CHRONIQUE PARUE HIER SAMEDI 17 JANVIER 2025 DANS LA PAGE « DÉBAT & OPINION » DU QUOTIDIEN « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
CRONICA PARESCUDA GER DISSABTE 17 DE GENÈR 2025 EN LA PAGINA « DÉBATS & OPINION » DEU DIARI « LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES »
Je n’ai jamais aimé le brouillard. Enfant, je me demandais s’il ne cachait pas quelques monstres froids qui s’apprêtaient à me dévorer tout cru. A l’hiver 2023, je m’étais rangé illico sur le bas-côté de la route, rentrant d’une dédicace à la librairie La Curieuse à « Arúdi ». Où me trouvais-je ? Repartir ? Attendre ? La nuit tombait. Je craignais la chute dans le premier précipice. Le courage « que huegè » (1).
Hier matin, les draps humides et froids du brouillard m’ont glacé les sangs. Il me fallait sortir le chien qui chouinait d’impatience. J’ai renoncé. Il en a été fort déçu. « Mea culpa, maxima culpa ! » Peu après, la radio a annoncé la disparition de David Lynch, l’auteur de « Mulholland drive » (2) dont j’ai déjà parlé dans cette chronique. C’est un des films qui m’a le plus troublé. Il m’habite encore. Il m’arrive d’y penser, quand je suis à traverser une brume ténébreuse dans ma voiture tout phares allumés.
J’étais à peine réveillé lorsque j’ai revu Laura Hatting, jeune femme amnésique, sortir d’une voiture accidentée. Elle vient d’échapper à une tentative de meurtre. Elle frappe à la porte d’Betty Elms qui est venue à Los Angeles pour faire carrière dans le cinéma. Ainsi, songe et cauchemar se mêlent soudain, dans la nuit hollywoodienne.
David Lynch nous mène par le bout du nez, exacerbe notre curiosité, notre incompréhension, nos sens. La scène d’amour de Betty et Laura est d’anthologie. Le récit semble voyager dans un « no man’s land » brouillardeux que l’inconscient aurait mis en scène. La lumière y est mauve, comme au début du film.
J’ai appris à la lecture du Monde (3) sur les terrifiants « mauhuecs » (4) de Los Angeles, que l’ingénieur William Mulholland avait été en 1913 le maître d’œuvre de l’aqueduc apportant l’eau de la rivière Owens à la mégapole californienne. La rivière et le lac Owens ont été asséchés, libérant des poussières toxiques et autres malheurs écologiques.
La presse parle de catastrophes naturelles. Elles sont d’évidence de véritables manifestations du dérèglement climatique.
En buvant mon café, m’est apparu le visage de Naomi Watts. Le ciel était bleu, superbement bleu. Le chien réclamait son dû.
1. Fuyait.
2. 2001.
3. Mercredi 15.01.
4. Graves incendies

