CHRONIQUE PARUE CE JOUR SAMEDI 14 DÉCEMBRE 2024 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA UEI DISSABTE DISSABTE 14 DE DECEME EN LA PAGINA « DÉBAT & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
Une pluie froide tombait lorsque je me rendais à Pau. L’hiver était là, bien là. Un sale brouillard tenait dans ses mains la « Vath vielha » (1). De part et d’autre, les chaumes de maïs. Parfois, se dressait la silhouette esseulée d’une église. Les averses noyaient tous les voyages. La nuit, pas à pas, chassait la lumière blême d’une journée glaciale. J’avançais, la circulation était dense. Vers « Visanòs », au lieu-dit « las còstas » (2), un brusque encombrement s’était installé. Les clignotants et phares s’en donnaient à cœur joie, irisant l’atmosphère vaporeuse. Tout était lumières de pluie et pluie de lumières. J’attendais, nous attendions, un dénouement rapide. C’était illusoire, une vue de l’esprit. S’accumulaient voitures et camions — que faisaient-ils là ? — sous une pluie entêtée qui n’était pas près de s’arrêter.
Je ne sais pourquoi, j’ai revu une scène extraordinaire de « Fellini Roma » (3). Fellini s’y montre parfois sur sa grue de tournage lors d’un embouteillage monstre sous un affreux déluge romain. Les ouvriers du métro sont trempés. Ils travaillent nuit et jour, pour cette ville tentaculaire qui ne cesse de dévorer sa banlieue. Rien ne semblait bouger. L’immobilité tenait son règne. D’aucuns, dans leur habitacle embué, devaient trépigner, maudire le ciel et la terre. J’étais à espérer, attendre n’était plus d’actualité. J’écoutais « France-Info » où on calculait la nomination du nouveau premier ministre. Emmanuel Macron, comme à son habitude, faisait lanterner son monde. Il en ferait l’annonce, bientôt…
La nuit soudain a plongé la procession mécanique dans un océan d’incertitudes. Il faisait 3°celsius au compteur. Allait-il neiger ? La route attendait que tout cet amoncellement de voitures s’en aille enfin. Ce qu’il a fait à la surprise générale. Déjà, je repartais vers le piémont. Tout du long, France Info émettait nombre d’hypothèses, consultait, entendait les chefs des partis. La rengaine habituelle qui ne peut plus me surprendre. C’est fort tardivement que j’ai pu rejoindre mon « sweet home », le déluge n’avait toujours pas l’intention de quitter la vallée. La radio était encore à ses calculs et commentaires.
Le lendemain, après une belle gelée blanche, il ne pleuvait plus mais le temps restait incertain. J’avais presque oublié ce qu’il adviendrait.
Vers 12 h 45 peut-être, François Bayrou était fait 1er Ministre. « Tout vient à temps à qui sait attendre ! » aurais-je pu ajouter.
1. Vieille vallée.
2. Les côtes.
3. 1972.

