle me ravit malgré la réprobation de la confrérie des tondeurs obsessionnels. La perfection du ras gazon les hante peut-être ? Cet après-midi était pacifié. Je finissais « Bristol » (2) un roman intelligent et dilettante à souhait. Une tranquille balade littéraire.
« Dia sabatèr ! » (3). Le 8 mai était naguère date sérieuse lorsque mon père était encore de ce monde. N’avait-il pas appris tardivement la reddition de l’Allemagne nazie dans l’hôpital où des chirurgiens américains soignaient ses blessures ? Une mine assassine l’avait gravement touché lors de la bataille d’Alsace, en novembre 1944.
La paix était donc revenue. Hélas, d’autres conflits viendraient rapidement blesser, tuer femmes et enfants. Comme aujourd’hui ! La tendre lumière faiblissait quand ma femme m’a lancé : « Habemus papam ! » Dans sa première homélie, Léon XIV a quasiment psalmodié le mot paix.
Un soleil tardif a peint le jardin de ses rayons délicats. Les zigzags des martinets égayaient encore le ciel. Tout était en ordre. Les grillons chantaient la tendresse du crépuscule. La nuit ne tarderait pas à nous confier ses rêves.
1. Le grand Meaulnes.
2. Jean Echenoz, éd. de Minuit, 2025.
3. Jour férié.

